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Douala : quand les enfants de la rue sèment la terreur

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nanga«Nanga boko» ou braqueurs occasionnels ?Jadis considérées comme de personnes défavorisées en quête de leur pain quotidien, longtemps acceptées comme des nécessiteux et pris pour des personnes dont l’assistance se pose comme un impératif, les enfants dits de la rue, communément appelés «Nanga boko», puisque n’ayant pas de domicile, sont devenus au fil des années, des brigands de la pire espèce.

 

C’est ainsi qu’il ne se passe pas un seul jour sans qu’ils ne se signalent par leurs méfaits dans une ville comme Douala. Avec les autres grands bandits de la ville, ils font de la métropole économique du Cameroun, une véritable far-west une fois la nuit tombée. Le témoignage de Pascal Edouard Kemassi, opérateur économique : «Alors que j’allais à l’imprimerie (Macacos) pour voir si mes travaux avaient été effectués, je suis accosté par trois badauds habillés en haillons. Ces derniers m’ont molesté, torturé et dépouillé. Je croyais avoir à faire à des enfants de la rue, pourtant ceux-ci sont avérés de vrais bandits».

L’occasion faisant le larron, beaucoup d’enfants de la rue de plus de dix huit ont décidé de franchir le palier en suivant « des cours avancés » de braquage, pour une fin malheureusement tragique. «Tous ceux qu’on brûle tous les jours dans les carrefours sont pour la plupart des enfants de la rue convertis au braquage, qui ont décidé de changer de vie. Ils commettent l’erreur monumentale de brûler les étapes. Il ne suffit pas seulement de fumer le chanvre, humer la colle, avoir des muscles et du courage pour devenir du jour au lendemain un braqueur professionnel, précise un agent de police. Le banditisme professionnel est une science que les Nanga boko n’ont pas encore assimilée. Tant qu’ils ne se ressaisissent pas, ils seront tués tous les jours. Je suis bien placé pour le dire qu’ils sont des malfrats à plus de 45%. Aucun enfant de la rue n’héritera du royaume des cieux».

Et quand ces derniers ne sont pas acteurs directs, ils servent de sentinelles. C’est dire que dans un cas comme dans l’autre, ils ne servent pas intérêts des populations. «Il faut que les autorités de la ville de Douala se saisissent de ce phénomène qui est à mon avis un cancer social, une gangrène à extirper. C’est comme ça que lentement et sûrement les Bend skin se sont imposés à Douala comme une force avec laquelle il faut compter». A l’entrée des boulangeries, des supermarchés et des superettes où ils sont pour la plupart localisés à Akwa, c’est un combat quotidien de survie. Un combat où désir de survie rime malheureusement avec braquage et agressions. «S’ils arrivent à s’organiser, ces derniers vont contrôler la ville et ce sera le chaos», lance un homme en tenue.

2. Un syndicat du crime en gestation

D’après les témoignages recueillis par ceux qui ont été «approchés» par ces braqueurs, ces derniers ont plusieurs modus operandi. A défaut d’agresser ouvertement leurs victimes ou de le faire indirectement après demande d’un service rendu, ces enfants provoquent des bagarres ou enveniment une simple discussion entre les clients d’un même établissement de commerce. Le témoignage de Kalla Manfred, un noctambule habitué de la rue de la joie à Akwa : «J’étais tranquillement assis dans un bar non loin du palais du Prince Dika. Par hasard, j’ai bousculé un aîné qui a accepté mes excuses mais quelle ne fut ma surprise d’être accusé par ces enfants de la rue. Ils ont dit et prouvé à ce monsieur que je l’ai fait exprès et sans que je ne sache trop comment, une violente dispute a éclaté. Pendant celle-ci, ces enfants nous vidaient les poches tandis que d’autres, au lieu de séparer nous assénaient des coups de poing pour nous maintenir dans la cadence. Bref, c’était une occasion pour me braquer proprement et les passants n’y voyaient que du feu. Une fois le forfait accompli, ils prennent la clé des champs pour un autre site». D’autres postés aux carrefours abordent les passants pour demander l’aumône ou du feu. Des phrases telles : «pitié pour un pauvre enfant qui a faim», «grand, est-ce que je peux avoir du feu ?». Une seconde d’inattention est fatale pour le bon samaritain. Jérôme Alexandre Timba, propriétaire d’un snack à Akwa témoigne : «En voulant sauver un enfant qui disait mourir de faim, j’ai été agressé par six voyous qui ont profité du fait que j’ai mis la main dans la poche pour me bondir dessus. Je n’oublierai jamais cette scène. Ils ont pris la recette de toute une journée. Si maintenant je rencontre un enfant de la rue qui me demande un service, je suis prêt à le tuer, quitte à faire la prison».

