La BEAC va renforcer ses contrôles internes et externes



Le conseil d’administration de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (BEAC) vient de demander à son comité de réforme des statuts de lui soumettre, au plus tard fin juillet prochain, un projet global intégrant toutes les mesures prévues dans le plan d’action, en particulier dans le domaine du renforcement de ses contrôles internes et externes.
Cette prescription, contenue dans un communiqué publié vendredi, au lendemain d’une session du conseil d’administration de la Banque centrale, vise à « rétablir au plus vite l’indépendance, la pleine crédibilité et l’équilibre financier de la BEAC », mais aussi de permettre une reprise rapide des revues des programmes du Fonds monétaire international (FMI) des pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC).
La réforme attendue des statuts devrait également garantir une plus grande indépendance et une totale autonomie de gestion de la Banque, mais aussi donner des moyens à ses organes de gouvernance, avec pour corollaires le plein exercice de leurs attributions respectives au conseil d’administration et au gouverneur.
A travers ces démarches, la BEAC entend ainsi rétablir des relations de confiance avec le FMI qui, depuis mai dernier, a suspendu ses décaissements en faveur des Etats membres de la CEMAC, via leur Banque centrale.Le Fonds, à l’appui de sa décision, invoque notamment le « non respect par la BEAC du plan de retour à la crédibilité conclu à la fin de décembre 2009 », « l’absence de justificatifs pour des opérations totalisant près de 5 milliards d’euros, le déficit de contrôle par le siège de la BEAC des opérations de change engagées par les directions nationales ».
Au vu des montants en jeu, les services du FMI avaient recommandé au conseil d’administration « de redoubler d’efforts afin que la BEAC soit un dépositaire sûr et crédible des réserves des pays membres de la CEMAC ».
Au terme de son conseil d’administration tenu la semaine dernière à Douala, la métropole économique du Cameroun, la BEAC commande aussi que lui soit soumis en urgence un budget 2010 rectificatif de fonctionnement et d’investissement, « fondé sur des hypothèses réalistes de la Banque compte tenu du niveau actuel des taux d’intérêt », de manière à rétablir son équilibre financier. « Ce budget devra prévoir une stabilisation des dépenses de fonctionnement au niveau de 2009 ainsi qu’un gel des investissements immobiliers pour les chantiers qui n’ont pas encore démarré. »
Le conseil d’administration de la BEAC a également décidé que le comité des rémunérations, en étroite collaboration avec les censeurs, soumette des propositions sur la rémunération et les avantages accordés à l’ensemble des membres du gouvernement de la Banque ainsi qu’aux autres organes de décision et de contrôle, afin d’en réduire considérablement le coût global.
La BEAC vit un véritable marasme depuis près de 2 ans, à la suite de la découverte de malversations financières touchant principalement le Bureau extérieur de Paris (BEP).
De janvier à octobre 2009 en effet, sous la pression du FMI, celle-ci avait fait mener un audit indépendant sur la période 2004-2007 qui avait révélé des malversations portant sur 858 chèques et 6 virements frauduleux au profit de 101 bénéficiaires, 1306 retraits en espèces frauduleux et 38 bénéficiaires de titres de transport aériens frauduleux. Cette enquête n’avait pas traité des aspects débordant le cadre du BEP proprement dit, mais les rapports établis par le comité d’audit et le contrôle interne avaient reconnu que la fraude a pu avoir lieu parce que le siège avait continué de financer les opérations du BEP au-delà des montants budgétisés.
Lesdits rapports avaient aussi noté que les malversations furent rendues possibles du fait des dysfonctionnements du système de contrôle au siège, et préconisé le renforcement des structures de contrôle et de gouvernance à la BEAC. En début juin dernier, la BEAC a lancé un appel à manifestation d’intérêt pour le recrutement d’un cabinet spécialisé en vue d’un audit spécial des marchés passés du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2009 afin de vérifier la transparence, la méthode et les conditions de régularité des procédures d’élaboration, de passation et d’exécution des marchés dans les 21 agences et bureaux.