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L’intégralité du discours du président de la République à l’occasion du déjeuner de travail hier à l’Elysée ;
« Monsieur le Président de la République Française, Messieurs les Chefs d’Etat, Messieurs les Représentants des Chefs d’Etat, (Mesdames,) Messieurs,
Je mesure l’honneur qui m’est fait de prendre la parole, au nom de mes collègues, au cours de ce déjeuner offert à l’occasion de la célébration à Paris du 50ème anniversaire de la naissance de nos Etats.
Je voudrais, avant toute chose, vous remercier, Monsieur le Président, des propos aimables que vous venez de prononcer à notre endroit. Je voudrais aussi vous remercier chaleureusement de l’heureuse initiative de la présente rencontre. Elle nous permettra de revisiter, pour mieux l’assumer, notre histoire commune, de réaffirmer notre volonté de continuer à construire, plus ensemble que jamais, notre avenir.
Diverses célébrations ont déjà eu lieu dans certains de nos pays. D’autres suivront dans les prochains mois. Mais que l’ancienne puissance de tutelle se prête à la commémoration d’un moment historique pour chacun de nos Etats confère bien évidemment à la symbolique de l’événement une dimension supplémentaire.
Vous venez de le relever avec sincérité, foi et conviction. Sur ces différents points, Monsieur le Président, nous partageons, pour l’essentiel, votre vision.
Pour tout pays, l’accession à la souveraineté a, par définition, un caractère fondateur. Elle marque la fin et le début d’une époque. Elle figure et figurera en lettres d’or dans les livres d’Histoire du pays concerné.
Pour nous, Africains, l’indépendance a, en outre, revêtu une double signification.
Elle a d’abord été synonyme de liberté, qu’elle ait été conquise, négociée ou concédée. A cet égard, nos leaders nationalistes, comme ceux d’Europe centrale au 19ème siècle, étaient les lointains héritiers de vos grands hommes du siècle des Lumières et des révolutionnaires de 1789.
C’était aussi, pour nos prédécesseurs, nos aînés, accéder aux responsabilités, être comptables de leurs actes, avoir le droit à l’erreur, être maîtres de leur destin. Bref, retrouver leur dignité.
Tel est le patrimoine moral commun que nous avons reçu en héritage. Ce qui n’est pas surprenant puisque nous avons connu la même tutelle, quelle qu’en soit la forme, colonie, mandat, ou la durée, de deux siècles à quelques décennies selon les territoires.
Certes, la colonisation ne fut pas un long fleuve tranquille. Heureusement, grâce au Général de Gaulle et au sens de l’Histoire qui était le sien, elle a connu une issue honorable. Depuis lors, nous avons évolué progressivement vers des formes de gouvernement et des modes de développement adaptés à notre temps.
Bien sûr, nous savions, d’un côté comme de l’autre, que nos rapports étaient appelés à changer. Jetés dans le « grand bain » de la communauté internationale, une certaine diversification de nos relations avec l’extérieur, au mieux de nos intérêts, devenait évidente. Pour ma part, je n’ai jamais eu le sentiment que la France nous en ait fait grief. C’est pourquoi je récuse les termes tels que « pré carré » ou « Françafrique » parfois employés pour qualifier nos relations. Vous venez vous-même, Monsieur le Président, d’évoquer l’ouverture de la France à d’autres Etats africains. La participation de nombreux pays non francophones au dernier sommet Afrique/France, à Nice, en est la confirmation.
Après 50 années d’indépendance, quel bilan peut-on tirer de ce long chemin parcouru ensemble ?
Notre présence ici aujourd’hui apporte une première réponse. Mais si l’on veut aller plus loin, je dirais qu’il en reste surtout une « aspiration à la Justice », sous toutes ses formes, que nos peuples ont incontestablement héritée de notre histoire commune. Et qui n’est pas parfois sans poser de problèmes aux dirigeants que nous sommes ! J’ajouterais à cela le partage d’une belle langue qui demeure un instrument de communication incomparable et l’accès à une prestigieuse culture qui s’enrichit en se diversifiant.
Sur ces fondations communes, nous avons, au fil du temps, construit des rapports modernes et décomplexés. Dans de nombreux domaines, qu’il s’agisse notamment du réchauffement climatique, de la sécurité alimentaire, de la régulation de la mondialisation, nos points de vue sont le plus souvent proches ou identiques.
Je n’aurai garde d’omettre l’aide au développement pour laquelle la France reste à l’avant-garde des contributeurs. Les différentes annonces que vous venez de faire, en matière d’aide, sont particulièrement significatives à cet égard.
Nous n’oublierons pas non plus le rôle moteur que la France a joué dans la négociation sur l’annulation de la dette des pays pauvres qui a permis à beaucoup d’entre nous de retrouver le chemin de la croissance.
Enfin, je suis sûr de traduire le sentiment de mes collègues en vous remerciant personnellement pour l’initiative que vous avez prise en vue de l’attribution prochaine aux anciens combattants africains des mêmes prestations de retraite que leurs camarades français. Votre décision sera unanimement saluée non seulement par les intéressés, mais aussi par l’ensemble de nos opinions publiques.
Ainsi que vous l’avez-vous-même remarqué, la relation entre la France et les pays francophones d’Afrique peut se prévaloir à juste titre de sa « spécificité ». Au-delà de la dimension sentimentale qui s’attache à un passé commun, à la fois heureux et douloureux, elle a su s’adapter au changement d’époque et en tirer un nouveau dynamisme. En ne prétendant pas à l’exclusivité et en laissant la place à l’ouverture vers d’autres horizons, elle est assurée de résister à l’usure du temps et à la banalisation.
Monsieur le Président,
Au nom de mes collègues, je voudrais vous remercier à nouveau de nous avoir donné l’occasion de nous retrouver dans cette belle ville de Paris que nous connaissons bien et de célébrer ensemble un moment important de notre histoire commune.
Mesdames, Messieurs,
Je vous invite à mon tour à lever vos verres à l’amitié entre la France et l’Afrique !
Je vous remercie de votre aimable attention. »
