Présidentielle Camerounaise : Vaines supputations



La prochaine élection présidentielle camerounaise, prévue en principe dans un an, en 2011, suscite d’ores et déjà des prises de position plus ou moins publiques, des analyses prospectives voire des spéculations, le tout à l’aune des ambitions avouées ou inavouées. Ce rendez-vous majeur pour la vie de notre pays ne peut laisser indifférent ni les acteurs politiques économiques et sociaux, ni les citoyens, ni les observateurs. Clé de voûte des institutions nationales, le président de la République occupe, en effet, une place charnière dans le système politique camerounais.
C’est dans ce contexte pré-électoral, pourtant encore éloigné des joutes de campagne électorale, que s’élèvent des voix, particulièrement au sein de la diaspora camerounaise, pour se positionner dans le champ politique national, dénoncer la gestion du pouvoir en place ou tenter de couvrir d’opprobre le président de la République en exercice par toutes sortes d’artifices. C’est aussi dans ce même contexte que des organisations non gouvernementales ayant ou non pignon sur rue commettent des « études prospectives » sur le Cameroun.
Il en est aussi d’un récent rapport rendu public par l’organisation de prévention des conflits «International Crisis Group» ou ICG. Selon une dépêche de l’AFP datée de Libreville, 24 juin 2010, cette organisation estime que le Cameroun doit se préparer pour éviter une crise dans la perspective de la prochaine présidentielle. Car, affirme-t-elle d’emblée, « l’organisation de l’élection présidentielle de 2011 représente un risque majeur de conflit ». Elle nourrit ses spéculations de supposés « scénarios de crise » et de «violences » qui viendraient » de la rue, de membres du régime et des forces de sécurité». Ces scénarios apocalyptiques seraient-ils préparés contre le Cameroun par des Camerounais, ici ou ailleurs ? Ou bien ne relèveraient-ils pas surtout des vœux ou des calculs machiavéliques de ceux qui veulent voir le Cameroun sombrer dans le désordre ? Qui a intérêt à faire régner le désordre au Cameroun ?
Si l’on s’en tient à de telles supputations déjà maintes fois annoncées sans suite dans le passé, le maintien des acquis des 50 ans du Cameroun indépendant, dans la cohésion nationale et dans la paix relèverait du miracle. La vie quotidienne dans cette Afrique en miniature ne relève pourtant pas du miracle.
Peut-on sans légèreté avancer pudiquement que les Camerounais soient inconscients de la diversité de leur pays, de la nécessité de la cohésion, de l’unité nationale ? Plus de deux cents groupes ethniques vivent ensemble sur un sol riche et varié, terre d’accueil pour les réfugiés. Ils ont diversement combattu pour une indépendance « octroyée » ou « conquise» au risque d’une guerre civile. Ils continuent à préserver l’identité nationale, à cultiver le sentiment d’appartenance à la même patrie, malgré les écueils.
Ils savent qu’ils ne vivent pas le paradis. Où serait-il ici bas ? Ils ne vivent pas non plus l’enfer. La démocratie avance, sans accord parfait de tous comme sous d’autres cieux. L’économie et la société aussi, avec leurs paradoxes et leurs lacunes, mais avec l’espoir d’une réelle amélioration des conditions de vie quotidienne. L’ampleur de la tâche invite plutôt à l’union de toutes les forces et non au désordre. Dans ces conditions, les Cassandres peuvent toujours chercher des oreilles attentives pour se faire entendre. Mieux vaut, pour le Cameroun, ne pas les écouter, encore moins les suivre.