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Suite à un article paru dans Dikalo sur l’opacité qui règne tout autour de la gestion de ce projet, nous avons reçu une vive réaction de M. Maurend Mpele que voici.
Monsieur le Directeur,
Dans sa livraison du vendredi 28 mai 2010, votre journal, DIKALO a publié un article sur le projet d’exploitation de la bauxite de Minim, Martap et Ngaoundal sous le titre ‘’ Bauxite de Ngaoundéré, opacité autour de la gestion du projet’’.
Dans cet article, le Collectif des Organisations de la Société Civile de l’Adamaoua (COSCA) dont je coordonne les activités se sens interpelé. En effet, un ‘’employé’’ de CAL et ‘’propriétaire’’ de l’organisation DSF (Développement sans Frontière), poursuivi actuellement pour détournement de deniers publics dans les tribunaux d’instance de Ngaoundéré (il venait de passer pour cela une semaine à la prison) traite le COSCA de « faire preuve de mauvaise foi vis-à-vis de l’Etat et de CAL », de n’avoir pas fait des investigations sur le terrain à Ngaoundal, Minim et Martap dans le cadre de son projet de plaidoyer, de dramatiser autour de ce projet d’exploitation et de « … vouloir faire croire à l’opinion publique que ... l’Etat dans ses négociations ne pense nullement aux intérêts des citoyens… ».
Les membres du COSCA pensent que Monsieur Mohamadou Dialo à travers ces déclarations use du mensonge et de manipulation pour dresser l’Etat et CAL contre COSCA et voudraient par ma plume apporter quelques éclaircissements.
Pour ce qui est des investigations, nous avions déjà, à la date de publication de votre article, effectué trois descentes sur le terrain :
-En novembre 2009 dans le cadre d’une enquête auprès des populations à Ngaoundal, Minim et Martap ;
-En février 2010 dans le cadre des demandes d’informations sur le projet auprès des autorités à Ngaoundal, Minim, Martap et Yaoundé;
-Et en mars pour la restitution de nos travaux sur le projet aux populations à Ngaoundal, Minim et Martap.
A ces trois descentes, nous pouvons ajouter le forum d’enrichissement de notre recueil de données de base sur le projet à Ngaoundéré, auquel ont pris activement part des délégations des populations de Ngaoundal, Minim et Martap et Monsieur Dialo, invité du COSCA et présent à ces assises, a curieusement refusé de signer la fiche de présence (refus inutile puisque beaucoup de gens sont prêtes à témoigner de cette présence).
Pour le reste, il nous plaît de rappeler ici que nous faisons du plaidoyer. Pour la préservation de l’environnement, des droits des riverains et des travailleurs des sites du projet d’exploitation de ce minerais, et pas contre l’Etat et CAL, comme veut implicitement faire comprendre M. Dialo. Autrement dit, nous faisons un plaidoyer en faveur de la justice sociale et de l’équité. La visée de notre implication est que l’exploitant et l’Etat trouvent chacun son compte dans ce projet, et que les populations riveraines et les travailleurs, constituant la partie la plus vulnérable, trouvent aussi leur compte. Point n’est question qu’une partie soit lésée. Ainsi donc, le plaidoyer ne vise le mal de personne en même temps qu’il vise le bien de tous.
Sous tout un autre angle, que Monsieur Dialo sache qu’un plaidoyer bien mené est un rouleau compresseur, qui écrase tout ce qui se met sur sa route pour l’empêcher d’évoluer.
Nous ne doutons pas un seul instant du respect des procédures par CAL dans sa démarche. Mais le respect des procédures seul ne suffit pas. C’est parfois à travers ce prétexte que beaucoup de choses se font. A titre d’exemple, lors du décompte du patrimoine des populations affecté par le projet, sur le seul plateau Danielle, l’Association DIRSAAROU de Minim-Tibati a dénombré, sous assistance d’un notaire, 194 boukarous, 78 pâturages et 170 champs non pris en compte par CAL lors de son étude.
Selon cette association, les chiffres déclarés par CAL sur les populations correspondent à ceux du « décret N°85/506 du 11 avril portant résultats de recensement démographique », soit 25 ans plus tôt.
Sur les 11 forages déclarés réalisés par CAL pour un coût de 100 millions de francs CFA, plusieurs ne sont plus fonctionnels quelques mois seulement après leur livraison. Et des sources de l’association DIRSAAROU, les trois déclarés à Minim existaient déjà et n’auraient été que réhabilités.
Lors de notre dernière descente sur le terrain avec d’autres partenaires dont CODAS Caritas de Ngaoundéré et le Service National Justice et Paix de la Conférence des Evêques du Cameroun, nous avons découvert plusieurs cas similaires où les populations battent en brèche les travaux de CAL. En plus, ces populations ont peur que les travaux de CAL ne soient validés avec tous ces manquements. Il est donc dommage que Monsieur Dialo soutienne aujourd’hui que toutes les préoccupations des populations sont prises en compte par CAL. Il est clair que, parce qu’il a trouvé sa part de « gombo » auprès de CAL, il a déjà abandonné les siens à leur sort, et ne pense plus qu’à lui, et à lui seul.
Voilà un auteur de pétitions d’hier ‘’en faveur’’ des populations devenu subitement le défenseur inconditionnel des exploitants, lui qui déclarait hier parlant justement des populations de Minim, Martap et Ngaoundal : « Ce petit peuple sur qui beaucoup n’aspirent qu’à se sucrer ». En prenant fait et cause pour CAL au détriment des populations en ce moment, a-t-il compris aujourd’hui qu’il est important de se sucrer aussi sur ce ‘’petit peuple’’ ? Ou alors, l’agitation hier de Monsieur Mohamadou Dialo n’était qu’une stratégie de positionnement ? Auquel cas, ayant atteint cet objectif ingrat vis-à-vis de ce petit peuple qui lui a pourtant donné la vie et qui l’a élevé, il pense que maintenant, il doit devenir son bourreau ? En tout cas, seul l’avenir nous en dira plus. Le temps nous indiquera un jour qui de COSCA et de Dialo défend les intérêts des populations riveraines des sites d’exploitation de la bauxite de Minim, Martap et Ngaoundal
Enfin, pour dire un mot sur COSCA, c’est un collectif qui réunit en son sein plusieurs organisations (27 à ce jour) issues de toutes les familles de la société civile (collectif pluri acteurs) et qui regroupe des ressortissants de tous les coins du pays, ceux de Minim, Ngaoundal et Martap avec. Le travail que COSCA fait ne peut donc être qu’objectif, n’en déplaise à ses détracteurs dont le souhait est de voir ce collectif voler bas.
Maurend MPELE
Coordonnateur du COSCA
