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Philibert Andzembe défie-t-il l’Etat gabonais et le bon sens en matière de gestion responsable? Beaucoup le pensent désormais au sein de l'opinion suite à la poursuite de ses activités à la tête de la Banque des Etats de l'Afrique Centrale (BEAC).
En rappel : au lendemain de l’annonce publique par le gouvernement gabonais de son rappel à Libreville, en vue de son remplacement à la tête de la Beac, une partie de la presse camerounaise annonçait dès mercredi dernier que le Vice Gouverneur d’origine congolaise Rigobert Andely assumait déjà, depuis la veille, mardi 20 août, l’intérim du Gouverneur au siège de l’institution monétaire sous-régionale à Elig-Essono à Yaoundé.
"M. Andely qui est le technocrate le plus aguerri au sein de la maison Beac en a d'ailleurs la carrure avec ses 25 ans d'expérience bancaire aussi bien au sein de la Beac que du Fmi" se réjouissait un connaisseur de l'institution sous-régionale. Cet intérim devrait courir jusqu'à la nomination par la conférence des Chefs d'Etat de la Cemac d'un nouveau gouverneur proposé par le Gabon. Les observateurs prenant en référence celui qui précéda une vingtaine d'années plus tôt, l'arrivée de M. Mamalepot Félix, à la suite du rappel à Libreville du gouverneur d'alors, Casimir Oyie Mba, après sa nomination comme Premier ministre gabonais.Seulement les choses ne semblent pas être aussi claires et évidentes. "N'est-on pas en Afrique Centrale, où rien ne se passe jamais comme ailleurs dans le monde" s'en amuse notre analyste de la Beac. Comme si de rien n’était en effet, Philibert Andzembe, le Gouverneur « limogé » de fait par Ali Bongo Ondimba, du moins depuis l'annonce publique et officielle le 19 octobre dernier par le Journal l'Union, à travers un communiqué officiel du Conseil des ministres, de "son rappel à Libreville en vue de son remplacement " reste pourtant, une semaine après cette annonce, aux commandes de l’institution monétaire sous régionale à Yaoundé.
Une preuve? C’est M. Andzembe en personne qui préside, depuis hier matin au siège de la Banque à Douala, en sa qualité de Gouverneur de la Beac, une réunion statutaire de l’institut d’émission monétaire de l'Afrique Centrale. Au grand dam et étonnement de ceux qui avaient lu dans le communiqué du 1er conseil des ministres d’Ali Bongo Ondimba, un limogeage en douce du poste de Gouverneur de la Beac, en attendant la confirmation réglementaire, lors de la conférence des chefs d’Etat de la Cemac prévue à Bangui à la mi-novembre.
Cela paraissait comme la plus simple des mesures conservatoires, au regard du niveau du scandale des malversations et détournements opérés à travers le Bureau de la banque à Paris. Lequel scandale a lui même été révélé, quelques mois seulement après celui des placements à problèmes à la Société Générale.
Bourde politico-diplomatique
Des sources dignes de foi à la Beac confient à AGA MEDIAS que M. Andzembe ne veut pas abdiquer et lâcher prise. Il soutiendrait que ce n’est pas au Gabon, son pays d’origine qui l’avait proposé, de le démettre. Mais plutôt, la Conférence des Chefs d’Etat l’ayant nommé qui a seule le pouvoir pour démettre les membres du gouvernement de la Beac. Parallélisme des formes oblige.
De ce point de vue strictement juridique, il renvoie le gouvernement gabonais d’Ali Bongo à mieux assimiler ses cours de droit administratif. En rappelant que le pays d'origine, en l'occurrence le Gabon, a uniquement le pouvoir statutaire de proposer le nom du Gouverneur, conformément aux termes du consensus de Fort-Lamy. Pas de le démettre. Quelle quesoit la gravité de la situation? Voire.
Du point de vue strict du droit, M. Andzembe, qui avait été proposé par le gouvernement de l’Etat gabonais sous Omar Bongo, en vue du remplacement de M. Mamalepot, poussé à la démission, a raison de s’accrocher à son poste. Seulement, cette affaire n'est pas seulement juridique. En plus d'être juridique, elle aussi bien politique, que morale et même éthique.
