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Le socio-politiste parle de l’opération Epervier et de son impact dans la politique du gouvernement dit du Renouveau.
Dikalo : Que pensez-vous de l’opération Epervier ?
Dr Eric Mathias Owona Nguini : C’est une action de lutte contre la corruption qui est censée assurer un assainissement renforcé des finances publiques et restaurer la moralité publique.
Seulement, c’est une action qui n’est pas conduite de la manière la plus cohérente. Elle laisse transparaître des arrières pensées et des calculs politiques.
D : Depuis la mise en branle de cette initiative, croyez-vous sincèrement qu’il y a eu un changement dans la gestion des affaires publiques ?
Dr E.M.O.N : Pas fondamentalement. Mais en même temps, on ne peut pas dire que l’opération n’ait eu aucun impact. Elle a eu un impact symbolique sur le public. Dans ce sens qu’elle a permis de montrer qu’on pouvait censurer des gens ayant commis un certain nombre d’infractions dans les actes de gestion publique. Maintenant, le seul fait de cette opération ne suffit pas à remettre en cause des comportements qui ont prospéré pendant de longues années en terme de corruption et d’indiscipline.
D : Le prochain remaniement qu’on dit imminent pourrait-il être suivi d’arrestations des personnalités soupçonnées de détournements ?
Dr E.M.O.N : Cela est toujours possible, mais c’est de l’ordre de la simple tactique politique. Le changement de mentalités en réalité ne se fera pas tant qu’il n’y aura pas fondamentalement changement des institutions. Parce qu’une bonne partie de cette corruption réside dans le type de structures institutionnelles que l’on a dans la conduite des institutions.
D : Que pourrez-vous proposer au gouvernement en place pour qu’une initiative comme celle-là porte sérieusement ses fruits ?
Dr E.M.O.N : Si on veut que la lutte contre la corruption soit plus cohérente, il faut analyser, utiliser tous les fondements institutionnels et notamment constitutionnels. Il faut déjà commencer par mettre en œuvre les dispositions de l’article 66. Parce que cette disposition, sur l’obligation de déclaration des biens et avoirs, est capable de faire en sorte qu’il soit instauré au sein de l’Etat une culture de la transparence. Tant que ces dispositions ne sont pas effectivement mises en œuvre et qu’on utilise les artifices pour retarder au maximum leur mise en œuvre, cela montre qu’il n’y a pas une volonté politique sérieuse en matière de lutte contre la corruption.
D.: Quel peut-être l’impact de ces actions dans la survie du régime dit du Renouveau ; au moment où nous nous approchons inexorablement de la présidentielle de 2011 ?
Dr E.M.O.N : Disons que ce sont des actes qui sont utilisés entre autres à titre de publicité politique. Mais on voit en même temps qu’il y a une certaine discrimination dans la conduite des actions anti-corruption. Alors, fondamentalement une telle action n’est pas suffisamment crédible. Maintenant le régime ne compte pas nécessairement sur des pratiques de loyauté pour conserver le pouvoir à l’occasion de la prochaine élection présidentielle.
D.: Ces personnalités soupçonnées de détournements oeuvrent pour l’essentiel dans la consolidation du régime dit du Renouveau. Ces arrestations ne pourraient pas conduire à la perte du parti au pouvoir ?
Dr E.M.O.N : Non ! Les arrestations sont suffisamment dosées. Ça veut dire qu’elles sont faites à doses homéopathiques. Elles sont rationnées pour que l’ensemble du système ne soit pas complètement ébranlé. Mais en même temps, ces arrestations sont des éléments qui réduisent la crédibilité du système en son sein. Et si à des niveaux aussi élevés de responsabilités, on peut identifier de tels actes, cela veut dire que le système camerounais n’est pas crédible en matière de bonne gouvernance, d’intégrité, de transparence et de discipline.
D. : Puisqu’on parle de crédibilité pour sortir, pensez-vous que des organismes comme le Comité national de lutte contre la corruption au Cameroun (Conac), sont restés assez crédibles à ce jour ?
Le problème de la Conac, c’est qu’elle ne dispose pas de par le droit de l’ensemble des pouvoirs et des fonctions qui lui permettraient d’être véritablement un organe indépendant. Et ce faisant, la Conac ne peut pas faire grand-chose en matière de lutte contre la corruption.
Entretien mené par Thierry Nyope
