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Même si les récurrentes défaites d’avant compétition de cette équipe se révélaient être comme des signes avant-coureurs pour cette messe mondiale du football, l’esprit de gagne et l’amour intrépide de millions de camerounais pour ce sport et particulièrement pour cette équipe, laissait planer malicieusement un brin d’espoir qui aujourd’hui, donne désormais cours à toutes sortes d’interrogations, d’analyses et de supputations.
Bilan
La deuxième équipe du continent africain et la dix-neuvième mondiale, n’a pas su faire valoir son rang durant cette coupe du monde organisé en terre africaine. Ayant déroulé en deux match, un football oscillatoire pleins de déchets techniques et tactiques, avec à la solde deux défaites consécutives face au Japon et au Danemark, les Lions indomptables tirent leur révérence de la coupe du monde. Parfois timoré, manquant de mouvement, de rythme, d’adresse, de cohésion, d’anticipation, de vitesse et de percussion, le très puissant fauve de la forêt ayant hérité d’une poule pourtant à sa hauteur, est demeuré malingre, désorienté et pitoyable dans sa prestation.
Une prestation en coupe du monde depuis 1994 qui s’avère désormais hantée des vieux démons avec une habituelle élimination avant le second tour et comme à l’accoutumée, l’apparition de nouveaux inédits dont le Cameroun est passé maître dans l’art. Inédit d’avoir été le premier pays éliminé de la compétition. Inédit de par l’incertitude de son ossature qui en deux matches, a présenté deux équipes différentes. Inédit par le fait d’avoir été le premier adversaire malheureux, qui aura permis au Japon de glaner sa première victoire hors de son continent. Inédit de par les brouilles et frasques qui auront précédé la compétition mais qui ont perduré pendant son déroulement.
Toutefois, même si la liste paraît longue et le constat est amer, quelques points positifs émergent du lot. Notamment la découverte d’une génération prometteuse et plein d’espoir qui au jugé des analystes, pourrait se révéler comme la prochaine gâchette qui permettra au Cameroun de renaître de ses cendres. Ceci afin de recouvrir son gabarit d’antan qui faisait de lui, en Afrique d’abord et dans le reste du monde ensuite, un lion adulte puissant, au tempérament indomptable.
A qui la faute ?
De part et d’autre de la planète foot, les responsabilités de cette déculottée sont diversifiées. En effet, chacun ayant un rôle à jouer dans l’édification des fondations du football camerounais, tous les protagonistes majeurs de la scène footballistique s’avèrent impliqués dans une moindre mesure. Dans un premier temps, une grosse part revient à l’entraineur sélectionneur Paul Marie Le Guen. Ce dernier ayant démontré une certaine incompétence tactique, n’a pas su utiliser convenablement les footballeurs à sa possession. Décrié par de nombreux camerounais, ces derniers lui reprochent d’avoir utilisé parfois les mauvais joueurs à la place des bons, d’avoir utilisé des joueurs à un poste qui ne les convenait pas ou encore d’avoir utilisé un système de jeu qui ne correspondait pas au profil des footballeurs en sa possession.
Dans un second temps, les footballeurs eux-mêmes ne sont guère épargnés par la critique. En effet, que ce soit dans l’inefficacité des attaquants qui n’aura pas permis aux Lions de remplir leur compteur de but durant ce mondial ou dans les erreurs de positionnement défensif qui n’auront pas permis d’éviter les buts et de conserver les acquis, les joueurs eux-mêmes ont fait preuve de fébrilité, de manque de réalisme et de manque d’initiative. Des ingrédients essentiels et intrinsèques à la valeur des footballeurs d’une sélection. Au lieu de se concentrer sur l’unique et seul objectif qui était la victoire, ils ont passé tout leur temps à se livrer à des querelles intestines et inutiles ; occasionnant de multiples réunions présidées par le chef de la délégation camerounaise en Afrique du Sud.
Pour les médias étrangers, Paul Le Guen et les joueurs ne doivent pas être les uniques boucs-émissaires de cette aventure déshonorante. De ce fait, l’administration camerounaise en charge du football détient sa part de responsabilité. L’intrusion du politique avec l’immixtion du ministre Michel Zoah dans les choix d’un entraîneur sous influence, davantage empoisonné la situation.
Selon aimé Jacquet, ancien entraîneur de l’Equipe de France et vainqueur de la coupe du monde 1998, « une telle compétition ne se prépare pas spontanément ou en un an. La victoire d’une équipe dans une compétition aussi relevée est la résultante d’un travail de longue haleine.». D’après lui, la mobilité des entraineurs dans le temps et dans l’espace en Afrique constitue un facteur limitant pour les sélections du continent. Un point de vue partagé par Claude le Roy, ancien entraîneur des Lions indomptables, interrogé sur la problématique du football africain. Celui-ci considère également que le développement du football africain en général et du Cameroun en particulier, dépendent de la multiplication des centres de formation, base essentielle de la production de la matière première c’est-à-dure les joueurs de talents, d’une restructuration des infrastructures et du championnat local et d’une modernisation efficiente à long terme de cette discipline sportive tant dans l’éducation primaire que secondaire. Des conditions sine qua non dans le long terme qui pourront permettre un jour au Cameroun, de talonner les grandes nations mondiales du football et pourquoi pas, de gagner la coupe du monde.
Paul Tonye Njel
