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Crise économique: Les femmes et les filles d'abord

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femmes africainesLa crise économique pèse plus lourdement sur les filles, amenées à suppléer les pertes de revenus de leurs parents, révèle un rapport de l’Ong Plan International. Déscolarisation, baisse des revenus, décès pour cause de faim… sont les déclinaisons de ce phénomène mondial. La famille de Yasmine, une jeune Togolaise, vit de la vente du sel. Deux de ses frères travaillent dans la ferme familiale en dehors des heures d’école, et deux autres vivent dans la capitale, d’où ils envoient occasionnellement un peu d’argent. Yasmine elle-même aide sa mère à arrondir le revenu familial.

Ce témoignage, recueilli par l’Ong Plan International, illustre le thème central du rapport Because I am a girl * que celle-ci a publié à la mi-octobre : les femmes, et plus encore les filles de moins de 18 ans, sont plus que d’autres victimes de la crise économique mondiale qui sévit depuis 2008. Les répercussions d’une crise sur les filles se manifestent en effet en cascade, explique l'ONG. Dans le secteur formel des pays du Sud, les femmes sont les premières à perdre leur emploi. Elles sont plus rapidement licenciées que les hommes, parce que les employeurs considèrent que le salaire masculin constitue le revenu principal de la famille, comme l’Organisation internationale du travail l‘a constaté durant la crise asiatique de 1997. Or, souligne Plan International dans son rapport, dans l’ensemble, les femmes font entrer 90 % de leurs revenus dans les ressources familiales, contre 30 à 40 % pour les hommes.

De l’école au travail

Celles qui sont licenciées se tournent dès lors vers le secteur informel, où elles rejoignent la cohorte des femmes déjà actives et qui peinent à joindre les deux bouts. Mais ce secteur lui-même est victime de la crise, parce que, confrontés à une baisse des revenus, les clients potentiels achètent moins, au moment où les vendeuses sont de plus en plus nombreuses. Pour tenter de maintenir leur niveau de revenu, les mères de famille retirent en priorité leurs filles de l’école, considérant que c’est leur rôle de garder leurs frères et sœurs ou de les aider, elles, dans leurs activités informelles.

Sans doute le délai est-il court pour lancer déjà des affirmations définitives. Mais l’expérience de crises économiques antérieures, comme celle qui a frappé l’Asie en 1997, donne des indications que confortent les premières données disponibles. Ainsi, la Banque mondiale a déjà identifié, en 2009, 33 pays en développement – en majorité africains – où les femmes et les filles de familles pauvres sont particulièrement vulnérables. Selon la Banque , la crise actuelle augmentera probablement de 400 000 le nombre d’enfants mourant de faim chaque année dans le monde. Parmi eux, plus de 50 000 sont des bébés africains qui n’atteindront pas leur premier anniversaire, et la majorité sont des filles. Aux Philippines, dans le secteur formel où les pertes d’emploi sont nombreuses, 7 travailleurs licenciés sur 10 sont des femmes, selon Gabriela, l’Alliance nationale des femmes des Philippines. Ce qui rappelle douloureusement le cas de l’Argentine, une économie secouée par plusieurs crises successives et où le chômage féminin a doublé entre 1990 et 2004.

Aide en baisse

Cette discrimination envers les filles n’est pas nouvelle, mais, relève le rapport, "plusieurs décennies de développement économique mondial et de progrès dans les droits humains pour les filles risquent de partir en fumée si les impacts de la crise financière pour les filles ne sont pas pris en compte." Déjà avant la crise, plus de 60 % des femmes ayant un emploi dans les pays en développement travaillaient dans le secteur informel. Plus encore si on y ajoute l’agriculture.

En mars dernier déjà, la Commission des Nations unies pour le statut de la femme notait "sa profonde préoccupation sur l’impact négatif que la crise économique et financière mondiale pourrait avoir sur la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le Développement", en particulier celui sur l’égalité hommes-femmes. Bien que ce genre d’estimation soit très aléatoire, la Commission chiffrait à 13 milliards de dollars par an le montant de l’aide nécessaire pour atteindre ce dernier objectif. Or, la crise a une autre conséquence, qui va se répercuter indirectement sur les femmes : une sévère diminution des ressources des ?tats du Nord, obligeant ceux-ci à des économies qui porteront aussi sur les montants de l’aide au développement.

Directement ou indirectement, conclut Plan International, les filles et les jeunes femmes seront donc les principales victimes de la crise.

André Linard

(Syfia)

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