8 juin 1990: le jour où le Cameroun gagna l'Argentine en Italie


Lors de la fameuse préparation pour l'Italie, les problèmes notamment celui entre Joseph Antoine Bell et la fédération, ce sont des choses qui pouvaient vous déconcentrer avant de rencontrer l'Argentine?
Je pense qu'il faut diviser un peu la préparation, car la préparation, on l'a faite en Yougoslavie et on l'a bien faite avec des matchs amicaux. On gagnait, on perdait, mais bon, une sélection qui savait que les choses allaient être difficiles et qui s'y préparait.
La dernière semaine avant la compétition, c'est là que sont arrivés les problèmes des maillots, les problèmes de Joseph avec certains membres de la fédération... On savait toujours où on voulait aller, ce qu'on voulait faire et ce problème là a permis de pouvoir unir le groupe et de pouvoir faire les résultats qu'on a eu.
Il y a eu aussi un autre élément de crise, le retour de Roger Milla qui n'était peut être pas prévu, au niveau du groupe?
Non, je ne pense pas que le retour de Roger ait été un problème à partir du moment où, pendant les matchs amicaux, il a fait des matchs amicaux, il a montré son niveau de forme. Le problème, je l'ai toujours dit, c'est le moment où je vais voir l'entraineur Valéry Nepomniatchi et je lui dis que je ne peux pas jouer en 10: "si je joue en 10, je te donnerais 50% de mes possibilités! Donc, tu me fais jouer avant-centre. Maintenant si tu penses que Roger est meilleur que moi, tu le fais jouer et moi, je reste sur le banc de touche". Durant les matchs amicaux, j'étais au-dessus de Roger, il était normal qu'il endosse le rôle de remplaçant qu'il a très bien fait d'ailleurs. Il a beaucoup apporté, et je pense qu'il a apporté beaucoup plus au groupe en entrant en cours de jeu plutôt qu'en démarrant.
Racontez-nous ce but!
Je dirais que c'est un but chanceux parce que le coup franc, c'est Mfédé qui doit le tirer, mais il est remplacé cinq secondes avant. C'est alors Emmanuel Kundé qui le tire du pied droit. Je lui demande de tirer au premier poteau, et en allant au premier poteau, Makanaky me prend de vitesse. Il prend le premier poteau, le ballon est dévié et revient au deuxième poteau...Il y a des actions qu'on fait une fois dans sa vie et ce saut, je l'ai fais une fois dans ma vie et derrière, il y a une erreur de gardien donc voilà, on mène 1-0!
Que se passe-t-il alors dans votre tête?
La folie!! J'ai encore mal au dos (rires)! Je n'ai pas vu le public, je me suis retrouvé en bas d'une masse de 10 joueurs qui pesaient...non 9 car Mbouh, il ne pesait que 25 kilos! Les gars pesaient plus de 90 kilos, incroyable! Je ne voyais rien du tout, je n'entendais que des cris et à partir de ce moment là, on s'est dit si on a coupé les joueurs argentins, on va couper encore une deuxième fois. Il fallait continuer à jouer, à produire du jeu et surtout protéger ce but.