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Hommage : L’autre Pius Njawe

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piusDepuis la nouvelle de sa brutale disparition, le monde pleure le journaliste et le combattant, mais peu l’horticulteur et le religieux.  Le monde de la presse, au Cameroun et au niveau international, est donc plongé dans l’amertume depuis la nuit du 12 juillet 2010. Comme un coup de tonnerre, l’on a appris la mort, dans un accident de la circulation, du président de Free Media Group et directeur de publication du quotidien camerounais Le Messager, Pius Njawe, en Virginie (Etats-Unis).

Le véhicule transportant le journaliste, en panne, a été percuté par un camion sur une autoroute non loin de Norfolk. Depuis lors, certaines images dudit drame, au cours duquel deux autres personnes ont été grièvement blessées et transportées à l’hôpital général Sentana de Norfolk, ont été diffusées sur des chaînes locales de télévision.

A côté des réactions qui pleuvent au plan local et des quatre coins du monde, confrères, politiques, milieux d’affaires et stars de différents secteurs s’expriment sur cette disparition tragique. Dans cette avalanche, le ministre camerounais de la Communication, Issa Tchiroma Bakary, a salué la mémoire d’un défenseur de la liberté de l’information. L’Union des journalistes du Cameroun (Ujc) crie sa douleur à travers la plume de son vice-président, Nta à Bitang. Sur la même lancée, ses confrères directeurs de publication ont mis sur pied un comité d’organisation des obsèques dont la date reste attendue. De Paris, le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, donne de la voix et dit sa tristesse. Le Comité de protection des journalistes (Cpj) pleure un pionnier et une plume sûre. Le président international de l’Union de la presse francophone (Upf), Alfred Dan Moussa, se dit révolté par la perte d’un défenseur des médias.

Après avoir pris part, le week-end dernier, à une conférence des forces alternatives du Cameroun à Washington (opposition, société civile et diaspora), l’horticulteur et connaisseur de la fleur se rendait chez sa fille qui réside à Virginia Beach, près de Washington. Sous la plume de Célestin Bedzigui, les membres de la Cameroon Disapora Conference (Camdiac), qui étaient réunis le week-end dernier à Washington, ont dans un communiqué de presse confirmé la nouvelle du décès de Pius Njawe : un soldat tombé sur «le champ d’honneur». Durant son parcours, ce militant de l’ornement, en plus de cultiver la fleur, avait surtout l’art de la décortiquer, de parler des différentes variétés, d’analyser les usages et d’en lire les couleurs.
Né le 04 mars 1957 à Babouantou, dans le département du Haut-Nkam, à l’Ouest du pays, Pius Noumeni Njawe entre dans la communication comme garçon de course au journal Semences africaines, de René Philombe. Il y est employé de 1972 à 1974.

Après cet apprentissage auprès de l’écrivain de regrettée mémoire, pour qui il voue une grande admiration, le jeune homme est recruté à l’hebdomadaire La Gazette, un journal paraissant à Douala. Il y fait ses vraies armes. Avant de créer Le Messager en novembre 1979. Evoquant cette mutation en octobre 2009, le défunt affirmait avoir toujours été «obsédé par [sa] propre prise en main d’un destin qu[’il a] forgé à force de combats».
Journaliste, très vite, il devient défenseur des droits de l’homme. Agé de 22 ans, il engage en effet un combat acharné sur ce chapitre au Cameroun. Pour avoir voulu se faire entendre, il sera interpellé 126 fois, jeté 3 fois en prison au cours de sa trentaine d’années d’une carrière journalistique bien remplie, par ailleurs marquée par plusieurs distinctions honorifiques. Dans ce cadre, Pius Njawe est convié par plusieurs universités – notamment nord-américaines – à partager son expérience exceptionnelle. Il en profite pour rencontrer nombre de célébrités, aussi bien du monde politique, des affaires que de la culture.

Devenu citoyen du monde, il était connu comme l’un des avocats les plus déterminés de la liberté de la presse et des droits de l’homme dans son pays et en Afrique. C’est à ce titre qu’il prend part aux assises de Windhoek, ayant abouti à l’adoption par les Nations Unies d’une Journée mondiale de la liberté de presse. A ce titre aussi, il sera un journaliste pugnace et intransigeant.
Entre 1997 et 1998, pour avoir écrit que le chef de l’Etat camerounais, Paul Biya, avait été victime d’un malaise lors d’une finale de la coupe du Cameroun, il est arrêté et jeté à la prison de New-Bell à Douala. Pourfendeur du pouvoir politique de son pays, il s’engage dans la bataille aux côtés de l’opposition politique à la fin des années 80. Probablement déçu, Pius Njawe dénoncera plus tard certains pouvoirs en place en Afrique. Mais aussi l’opposition africaine en général, «celle du Cameroun en particulier, qui n’existe pratiquement pas».
Profondément croyant, il l’était déjà du vivant de Jane, sa religieuse d’épouse morte dans un accident de la route dans la localité de Makak, en 2002. Une mort brutale qui lui inspirera la création de la Fondation Jane&Justice, une association de lutte contre les accidents de la route dans son pays. Dès lors, il sensibilise et organise des campagnes de prévention routière. Sans savoir qu’il finirait lui-même sous un camion fou. Ainsi a-t-il achevé son parcours terrestre.

Léger Ntiga
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