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Affaire Bibi Ngota : Ce que risque Issa Tchiroma

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issa-tchiroumaApès avoir violé le secret médical du défunt journaliste, le ministre de la Communication et le médecin chef de la prison centrale de Yaoundé s’exposent à des poursuites judiciaires Les révélations faites par le ministre de la Communication sur le statut sérologique du journaliste défunt ont provoqué un tollé au sein de sa famille, et de nombreuses corporations.

Le directeur de publication de Cameroun Express a entamé, hier, son dernier voyage, avec sa levée de corps qui a eu lieu à la morgue du Centre hospitalier universitaire de Yaoundé. Son inhumation suivra demain dans son village natal.

Mais, la polémique sur les raisons de son décès est loin d’être tue. La famille du défunt a donné sa part de vérité. Bibi Ngota était malade au moment même de son interpellation. Il était d’ailleurs, selon la même source, internée à l’hôpital de district de Biyem-Assi où, apprend-on de sources proches de sa famille, il devait être opéré.

Malgré sa santé chancelante, il a été déféré par le procureur à la prison centrale de Yaoundé, où des examens médicaux réalisés par l’infirmerie de la prison ont révélé qu’il souffrait d’hypertension, d’une hernie, selon les informations communiquées depuis son décès, le 22 avril, par le ministre de la Communication.

Jusqu’à ce jour du 31 avril, où Issa Tchiroma Bakary décide de « rompre le silence » sur une autre donnée des examens médicaux effectués sur le défunt. Il révèle alors, dans un communiqué, que Bibi Ngota est mort d’« infections opportunistes liées à sa séropositivité ».

L’affaire a fait grand bruit et soulevé l’indignation de l’opinion, de l’Ordre national des médecins et dans les rangs des personnes vivant avec le Vih/Sida. Une attitude jugée inadmissible par le l’Ordre national des médecins du Cameroun (Onmc). Dr Guy Sandjon, le président de l’Ordre, a signé et rendu public, le 4 mars 2010, un communiqué dans lequel l’ordre condamne vivement l’acte posé par le Mincom et, surtout, le médecin qui a communiqué le dossier médical. « Cette façon de procéder a profondément choqué les Médecins que nous sommes car le secret médical est un droit absolu pour tout patient comme le stipule l’Article 4 du Titre Ier du Décret n-83-166 du 12 avril 1983 du Président de la République portant Code de Déontologie des Médecins. » Le président de l’Ordre des médecins a par ailleurs tenu à rappeler l’ensemble de la corporation à l’ordre. « Nous profitions de cette occasion pour rappeler à tous les Médecins du Cameroun le strict respect du Code de Déontologie pour lequel nous avons prêté serment. »

Issa Tchiroma Bakary a affirmé, dans le communiqué lu à la radio et la télévision d’Etat, le 31 avril, que Bibi Ngota « est décédé des suites d’infections opportunistes dans un contexte où le système immunitaire était complètement effondré. La prise en charge s’est fait selon l’algorithme national en la matière, l’infirmerie étant une structure prenant en charge les personnes vivant avec le Vih-Sida. »

Positive-Generation, Ong des personnes vivant avec le Vih dénonce et condamne les révélations faites par le ministre de la communication sur le statut sérologique de feu Bibi Ngota et invite le ministre de la Communication à démissionner. « En faisant ces révélations, Monsieur Tchiroma n’insulte pas seulement les malades et les acteurs de la lutte contre le sida, mais aussi contribue à accentuer le stigma et la discrimination envers les personnes séropositives et montre surtout son inculture sur le Vih/Sida ce qui est grave pour une personnalité comme lui dans un pays où au moins 5% de la population est infectée par le virus. Bien plus il contribue à ternir l’image du Cameroun… » Peut-on lire dans la déclaration commise par Positive-Generation.

L’Ong est allée jusqu’à demander la démission du ministre de la communication car « en posant cet acte monsieur Tchiroma Bakari porte un coup à la lutte contre le Vih/Sida en particulier et à l’image du Cameroun en général. C’est pourquoi Positive-Generation tient monsieur Issa Tchiroma Bakari, et les responsables sanitaires de la prison de kondengui responsables de tout acte de discrimination et de stigmatisation que subira la famille de feu Bibi Ngota et demande publiquement leur démission. »

Face à la situation, les lignes de clivage se dessinent. La presse dite indépendante qui a le verbe dur, a du répondant en face. Un chroniqueur de la radio d’Etat a commis une réflexion tendant à justifier la violation du secret médical par le ministre de la Communication. Pour ce chroniqueur, c’est la presse qui aurait poussé son président du conseil d’administration à la faute, en indiquant que le journaliste défunt Bibi Ngota serait décédé des suites de torture lors de son interrogatoire à la Dgre.

