Examens officiels : Quand le rattrapage au Cep s'impose


Plusieurs centaines d'adultes essaient d'entrée en possession de ce diplôme.La saison des examens officiels bat d'ores et déjà son plein. Les épreuves pratiques du certificat d'études primaires (Cep) ont eu lieu mardi dernier sur l'ensemble du territoire national. A côté des jeunes pensionnaires du Cours moyen 2e année, l'on a retrouvé des candidats d'un certain âge. C'est le cas de Louis Paul Ango. Déjà le 14 mai dernier, il a été aperçu à l'école publique de Kodengui où se déroulaient les épreuves sportives du Certificat d'études primaires (Cep) dédiées aux candidats libres du sous-centre de Nkol-Ewae.
A 32 ans, M. Ango était en effet appelé à passer les épreuves écrites et sportives du Certificat d'études primaires. "J'ai égaré mon diplôme que j'ai eu en 1990. Maintenant, je veux me présenter à un concours et on me demande d'avoir le Cep. C'est pour cette raison que je suis là aujourd'hui.", confie-t-il en ajustant son vêtement de sport.
Un peu plus loin, Martin, 29 ans, a décidé, cette année, de dépasser ses "complexes et de [se] présenter. Je me rends compte que le temps passe et bientôt j'attendrai la limite d'âge pour les concours. C'est pour cette raison que j'ai décidé de me présenter à cette session pour avoir toutes les chances de mon côté l'année prochaine".
Comme lui, c'est une centaine de personnes dont l'âge varie entre 20 et 35 ans qui se sont retrouvées à Kondengui le 14 mai dernier. Pour la plupart, ils ont connu une rupture de scolarité depuis de longues années. "Mes parents se sont séparés lorsque j'étais au Cm1. Mon père s'est remarié et j'ai arrêté d'aller à l'école. Du coup, je n'ai pas pu avoir mon Cep. L'année prochaine, j'aimerais faire le concours des gardiens de prison. C'est pour cette raison que j'ai pensé à refaire le Cep. Mes oncles m'ont fait comprendre que si je réussissais à ce concours, je pourrais vivre plus décemment", confie Alice Awana, 26 ans, vendeuse de bonbons. Bien qu'elle n'appréhende pas particulièrement les épreuves sportives, la jeune femme fluette qu'elle est espère pouvoir passer avec succès les épreuves de mathématiques. "Mon cousin me fait des répétitions chaque soir mais ça reste un peu compliqué pour moi", lance-t-elle avec un léger sourire.
Alors que les plus jeunes inscrits (8-11 ans) régulièrement au Cm2 ou au Cm1 regardent "ces grands" comme des bêtes curieuses, les adultes, eux, se rassemblent par affinités. Joseph Ebanga, instituteur explique : "A chaque session du Cep, nous avons affaire à ce type de candidats libres. Rien qu'ici à Nkol-Ewae, nous avons enregistré une centaine de candidatures de ce genre. Le plus souvent, ce sont des personnes qui, pour diverses raisons, ont arrêté leurs études ou n'ont pas obtenu leur Cep. A l'âge adulte, ils se rendent compte de leur erreur et tentent de se rattraper".
Contrairement à ce que l'on peut croire, ce sont les mêmes exercices qui sont appliqués aux uns et aux autres. "Le programme du Cep est réservé à des personnes qui ont un certains nombres de capacités bien déterminées. C'est au régime de ces candidats que tout le monde s'aligne", précise l'enseignant. Ainsi, que ce soit le lancé du poids, le saut à la corde ou la course, tout le monde est parti sur les mêmes bases. On comprend donc l'hilarité des plus jeunes qui, inquiétés par la présence de ces "grands" sur leur terrain, au début des épreuves, ne s'expliquaient pas pourquoi ces adultes ont tant de mal à franchir une corde haute à peine de 1m50. Malgré tout, c'est déterminé qu'ils se disent prêts à affronter les épreuves écrites du Certificat d'étude primaire les 16 et 17 juin prochains.
Dorine Ekwè