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Cinquantenaire des indépendances: L’Etat et le destin de l’Afrique débattus à Paris

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independance2La salle de conférence du forum le Lucernaire, rue Notre-Dame des Champs dans le 6ème arrondissement de Paris, était pleine comme un œuf samedi 24 et dimanche 25 avril, lors du colloque organisé par les éditions l’Harmattan sur le thème: «L’Etat et le destin de l’Afrique». La rencontre voulue dans le sillage des manifestations marquant le cinquantenaire des indépendances des Etats de l’Afrique ex-française aura permis deux jours d’échange entre un panel d’intervenants de qualité et un public très concerné par la situation du continent noir.

Parmi les intervenants, de nombreux Camerounais: Pierre Bouopda Kamè, enseignant à l’université de Valenciennes, a exposé sur «Le pacte colonial et l’Etat en Afrique aujourd’hui», Dieudonné Oyono, conseiller auprès du Premier ministre camerounais et coordinateur du Programme national de la gouvernance, a évoqué «l’Etat en Afrique face aux défis de la mondialisation et de la globalisation des économies», alors que Thierry Amougou de l’université catholique de Louvain à Bruxelles a entretenu les participants sur «La grande aventure du développement africain: que retenir cinquante ans après?». L’occasion pour l’Harmattan de montrer que la maison «fabrique» certes des livres, ce qui lui confère une dimension théorique, mais que cette activité peut également s’accompagner d’une «dimension pratique», selon les propos des représentants de cette maison d’édition. Par ce second aspect des choses, l’harmattan entend favoriser toute démarche de lobbying allant dans le sens de l’amélioration de la situation en Afrique et partout où cela est nécessaire.

A la question de savoir si on peut déjà parler d’Etat en Afrique, posée sous forme de provocation par Claude Kodou de l’association Convergence de la paix et le développement en Afrique, Pierre Bouopda Kamè répond sans nuance. Il démontre que les Etats africains actuels sont nés à partir du pacte colonial institué par Colbert sous Louis XIV, au 17è siècle: «Ce sont les compagnies à charte qui assurent la matérialisation de ce pacte colonial sur le terrain. La SHO, la CFAO, la SCOA, sont quelques-unes de ces compagnies françaises à monopole sur l’Afrique. La Grande-Bretagne, l’Allemagne, en ont également. Parfois, au début de la colonisation, l’Etat se confond avec ces compagnies concessionnaires», explique l’enseignant. Et de citer M. Chautemps, alors ministre des Colonies, qui se dit «être d’abord comme un second ministre de Commerce». Entre les deux guerres mondiales, l’idée de l’Etat gendarme laisse place à celui de l’Etat providence, promoteur de l’économie et producteur d’un certain nombre de bienfaits.

«L’Etat, un processus»

Cette réalité de l’Etat en Afrique est aussi constatée au quotidien par Dieudonné Oyono. Le conseiller auprès du premier ministre du Cameroun, qui vient par ailleurs de publier chez l’Harmattan «Le pari de la modernité», a insisté sur le rôle joué par l’Etat depuis l’indépendance des pays africains: «Jusqu’en 1980, l’Afrique a connu des taux de croissance considérables du fait de l’intervention de l’Etat. En 1980, un pays comme le Cameroun avait 10% de croissance économique annuelle. Mais les différentes politiques d’ajustement structurel ont été catastrophiques pour l’Afrique. Aujourd’hui, le constat est que l’Afrique doit tisser des partenariats avec des pays du Nord de la planète pour qu’elle se développe. Dans ce contexte, le retour de l’Etat est incontournable pour mettre en place les structures qui concourent au bien être des populations. Seulement, face aux autres grands regroupements et grandes puissance que sont l’Union européenne, les Etats-Unis, la Chine, l’Afrique doit régler le problème de son intégration. Elle doit s’unir pour être plus forte», a-t-il conclu.

Quant à Thierry Amougou de l’université catholique de Louvain en Belgique, il a rappelé selon l’expression de Michel Foucault, que l’ «Etat est un processus», puisqu’il est en construction politique permanente: «il y avait en Afrique des systèmes sociaux cohérents, avec des régimes d’accumulations précoloniaux. Puis, il y a eu des Etats postcoloniaux, modernes, selon le modèle occidental. D’où un Etat d’abord centralisateur, ce qui a entraîné des endettements et des dictatures, puis la faillite de l’Etat développeur.» Pour Thierry Amougou, «l’affaiblissement des Etats en Afrique est une aberration. Aucun pays au monde ne s’est développé sans un Etat fort. La société civile en Afrique est la reproduction d’une association de l’élite. Le concept même de société civile est flou. Car ce qui n’est pas civile est militaire. Actuellement, malgré un taux de croissance acceptable des Etats africains depuis l’an 2000, le continent va encore entrer dans le cercle du ré-endettement.»

Triste constat d’un continent où nombre de pays célèbrent le cinquantenaire de l’indépendance. Et comme l’indiquait Babacar Sall, expert de l’Union européenne, citant Frantz Fanon «Le cas de l’Afrique relève de la psychiatrie». Faudra-t-il pour autant 50 autres années pour qu’elle guérisse?

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