Voulant se donner les moyens de résister à la concurrence des braqueurs professionnels et contourner les forces de l’ordre, présentées comme leurs bourreaux, ces enfants de la rue aidés par les films hollywoodiens qui inondent le marché sont sur le point de créer un syndicat du crime organisé, D’après des informations en notre possession. Cette idée serait née le mois dernier suite à une bagarre entre deux caïds de la rue. Les révélations de Maxim, un enfant de la rue qui a assisté à la scène : «Jacob travaille au niveau du carrefour Soudanaise alors que Pierre est à Zépol. Ils se sont croisés au niveau de Douala Bercy et se sont disputés un client commun. La garde du véhicule d’un Européen a donné lieu à une violente bagarre. Au finish, tout le monde s’est retrouvé dans un lieu que je garde secret pour élaborer une stratégie pour que de telles scènes qui ne nous honorent pas, ne se produisent plus jamais». C’est ainsi que si rien ne change, la ville de Douala sera divisée en cartels avec un «chef de terre» à la tête de chacun d’eux. Ce sont ces «chefs secteur» qui répondront de la sécurité des enfants de la rue et établirons les programmes de «travail». Entre les braqueurs et les enfants de la rue qui entrent dans le circuit du crime, de quoi sera fait la capitale économique, dès lors qu’ils sont ignorés des administrations ?

3. L’indifférence des administrations concernées

Que font les départements ministériels concernés par les enfants de la rue, à savoir les Affaires sociales, la Jeunesse, l’Emploi et la formation professionnelle ? Quel rôle jouent les collectivités territoriales décentralisées ? Quelle est l’attitude des organisations de la société civile ? Pourquoi les entreprises dites citoyennes ne prêtent-elles pas une oreille attentive à ce problème qui prend de l’ampleur au fil des années ? Telles sont autant de questions sans réponse. Car toutes ces administrations se sont inscrites aux abonnés absents, comme si le phénomène des enfants de la rue ne faisait pas partie de leur cahier de charges. En dehors de quelques cérémonies de remise de dons aux enfants de la rue et ceci en faveur d’une journée internationale, comme le 16 juin 2010 à l’occasion de la journée mondiale de l’enfant africain à grand renfort de publicité, plus rien n’est fait, malgré les promesses de réinsertion sociale. Ce qui n’est forcément pas le cas des Affaires sociales qui de temps à autre mène des actions ponctuelles. Comme en février dernier où ce département ministériel a fait un grand bon en avant en permettant à soixante onze enfants de regagner leurs domiciles, sur les deux cent sept recensés par les agents des services sociaux de la délégation régionale des Affaires sociales pour le Littoral.

Catherine Bakang Mbock avait demandé à tous ceux qui sont concernés par cette approche une démarche positive, pour un suivi quotidien. Mais si la plupart de ces enfants ont enfin accepté de reprendre les classes, d’autres ont été admis aux petits métiers. La ministre a insisté sur la responsabilité des parents et proches qui ont également un rôle majeur à jouer. Par ailleurs, certains mécanismes existent qui prouveront l’indigence des parents. En dehors des Affaires sociales dont des efforts supplémentaires sont attendus, les autres administrations évoquent des raisons aussi diverses que contradictoires. A la Communauté urbaine, un responsable du cabinet évoque l’idée de décentralisation : «Avec la décentralisation, ce sont les communes qui doivent s’occuper de ce problème». Au sein des communes d’arrondissement, l’argument financier est brandi : «Vous savez bien que nous n’avons pas d’argent. Tout ce que nous faisons pour les jeunes est issu des jumelages et des dons que nous recevons de nos partenaires. Le budget d’une commune n’arrive déjà pas à suffire pour son fonctionnement».

Dans les entreprises, on évoque ces derniers jours, les mauvais chiffres réalisés à cause de la crise financière internationale. Quant aux forces de l’ordre, elles assistent impuissantes à l’insécurité causée par ces enfants de la rue, malgré la loi interdisant le vagabondage nocturne dans les centres urbains.

Etame Kouoh

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