Yaoundé II : Les droits universitaires font problème


Le recteur excipe aux faux réseaux de reçus. Les étudiants crient mauvaise organisation du travail. Les tentes dressées à l’initiative des responsables de l’université de Yaoundé II suffisent juste à mettre certains étudiants à l’abri des intempéries. Mais la longue attente (plus de cinq heures debout) contraint nombre d’entre eux à s’asseoir à même le sol ou encore à s’adosser, mains sur la tête ou sur les joues. Il est 12h ce lundi 28 juin 2010. La vue de quatre rangs de 800m environ formés essentiellement des pensionnaires de cette institution universitaire est impressionnante.
Des alignements qui rappellent bien les longues files d’étudiants en début d’année académique devant la Commercial Bank of Cameroon (Cbc) pour s’acquitter du paiement des droits universitaires. Certains étudiants, les traits tirés, tiennent en main des bouts de papiers. «Il s’agit des reçus de paiement des droits universitaires», déclare Patrice, étudiant de niveau 2 de la faculté des Sciences politiques et juridiques. Le but final de tout ce monde est de gagner l’unité d’ingénierie du numérique sis au centre informatique de l’Université de Yaoundé II.
Très vite, une note du recteur datant du 16 juin dernier et affichée aux entrées et même à l’intérieur du campus universitaire donne la raison de ce regroupement inhabituel en cette veille d’examens du second semestre. «Faisant suite à la circulation des faux reçus de paiement des droits universitaires confirmés par la Cbc (Banque chargée de la collecte de ces droits universitaires à l’université de Yaoundé II), le recteur informe les étudiants de son institution (anciens et nouveaux) s’étant déjà soumis à la procédure d’enrôlement en vue de l’obtention de la carte à code biométrique et détenteurs ou non de ladite carte, qu’ils doivent impérativement se rendre à l’unité de l’ingénierie du numérique sis au centre informatique pour le retrait de leur attestation spéciale d’enrôlement+ qui conditionnera l’accès en salle d’examen au titre des examens du second semestre», écrit Jean Tabi Manga.
Il achève sa note par cette précision aux étudiants: «Bien vouloir vous munir des originaux de vos reçus de paiement des droits universitaires.» Des recoupements effectués auprès des responsables de l’université révèlent qu’au «moment des états financiers, il a été constaté un gap entre les reçus présentés et l’argent en caisse. Vérification faite, l’on s’est rendu compte de l’existence d’un réseau de faux reçus à la Cbc. D’où l’opération lancée pour traquer les faussaires», raconte une source proche du rectorat. On parle alors d’une somme de près de 100.000 millions de Fcfa qui ne seraient pas rentrés dans les caisses de l’université.
Report
Une version que tiennent à relativiser certains étudiants qui dénoncent l’administration. Pour eux, en effet, il s’agit de nombreux dysfonctionnements de la scolarité. Des étudiants ayant régulièrement payés leurs droits universitaires depuis janvier 2010 n’ont obtenu leur carte biométrique que la semaine dernière, à la faveur de fouilles minutieuses. «Vous comprenez face à ceci que, pour donner au maximum la possibilité de se présenter sur la ligne de départ des examens, l’administration a sorti l’astuce de documents frauduleux en circulation. D’où la fameuse fiche», fait savoir un étudiant qui a requis l’anonymat.
Toujours est-il qu’aussitôt la décision du recteur prise, les étudiants ont pris d’assaut les portes de l’université, non sans traîner les pieds pour certains. Car l’opération de vérification est fastidieuse. Aussi, pour les rendre plus aisées, les étudiants sont-ils alignés par niveau et par filière. Le parcours est le même pour tout le monde : l’étudiant s’aligne pour avoir accès à l’unité de l’ingénierie du numérique. Arrivé ici, il présente les originaux de ses reçus qui sont validés avec l’apposition d’un cachet humide. Ce après quoi il va prendre «l’attestation spéciale d’enrôlement» ; une fiche contenant des informations d’identification et une photographie 4x4 de l’étudiant. Laquelle remplace les cartes biométriques.
L’opération n’est pas sans désagréments au regard du nombre important des étudiants de l’université de Yaoundé II : longues files, tracasseries, bousculades…
D’autre part, «Cette situation [intervient à la veille des examens] m’angoisse. Au moment où je dois être en train de me concentrer pour mes révisions, je suis obligé de venir m’aligner ici des heures durant», déclare Landry, étudiant de niveau 3 en faculté de droit. Très peu sont les étudiants qui prennent cette opération avec philosophie comme Agnès, étudiante de niveau 4 (maîtrise) : «Cela ne me dérange pas. Mes reçus sont en règle. Je n’ai pas peur», dit-elle en cherchant des yeux ses camarades. Pour humaniser sa décision, le recteur a dû repousser la date des examens du second semestre. Programmés pour cette semaine Jean Tabi Manga les a repoussés au 5 juillet. Soit dans quelques jours. Une date équivoque vu le nombre impressionnant d’étudiants encore à la recherche de l’«attestation spéciale d’enrôlement». D’aucuns pensent d’ailleurs que les examens seront de nouveaux reportés.
Bertille Missi Bikoun