Sur le plan politique interne au Gabon, le nouveau président élu, mais assez vivement contesté par l'essentiel de l'opposition, voulait par sa démarche de réactivité, du reste saluée, donner les signes d'une rupture annoncée d'avec un certain passé récent. D'autant que M. Andzembe avait été maintenu à son poste, en début d'année, malgré la gravité du scandale des pertes causées à la Beac par des placements importants à la société générale sans l'avis préalable aussi bien des administrateurs de la banque que des Etats membres actionnaires. Qui venait s'ajouter à celui des virements frauduleux au Bureau extérieur de Paris, révélé par des hebdos camerounais, mais toujours étouffé, jusqu'à ce que en septembre dernier, Jeune Afrique, magasine panafricain basé s'en empare à la veille de la validation de l'élection présidentielle gabonaise.
Ces scandales étaient ainsi étouffés, et la mise régulièrement sauvée à M. Andzembe, le président gabonais, s'appelait Omar Bongo Ondimba. En agissant tel qu'il l'a fait dès son investiture à la présidence gabonaise, Ali Bongo, le fils de Omar Bongo qui lui a succédé, au propre comme au figuré, voulait, sans doute passé un message clair à ceux, très nombreux, qui doutent de sa capacité à opérer la rupture d'avec les pratiques multidécennaires de l'époque de son vieux. Mais en repartant de Libreville, pour reprendre tranquillement son poste à la tête de la Beac, avec ou sans l'aval de son gouvernement, cette évolution expose Ali Bongo Ondimba à sa première grosse bourde politico-diplomatique. L'ambiance à Libreville doit être au moins tendue.
Sur le plan moral, et comme le souhaitaient sans doute les collaborateurs de M. Andzembe à la Beac, il aurait dû remettre sa démission. A défaut d'être limogé par son Etat d'origine comme une partie de la presse camerounaise l'a trop rapidement annoncé. Il l'aurait fait non seulement pour préserver l'image de l'institution financière multilatérale, mais surtout pour aider ses anciens collaborateurs à se consacrer véritablement aux tâches quotidiennes qui sont les leurs au sein de l'institution. Il n'est en effet pas psychologiquement et moralement tenable de continuer à un tel niveau de recevoir les ordres d'un supérieur hiérarchique annoncé comme démis par tutelle politique.
Ali Bongo trahi par ses pairs
Enfin sur le plan éthique, une démission volontaire de M. Andzembe aurait validé ses prétentions selon lesquelles il avait tiré les leçons des erreurs du passé et mettait en place des normes éthiques à la banque. Cela aurait aussi traduit son sens de responsabilité, sans pour autant forcément en faire un coupable, du moins au point de pénal.
En utilisant toutes sortes d'arguties juridiques pour rester en place jusqu'à l'échéance fatale de la conférence des chefs d'Etat de mi-novembre à Bangui, il confirme un sentiment ambiant, qu'il n'était qu'un petit fonctionnaire carriériste sans sens de l'honneur. Il assombrit ainsi son avenir aussi bien au sein des institutions financières que dans le sérail politique gabonais. Où il sera très difficile au président Ali Bongo et son gouvernement de lui trouver un maroquin pour le caser après son véritable limogeage prochain à la tête de la Beac.
Mais, entres toutes les attitudes, c'est celle des Etats membres qui est la plus étonnante. Quels que soient les logiques en jeu, ils auraient dû saisir au bond l'annonce par le Gabon du rappel du gouverneur en vue de son remplacement, pour convoquer un sommet extraordinaire en vue de désigner formellement son remplaçant, - au cas où l'ouverture d'un intérim les générait tant - mais surtout prendre toutes mesures devant ramener la sérénité au sein de la Beac, qui est l'institution phare de la Communauté économique des Etats de l'Afrique Centrale.
En donnant l'impression des louvoiements, restant ainsi dans leur logique du début d'année, où ils avaient manqué de tirer les leçons politiques et technico-administratives de la révélation des mauvais placements de la Beac, ils abandonnent l'institution monétaire à l'ingérence plus que voyante de la France, à travers ses institutions administrative (Direction de l'économie de Bercy) ou judiciaire (Brigade financière du Tribunal de Paris) ou politique (Banque de France).
Cette Afrique centrale-là, avec ses codes et ses méthodes de gestion des pouvoirs dans ses six pays membres, laisse à désirer. Mais la distance nimbée de désintérêt qu'observent les acteurs non étatiques (société civile, opérateurs économiques et bancaires, partis politiques, etc.) renforce l'opacité ainsi régnante. Et pourtant ce sont des ressources collectives qui sont ainsi dilapidées par des coteries essentiellement constituées autour de représentants des gouvernements au sein de cette institution. Tout comme d'ailleurs l'essentiel des institutions sous-régionales. Il faut enfin arrêter la saignée. Afin que ça change!
Alex Gustave AZEBAZE
AGA MEDIAS
