






![]() | Aujourd'hui | 27 |
![]() | Total | 2295027 |
En dépit de nombreux chantiers abandonnés, le chef de l’Etat pense que l’Afrique peut sortir du bout du tunnel. Le palais des congrès de Yaoundé accueille depuis hier les travaux d’une Conférence internationale à l’occasion de la célébration des cinquantenaires des indépendances.
C’est Paul Biya en personne qui a présidé la cérémonie d’ouverture.En présence des présidents de Sao Tome et Principe, du Gabon et du Burkina Faso. Deux anciens premiers ministres français, Michel Rocard et Alain Fabius, étaient du rendez-vous ; tout comme le président de la commission africaine, le gabonais Jean Ping et le prix Nobel de la paix, l’égyptien El Baradei. Le thème central de cette assemblée intellectuelle tournait autour du chemin parcouru par l’Afrique 50 ans après et les défis du futur. Comment l’Afrique peut-elle tirer profit de ses atouts ?
Parcours
Et dans son allocution, Paul Biya a dressé le chemin parcouru : il a parlé de la construction des Etats par la mise en place des administrations, des forces de défense, le système de santé et l’apprentissage économique. Il a aussi souligné les raisons qui ont empêché aux pays africains d’amorcer leur décollage économique : « la dégradation des termes de l’échange, la concurrence déloyale des subventions, la décroissance de l’aide publique, etc. La crise économique et financière a fait le reste : baisse des cours de nos matières premières, chute de nos exportations, report des investissements étrangers, avec les conséquences que cela implique.
Il ne pouvait en être autrement puisque les règles de nos relations avec le monde industrialisé n’avaient pas vraiment changé. Nous restions en marge de l’économie mondiale. Nous demeurions des fournisseurs de pétrole, de matières premières, de produits de rente dont nous ne maîtrisions pas les cours. De plus, les coûts de nos importations ne cessaient d’augmenter, comme ceux des transports, du crédit… »
A côté de ces causes externes, Paul Biya a aussi évoqué la responsabilité des africains eux-mêmes qui ne font pas toujours preuve de bonne gouvernance : « la mauvaise gestion des finances publiques, l’insécurité judiciaire, les lenteurs administratives, pour ne pas parler de la fraude douanière et de la corruption, si fréquentes en Afrique, doivent être systématiquement combattues. Bien qu’elles soient le plus souvent clairement identifiées, elles sont particulièrement difficiles à éliminer, car profondément enracinées dans les comportements. Nous devons savoir qu’aussi longtemps que nous n’en serons pas débarrassés, nos efforts de redressement resteront aléatoires… Aux guerres civiles, qui opposaient des factions politiques entre elles ou des rebelles aux pouvoirs en place, heureusement désormais moins fréquentes, a succédé une instabilité plus insidieuse et plus imprévisible. Or, nous savons bien que les désordres, quels qu’ils soient, font mauvais ménage avec la démocratie et le développement.» Il a achevé son intervention par deux revendications : une présence de l’Afrique comme membre, avec droit de veto, du conseil de sécurité de l’Onu ; et son extension dans le G20.
Démission
Pourquoi 50 ans après, dans un continent très riche en ressources naturelles, une majorité de ses habitants, de mourir parce qu’ils ont faim ; de crever dans les hôpitaux publics parce qu’ils n’ont pas d’argent pour se faire soigner. Pourquoi continuent-ils de vivre dans les bidonvilles, d’avoir un accès difficile à l’eau potable, d’être des analphabètes parce que leurs parents n’ont pas eu des moyens pour les envoyer à l’école ou alors de sombrer dans le chômage après des études universitaires à cause d’un système éducatif extraverti et une politique de l’emploi défaillante ? C’est à ce niveau que se trouve tout le débat aujourd’hui : pourquoi les politiques africaines ne mettent-elles pas l’homme au centre du développement ?
Et il serait injuste de jeter toute la responsabilité de ces échecs sur l’Occident. Les dirigeants africains n’ont pas eu le courage de sortir de cette pseudo-indépendance ; faute de volonté politique. Au lieu d’améliorer les conditions de vie de leurs compatriotes par une gestion rationnelle et rigoureuse des fonds générés par la richesse de leur sous-sol, l’accent a été plutôt mis sur l’achat des armes et le maintien au pouvoir. Il est regrettable que Paul Biya n’ait pas abordé la question de l’alternance au pouvoir lors de son discours d’ouverture de cette conférence. Comment l’Afrique peut-elle véritablement se développer avec des dirigeants qui passent 20, 25, voire plus de 30 ans au pouvoir et qui manipulent la Constitution de leur pays, truquent les élections pour parvenir à cette fin ? Certains vont même plus loin en se livrant à un exercice confus de transfert de pouvoir de père à fils : Togo, Rdc, Gabon et bientôt le Sénégal, la Lybie ou l’Egypte ?
Le chef de l’Etat s’est adressé aux Camerounais dans un discours radio télévisé à la Nation lundi dernier, à l’occasion de ces festivités. Il a déclaré que l’objectif de son gouvernement était de faire du Cameroun un pays émergent à l’horizon 2035 : « Nous nous sommes dotés d’une vision de développement à long terme qui prévoit qu’à l’horizon 2035 le Cameroun pourrait être un pays émergent, démocratique et uni dans sa diversité.»
Nous osons croire que ces propos ne sont pas à inscrire au chapitre de la propagande politique et que les ressources du Cameroun cesseront d’être abusivement exploitées, pour faire reculer la misère et la pauvreté, afin que notre pays soit effectivement une nation industrialisée.
D. Atangana
