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Bafoussam : Un faux avocat homosexuel devant le juge

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combatant01Diderot Atsefack Nantia alias Me Djomo Gaëlle ; alias Tchoupou Aristide Sorelle est accusé de faux et usage de faux en écriture publique, d’usurpation de titre et d’uniforme. Me Djomo Gaëlle, comme elle se faisait appeler, était en fait un jeune homme déguisé en femme avocate stagiaire qui parcourait les tribunaux de la région en compagnie des autres confrères pour suivre des dossiers. Ceux-ci ignoraient tout d’elle. Un matin du 02 février 2009, alors qu’elle sortait du palais de justice de Bafoussam portant encore sa toge d’avocat, elle est empoignée par deux individus qui l’a reconnaissent pour les avoir escroqué en 2008. Ils se saisissent d’elle et exigent des comptes.
Pendant la dispute, un gendarme en service au palais de justice vole au secours de l’avocate que malmènent des individus en civil. L’homme en tenue sera surpris d’apprendre que Me Gaëlle n’est ni avocate, ni une femme mais un homme. Les avocats venus à la rescousse de leur consoeur seront également surpris face aux déclarations des messieurs qui ne désarment pas et décident de voir clair dans cette drôle d’histoire.

Ils transportent tout le monde au bureau du procureur d’abord, puis chez le Procureur Général.  Face au doute et à la persistance de Me Gaëlle sur identité de son sexe et sa qualité d’avocat stagiaire, le PG commet une expertise médicale et elle est placée malgré tout en détention provisoire à la prison centrale de Bafoussam. Le 09 février 2009, le rapport médico-légal du Dr Tchinda, médecin en service à l’hôpital régional de Bafoussam est formel : l’examen physique du patient ne révèle l’absence des seins, pilosité pubère type masculin, présence de deux testicules et d’un pénis. C’est la stupéfaction totale. Il décline alors son véritable identité. Dès l’ouverture du procès,  il plaide coupable.

 

Diderot est un bel jeune homme de 21 ans qui prenait du plaisir à se maquiller en jeune fille et se faire draguer par les hommes.  « Je suis allé plusieurs fois avec des hommes à l’hôtel. Parfois certains se rendent compte que je suis un homme et me bastonnent. Cependant, je réussis parfois à tromper la vigilance des autres en leur disant que je saigne ou que je suis souffrante, j’évite qu’ils me caressent,  je leur fais la pipe et ils me payent. Je m’habillais comme ça depuis l’âge de 6 ans, même ma mère n’a pas pu m’en empêcher, » déclare-t-il sans aucun remord.

 

L’histoire

Gaëlle fait son apparition à Bafoussam en janvier 2007 et entreprend de séduire les hommes. Ses multiples fréquentations au commissariat de sécurité et au Groupement mobile d’intervention (Gmi) ne vont pas laisser indifférents les policiers dont plusieurs passeront à la trappe. Elle est très vite remarquée dans les boites de nuits et autres milieux de plaisir comme un nouveau produit et ne manque pas de clientèle.

Quand le scandale éclate dans un hôtel de la place où elle est bastonnée et filmée par les flics abusés, Gaëlle quitte la ville et ne reviendra qu’un an plus tard sous le pseudonyme de Maître Djomo Gaëlle. Maître Kadje avocat au barreau entendu comme témoin raconte : « Au mois d’août 2008, je suis allé à l’audience à Dschang et y étant, j’ai trouvé cette personne assise dans la salle d’audience et sur le banc des avocats en robe d’avocat. Je me suis présenté à elle et j’ai requis sa présentation comme il est d’usage chez les avocats. Elle a déclaré être maître Djomo Gaëlle, avocat stagiaire à l’étude de Me Ngah Ayissi à Yaoundé. Je dois préciser que mon attention à été retenu par deux détails importants, d’abord l’état très vétuste de sa robe d’avocat, chose très curieuse pour un stagiaire, ensuite son niveau d’expression assez bas et sa relative méconnaissance de certains détails de la chose judiciaire. »

 

Ces détails poussent Me Kadje à faire des investigations. Il consulte la liste des résultats du dernier examen du barreau et ne trouve pas le nom de Gaëlle Djomo. Il appelle Me Ngah Ayissi à Yaoundé qui dit ne pas connaître Gaëlle.  Les avocats de Bafoussam exigent dont à Me Gaëlle que si elle doit encore mettre la robe au palais de justice de Bafoussam, qu’elle présente au représentant du Bâtonnier l’arrêté portant proclamation des résultats du concours du barreau sur lequel porte son nom et son procès verbal de prestation de serment. Elle promet aller les chercher et ne reviendra qu’un an plus tard sous le nom d’Aristide Sorelle Tchoupou, professeur de français au lycée classique de Bafoussam. « Dans la journée du 28 janvier 2009, une dame m’a été conduite par un de mes collaborateurs m’annonçant que c’était un professeur de français nouvellement affecté au lycée. Je reçois la dame et lui indique la procédure à suivre : rencontrer les services du secrétariat pour les formalités de prise de service et le censeur pour l’établissement de son emploi du temps, ce qui a sera fait, sauf que je ne lui ai pas délivré son certificat de prise de service car elle n’avait pas encore présenté sa note d’affectation. » Déclare M. Clément Kouam, proviseur du lycée classique de Bafoussam, lui-même surpris que cette dame fut plutôt un homme. Une perquisition à son domicile a permis la découverte de plusieurs faux documents et diplômes qui ont mis sous scellés.

Le procureur a requis de lourdes peines de manière à décourager ce genre de déviance. Il risque jusqu’à 05 ans de prison et près de 200 000 francs d’amandes. L’affaire est mise en délibéré pour le 19 juillet 2010.

 

Pierre  Gouanez

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