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Face à la rude concurrence des produits venant de l’étranger, les acteurs de ce secteur envisagent le dépôt du bilan. Nous annoncions déjà au terme d’une enquête dans notre édition du 1er février 2010, que le secteur agro-alimentaire, notamment celui des pâtes alimentaires est menacé. Plus de quatre mois après, le climat des affaires au Cameroun semble nous avoir donné raison. La preuve, le président de l'Association des producteurs camerounais de ce secteur, Célestin Tawamba, vient de monter au créneau pour attirer l’attention des pouvoirs publics sur les dangers qui guettent leur activité.
En guise d’illustrations, il a annoncé dans les colonnes de nos confrères de Mutations qu’il vient de suspendre le montage d’une usine neuve qui devait fabriquer la semoule de blé dur. « Le groupe ‘La Pasta’ vient de suspendre un investissement de 2 milliards de Fcfa pour monter une usine neuve qui devait fabriquer la semoule de blé dur. Elle devait générer 100 nouveaux emplois. » Il va même plus loin en soulignant que si rien n’est fait, il sera dans l'obligation de fermer tout le pan d'activité de fabrication de pâtes alimentaires au Cameroun. « Ce pan d'activité qui, depuis 6 ans, perd de l'argent. C'est une des raisons pour lesquelles «Panzani» a dû partir du Cameroun, nous serons obligés de fermer cette activité et bien entendu compresser environ 400 personnes qui travaillent dans ce secteur. »
Alerte
Cela n’est plus un secret pour quelqu’un. Les produits locaux ont décidément du mauvais sang à se faire face à la rude concurrence des produits venus de l’étranger. Le secteur agro-alimentaire, notamment celui des pâtes alimentaires, en fait l’amère expérience. Le marché local s’enrichit au quotidien avec l’arrivée de nouvelles marques. Cette invasion pernicieuse du marché local n’est pas sans conséquence pour les fabricants locaux qui, pour certains, ont commencé à fermer boutiques. Selon Célestin Tawamba, « sur les 5, il ne reste que 4 aujourd'hui. Cette entreprise a fermé parce que le secteur des pâtes alimentaires est en sous activité. Il tourne à peine à 30 ou 40 % de sa capacité de production. Et vous savez que si une usine tourne à 40%, elle est très en deçà de son seuil de rentabilité. Cela se passe depuis un certain nombre d'années. Et c'est essentiellement dû aux importations massives des pâtes alimentaires qui arrivent au Cameroun. » A en croire cet opérateur économique, les pâtes alimentaires importées représentent à ce jour en termes de volume environ 60% des parts de marché ; et en termes de références 85% des parts de marché. »
On aurait peut-être compris cet état de choses, si les entreprises locales étaient dans l’incapacité de ravitailler le marché local comme ça été le cas avec le sucre et le ciment par exemple. Or, à la vérité des faits, la production des entreprises locales est, selon les statistiques, supérieure aux besoins de la population locale. Conséquence, les opérateurs économiques du secteur pointent un doigt accusateur sur les pouvoirs publics.
Propositions
Pour sortir de cette impasse, les membres de l’Association des producteurs camerounais ont fait quelques propositions aux pouvoirs publics. Il s’agit dans un premier temps de veiller au respect de la qualité des pâtes. Parce que selon eux, les pâtes qui sont produites au Cameroun sont de qualité supérieure et respectent les normes. Il faudrait ensuite, relever la valeur de l'assurance qui est indispensable pour rétablir la compétitivité de notre produit. Parce que face à la libéralisation il y a eu une liste de produits qui sont exclus de cela. Les pâtes alimentaires en font parties. Elles doivent donc bénéficier d'un regard de l'Etat. Il faut donc suspendre ces lettres de dérogation, qui sont illégales et instaurer un véritable contrôle pour avoir des certificats de conformité. Pour ce qui est de la douane, il faudrait qu’elle sache que les pâtes qui arrivent dans des véhicules et dans les containers ou encore des réfrigérateurs, sont de la contrebande et ne doivent par conséquent pas être mises sur le marché.
Cette sonnette d’alarme suffira-t-elle pour mobiliser suffisamment d’énergie autour de ce fléau ? Toujours est-il que cela est devenu un secret de polichinelle. Une entreprise locale qui ferme à cause de ces pratiques, implique des manques à gagner énormes à l’Etat. Avec ce que cela peut entraîner comme dégâts collatéraux, à l’instar de la suppression d’emplois.
Thierry Nyope
