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Réunis autour des organisations de la société civile d’obédience musulmane, ils accusent la commission nationale du Hadj d’affairisme.Réunie le 8 mars 2010 à Yaoundé dans les locaux du programme d’appui à la structuration de la société civile (Pasoc), des dignitaires musulmans et des membres des organisations de la société civile d’obédience musulmane ont élaboré un document cadre pour une gestion efficace du Hadj au Cameroun.
Le mémorandum comme il est appelé tend depuis à leur dessiner un visage d’opposants auprès des décideurs disent-ils au vu des tares qu’il révèle et de la démarcation de ces organisations vis-à-vis de l’association culturelle islamique du Cameroun (Acic) seul interlocuteur reconnu par le gouvernement qui aurait d’ailleurs boycotté les assises de Yaoundé..
L’Acic selon les mémorandistes, est une association désavouée, contestée à cause de la léthargie qui l’anime car « prise en otage par une élite musulmane opportuniste, introduite dans les arcanes du pouvoir ayant pour souci la recherche du gain au détriment de l’intérêt communautaire. »
Distribué aux fidèles sur internet et de main en main, l’esprit des propositions contenu dans le document dont la sortie a été retardée en attendant la réponse de la tutelle de la commission nationale du Hadj, est de susciter l’ultime réaction des pouvoirs publics sur les problèmes du pèlerinage à la Mecque dans l’objectif d’une amélioration. Le pèlerinage à la Mecque connu sous l’appellation « Hadj » est une prescription divine qui mobilise depuis quelques années en moyenne 3000 musulmans camerounais et dont la gestion par le comité national est dépréciée pour plusieurs raisons.
Les affaires
En effet, l’organisation et la supervision des activités liées au pèlerinage au Cameroun sont par décret n°2003/ 001/ PM du 7 janvier 2003 l’apanage de la commission nationale du Hadj sous la tutelle du Ministère de l’administration territoriale et de la décentralisation (Minatd). C’est elle qui assure, sous la présidence du ministre d’Etat Marafa Hamidou Yaya, la sélection de la compagnie de transport, le choix des encadreurs de pèlerins devenu un business juteux, définit les coûts du pèlerinage, responsabilise les acteurs impliqués, choisit la banque de domiciliation des fonds et de gestion de cet argent... Or, il se trouve que cette commission n’est pas dotée d’une personnalité juridique et d’une autonomie financière pour pouvoir mener à bien ses prérogatives.
Pour palier à ces défauts, elle a transféré une partie de ses qualités à une structure bancaire en l’occurrence Afriland first bank. Malheureusement, « elle s’occupe de la gestion financière et négocie le règlement de tous les engagements liés aux opérations du Hadj sans aucun mécanisme de contrôle », explique un dignitaire musulman sous cape. Egalement sous sa coupole, l’obtention des visas auprès de l’Arabie Saoudite et le remboursement des pécules en lieu et place de l’organisateur selon un taux fixé à sa convenance.
Le choix de cette banque pour les mémorandistes n’est pas innocent. Erigée en guichet unique de paiement des frais dévolus au pèlerinage, le cahier de charges reste méconnu des pèlerins qui entrevoient un réseau mafieux en connivence avec le ministre d’Etat. « L’an dernier, alors que plusieurs fidèles protestaient contre le choix unilatéral de cette banque en déposant leur bourse dans une structure bancaire concurrente, Afriland first bank a sanctionné le désaveu en rémunérant ceux qui lui sont restés fidèles.» Racontent des pèlerins sous les tables.
Mauvaise gestion
Aussi, parmi les activités qui sont restées entre les mains de la commission nationale du Hadj, on retrouve l’organisation des conditions décentes d’hébergement, de restauration et surtout de transport des pèlerins. Le transport plus que les deux autres conditionnalités connaît énormément des défaillances. Depuis la mort de la Cameroun Airlines, c’est sur les nerfs que les pèlerins foulent la Mecque. Des épaves volantes des compagnies aériennes peu fiables n’ont eu de cesse d’émailler le voyage des pénitents d’incidents désagréables. Ce fût le cas en 2008, lorsqu’un problème mécanique survenu en plein vol avait nécessité un atterrissage forcé à Khartoum au soudan.
L’an dernier, le gouvernement à coup de renfort médiatique a annoncé des avions espagnols et portugais pour le transport des musulmans Camerounais. A la fin, c’est avec les petits porteurs de Kenya Airlines et de certaines compagnies sorties de nulle part que ces derniers ont effectué le retour. Au chapitre des désagréments, l’on fait mention des pertes de colis ou leur livraison tardive, des tracasseries douanières, des humiliations et frustrations dues à l’insuffisance des toilettes, du non respect des calendriers et de la programmation avec comme corollaire la longue et pénible attente dans les aéroports sans aucune prise en charge ni communication. Le souvenir des pèlerins dormant à la belle étoiles il y’a quelques années est vivace dans les mémoires alors que les coûts du Hadj grimpent au fils des ans.
Les courbes de l’augmentation des coûts du pèlerinage au Cameroun sont en pente ascendante. En 2006 et 2007, il a fallu débourser 1 250 000 F.cfa pour se rendre à la Mecque, puis 1.650 000 Fcfa en 2008 et 1.882 000 Fcfa en 2009 soit une progression de près de 40%. Cet allongement brutale a un effet pervers sur la communauté musulmane dont nombreux se découragent ou changent purement et simplement de nationalité et migrent vers des pays aux coûts relativement bas pour pouvoir accomplir aisément leur devoir religieux.
Défaillances
Face à ces insuffisances de type managériales relevées, les membres des organisations de la société civile d’obédience musulmane ont récemment apporté des propositions correctives recommandant au Minatd de voir l’Etat agir dans son strict rôle régalien de coordinateur de l’organisation du Hadj, se désengager de la gestion financière du Hadj et de créer des structures spécialisées compétentes qui travailleraient pour les besoins de la cause sous son contrôle et celle du ministère Saoudien. Des recommandations qui auraient eu un écho timide auprès de la commission nationale du Hadj qui, en réaction, a pris de nouvelles mesures. Entre autres, le transfert de la gestion du transport aérien par le ministère des Transports qui aurait désisté, la baisse du nombre de pèlerins Camerounais de 3000 à 2500 pour le Hadj 2010, la révision à la hausse de la commission des encadreurs qui passe de 40 000 à 50 000 F.cfa, l’institution d’un Hadj Vip dont les modalités sont à venir, l’instauration du pécule remboursable à 100 000 F.cfa, la fixation du prix du Hadj à 1 974 500F Cfa pour la session 2010. Aux dernières nouvelles, un affréteur privé Saoudien aurait été choisi pour le transport des pèlerins et la date limite d’inscription des fidèles au guichet unique fixée quant à elle au 11 août 2010. Des améliorations qui semblent ne pas satisfaire les musulmans de la base qui trouvent que la situation s’est plus tôt dégradée.
Il est devenu une tradition à l’approche du Hadj de subir au Cameroun les cris incessants des pèlerins sur la gestion jugée calamiteuse de ce rite saint par le comité national en charge. Les carences décriées par les fidèles musulmans perdurent d’années en années, les clochardisant un peu plus avant, pendant et après le pèlerinage à la Mecque malgré les sommes faramineuses déboursées par chacun des mahométans pour accomplir le 5ème pilier de l’Islam. Tout se passe sous le regard inoffensif de l’Etat interprété à juste titre comme un silence complice.
Eric Nguele
