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Plus d’une centaine de motos saisies et conduites à la voirie municipale. Des policiers blessés au même titre que les conducteurs de moto-taxi. Les traces de l’affrontement ayant opposé les moto-taxis et les forces de police sont visibles sur la chaussée. Cette triste scène a été vécue hier mercredi 21 avril 2010 à Bonapriso, au lieu dit carrefour Armée de l’air. Et pour cause, les policiers avaient érigé des barricades pour empêcher l’accès de ce quartier résidentiel aux conducteurs de moto-taxis .
Ce sont donc plus de deux cent conducteurs de motos-taxis qui étaient opposés aux policiers dans ce duel sans merci, au milieu d’un carrefour obstrué par cette horde d’assaillants et de curieux de circonstance. «C’est quand les policiers ont refusé que les motos passent qu’ils se sont fâchés, dit Flaubert Ndédi, un habitant de Bonapriso. Les « bend skin » (moto-taxis, nldr) se sont mis à téléphoner et dix minutes après, il y avait plus de deux cent motos ici. Ils se sont mis à bousculer les policiers qui ne se sont pas laissé faire. Les pierres et les bâtons étaient utilisés comme armes et il y a eu beaucoup de blessures de part et d’autre».
Perspectives
C’est dans un capharnaüm indescriptible que les policiers en minorité numérique, et donc envahis par cette furia, ont fait appel aux gendarmes et à leurs collègues du Groupement mobile d’intervention (GMI) pour disperser les manifestants décidés à en découdre avec les forces de l’ordre. A l’image du Plateau Joss quadrillé depuis le lundi 19 avril 2010 sur instructions du préfet du Wouri, l’accès à Bonapriso était également interdit aux conducteurs de moto taxi. C’est dans ce cadre que les patrouilles de police étaient installées sur les principales voies d’accès de cette localité dont le carrefour Shell New-Bell, théâtre d’un affrontement en do mineur. «Nous ne sommes que de simples exécutants qui obéissent aux ordres de la hiérarchie, dira un officier de police. Les bend skin doivent se calmer et poser leurs doléances à qui de droit»
Blessé à la tête, Marcellin Nkona, un conducteur de moto taxi réagit : «Le préfet n’est pas honnête dans sa décision. Il a clairement dit que nous ne devons pas entrer à Bonanjo, ce que nous avons fait. Comment peut-il aussi demander aux policiers de nous empêcher d’entrer à Bonapriso ? C’est de l’injustice et c’est même inpensable. Nous avons réagi aujourd’hui pour lui montrer un peu de quoi nous sommes capables. Nous pouvons même abandonner Bonanjo mais pas les autres quartiers. Je me rends maintenant à la voirie pour retirer ma moto. C’est le début et il faut comprendre que nous ne réagissons qu’à l’attaque du préfet».
Au lieu dit Bépanda Tonnerre où nous nous sommes rendus hier, c’est le calme plat. Au lieu d’une réunion annoncée pour élaborer les stratégies, les conducteurs de moto taxi conversent par ateliers. «Les conditions d’une réunion ne sont pas encore remplies et les informations en notre possession font état que la police surveille nos moindres faits et gestes. Avant lundi, nous allons tenir une réunion dans un lieu secret et c’est seulement en début de semaine que vous allez vivre en direct ce que nous aurons décidé. Nous ne sommes pas pressés, mais nous prévoyons le pire si le préfet continue dans son obstination à vouloir nous tuer», révèle Etienne Ndouma, un conducteur de moto taxi.
Focal: Saigneurs de la route…
S’il est admis qu’à Douala le bend skin se pose comme un mal nécessaire de par les services rendus, il n’est non plus pas erroné d’affirmer qu’il est l’une des principales causes des accidents de circulation dans la cité côtière. Et pour cause, ils sont accusés par l’opinion publique d’être à l’origine de plus de 90% des accidents de la circulation à Douala. Sans permis de conduire de catégorie A, roulant à vive allure, doublant à droite et faufilant entre les voitures, c’est sur le tas qu’ils apprennent ce «métier» à la base Elf…en quelques séances. Un moniteur d’auto école révèle sous anonymat. «Ce sont de vrais voyous. Ils ne respectent aucune signalisation et sont prêts à vous insulter même quand ils ont tort. C’est une espèce que je n’arrive pas à cerner. S’il ne dépendait que de moi, les pouvoirs publics devaient les soustraire de la société pour qu’on vive en paix comme par le passé»