 

Issa Tchiroma
«Le dépistage volontaire du Vih/Sida proposé à l’intéressé s’est révélé positif»

J’ai l’honneur de vous présenter les circonstances et la cause du décès du nommé Ngota Ngota Germain Cyrille. Il s’agit d’un patient de 39 ans reçu à l’infirmerie le 11 mars 2010 au lendemain de son incarcération pour le visite médicale de routine. A la date sus indiquée, l’examen médical a mis en évidence l’hypertension artérielle (190/120mmHs) et la hernie inguinale gauche non compliquée. Le dépistage volontaire du VIH/Sida proposé à l’intéressé s’est révélé positif mais ce dernier n’était pas venu retirer le résultat. A l’issue de l’examen médical d’incarcération, le détenu avait été mis sous traitement anti-hypertenseur, la prise en charge de la hernie devait se faire ultérieurement en attendant le retour à la normale de la tension artérielle. Le rendez-vous avait été pris pour le 29 mars 2010 pour le contrôle et le suivi du traitement. A cette date, il a honoré le rendez-vous, l’évolution clinique était favorable, la tension artérielle étant revenue à la normale (140/90mmHg). Il lui a été demandé de poursuivre le traitement. Le 05 avril 2010, le patient se présente à nouveau e consultation pour une fièvre élevée et l’éruption cutanée généralisée, il est tout de suite admis en observation à l’infirmerie pour des investigations complémentaires et une prise en charge appropriée. C’est ainsi que les résultats de la sérologie VIH/Sida positive sont annoncés au patient. Il séjourne à l’infirmerie pendant quatre (04) jours. L’évolution de la maladie est favorable sous traitement et l’intéressé rejoint son quartier de la prison le 08 avril 2010 avec des médicaments à prendre par voie orale. Au même moment, les examens complémentaires en vue de déterminer s’il est éligible au traitement antirétroviral sont demandés. Le 15 avril 2010, le patient est de nouveau admis en observation à l’infirmerie pour une fièvre au long cours et altération de l’Etat général. Il y reçoit les soins appropriés et décède finalement dans la nuit du 21 au 22 avril 2010 alors que les examens complémentaires étaient attendus. Ceux-ci seront disponibles le 23 avril 2010. A l’analyse, on constate que e patient avait une infection généralisée dans un contexte d’immunodépression sévère. Au total,, le détenu Ngota Germain Cyrille était un patient bien connu dans notre structure de santé avec des antécédents d’hypertension artérielle et une hernie anguinale simple. Les examens de laboratoire effectués à l’incarcération ont révélé une sérologie VIH positive. IL convient de signaler que l’intéressé était ans assistance familiale, le coût de ses soins était supporté par la prison. AU regard de ce qui précède, le sus nommé& est décédé des suites d’infections opportunistes dans un contexte où le système immunitaire était complètement effondré. La prise en charge s’est faite selon l’algorithme national en la matière, l’infirmerie étant une structure prenant en charge les personnes vivants avec le VIH/Sida.

 

(Le texte du ministre de la Communication, porte parole de fait du gouvernement, a été lu lors son passage sur le réseau de la Crtv radio et télévision le vendredi 30 avril 2010).

Jean-Marie Talom, président du réseau Ethique et Droits sur le Vih/Sida

«Des répercussions dans la lutte contre le sida au Cameroun»

« La dernière sortie du ministre de la Communication et la révélation fracassante qu’il a faite auront des répercussions énormes sur la lutte contre cette pandémie au Cameroun. Dans la mesure où cette révélation va retentir sur divers axes de la lutte. D’abord sur les personnes vivant avec le Vih/Sida (Pvvih), qui ne vont plus accepter de communiquer leur statut. Celles qui ne connaissent pas leur statut ne seront plus encouragées à aller se faire dépister. Les familles elles-mêmes seront affectées par cette révélation. Cela va retentir également sur les politiques de prévention et d’accès aux soins. Car, les gens vont perdre confiance dans le corps médical. Bien plus, sur le plan géostratégique, le Cameroun est considéré comme la locomotive de la sous région Afrique centrale et même du continent africain. Cette situation vient compliquer tous les discours qu’on peut faire dans le milieu carcéral, où la circulation du préservatif est prohibée. Le ministre a mis en danger ce médecin qui pourrait être attaqué par les autres prisonniers séropositifs. Ce qui suppose qu’il faille renforcer la sécurité du corps médical dans ce milieu. »

Me Sylvain Souop, avocat au Barreau du Cameroun

«Les ayants droit de Bibi Ngota ont la possibilité d’engager des actions judiciaires au plan pénal»

« Lorsque le gouvernement fait une telle révélation, celui qui a révélé cela est passible de sanctions selon l’article 310 du code pénal. S’il s’avère que c’est le ministre de la Communication qui a rendu public ce secret médical là, les ayants droit de Bibi Ngota ont la possibilité d’engager des actions judiciaires au plan pénal. Si eux-mêmes ne décident pas de le faire, si Bibi Ngota appartenait à une corporation, par exemple à un syndicat, et qu’il en était membre, le syndicat pourrait engager une action en justice pour défendre son membre. Les ayants droits ou le syndicat demandera réparation, donc l’Etat du Cameroun pourra être condamné puisque le ministre de la Communication est un membre du gouvernement. Il pourrait ainsi demander une réparation pécuniaire pour indemniser ceux qui auront été lésés ou victimes.

Donc, les ayants droits peuvent se plaindre, les enfants peuvent le faire, les mamans peuvent engager une procédure judiciaire. Si les enfants sont mineurs, chacune des concubines peut engager une action au nom de son enfant, puisqu’elle est la tutrice légale de cet enfant là. Si elles s’entendent, elles peuvent tout aussi bien engager une action collective. Elles peuvent saisir le tribunal correctionnel et une telle procédure est peu onéreuse. »

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