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Qui est le porte-parole du gouvernement ?

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issa-tchiroumaLe Premier ministre, Philemon Yang a organisé lundi 5 avril 2010, ce qu’il a appelé lui-même, « séminaire gouvernemental ». Selon des sources proches du dossier, cette réunion décidée dans l’urgence aurait été provoquée par la sortie d’Issa Tchiroma le jeudi d’avant (1er avril 2010), sur les antennes de la Cameroon radio and television (CRTV), au sujet des modifications apportées aux textes fondateurs d’Elections Cameroon (ELECAM), par l’Assemblée nationale.

Cette sortie qui n’a pourtant pas été jugée malheureuse par la « très haute hiérarchie », aurait dû quand même être astreinte à une concertation plus profonde des membres du gouvernement concernés par le dossier, ajoute la même source. Il s’agit selon elle, principalement du ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation,  Marafa Hamidou Yaya qui a défendu le projet devant les députés et qui aurait pu accompagner le MINCOM pendant son émission.

Le message délivré par Philemon Yang est pour corroborer cette thèse. En effet, pendant ces travaux, il a appelé à plus « de solidarité et au sens des responsabilités des membres du gouvernement sur leurs sorties en public ». Le Premier ministre dénonçait à demi-mots la sortie du vice Premier ministre, Amadou Ali qui avait ouvertement décliné sa responsabilité concernant la non application de l’article 66 de la Constitution. Une sorte de « moi j’ai déjà fait ma part. Allez voir les autres ». Il affirmait précisément devant les députés dont l’un d’entre eux venait de l’interpeller sur la question que, « Le 4 décembre 2008 le ministère de la Justice avait reçu l’avant projet de décret d’application pour être réexaminé avant d’être soumis à la sanction de la très haute hiérarchie au cours du premier semestre 2009. La chancellerie s’est effectivement acquittée de cette tâche ». Le Garde des sceaux semblait alors conclure que le reste incombe au président de la République. Ce dernier ne s’est pas montré particulièrement heureux de l’entendre. Philemon Yang, pour sa part, serait  convaincu, dur comme fer que si cette  réponse avait été précédée par une concertation gouvernementale, « on ne se serait pas jeté dans ce type de travers ». Ce d’autant plus que la question du parlementaire était parvenue au Garde des sceaux longtemps à l’avance.

Hors micro, les cadres des services du Premier ministre formulent le même reproche contre Issa Tchiroma. Non pas pour la sortie qui aurait suscité l’organisation du « séminaire gouvernemental », mais d’une autre bien lointaine : celle du 2 février 2010. En réaction à une dépêche de l’AFP reprise par le site Internet du magazine panafricain Jeune Afrique, le MINCOM faisait une sortie malheureuse, sur laquelle il sera épinglé par les députés. En essayant de voler à la rescousse de «  l’image de marque du Cameroun mise à mal par une certaine presse », Issa Tchiroma s’est embourbé dans des subtilités juridiques dont il n’a pas du reste la maîtrise, pour expliquer la théorie du « qui paie sort » à propos de l’Opération Epervier. Au secrétariat général des services du Premier ministre, l’on est convaincu qu’une préparation concertée aurait permis de ne « pas dire certaines bêtises qui ont choqué même au-delà des frontières ». Il était donc urgent de canaliser les sorties des uns et des autres quand à leurs prises de parole, au nom du gouvernement. Mais fallait-il tout un séminaire pour réorganiser la communication des membres du gouvernement ? Un membre du gouvernement approché indique que tout est dans la terminologie du mot séminaire. « Vous voyez que la situation est si grave qu’il faut ramener certaines personnes à l’école ! », lance-t-il.

Communication gouvernementale et notion de porte parole

Statutairement, le ministère de la Communication est chargé de la mise en œuvre de la communication du gouvernement. Dans cette optique, il suit et organise les stratégies en synergie avec les autres ministères. Il doit rendre publiques les actions du gouvernement. Aussi, a-t-il la responsabilité  de donner de la visibilité à tout ce que le gouvernement réalise dans le sens du développement intégral et équilibré à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. Ces prérogatives énumérées peuvent indiquer que le ministre en charge de la Communication peut s’arroger ces pouvoirs. A condition qu’il opère en symbiose avec  ses pairs du gouvernement.

C’est peut être eu égard des missions qui sont les siennes et aux invectives de son patron le chef du gouvernement, qu’Issa Tchiroma a tenu une réunion le jour suivant le séminaire gouvernemental, avec les chefs des cellules de communication des ministères. Si la raison avouée était celle de coordonner la communication du gouvernement camerounais autour de la célébration du cinquantenaire des Indépendances et de la Réunification, il a été difficile pour le MINCOM de s’empêcher de rappeler à ceux qui sont pour l’essentiel à l’origine des fonctionnaires de ses services (rattachés à d’autres administrations), qu’il est impérieux de s’appuyer sur la maison mère pour trouver les angles d’une communication plus efficace. Il les a exhortés à mettre à la disposition du monde un maximum de bonnes informations sur le Cameroun et les activités de son gouvernement. Toutes choses qui ont laissé dire à un de ses collaborateurs que cette réunion organisée au lendemain du « séminaire gouvernemental » peut être assimilée à une riposte d’Issa Tchiroma qui veut bien montrer qu’il est dans son rôle en parlant au nom du gouvernement.

Pourtant la définition de porte-parole du gouvernement a bien tout autre sens. En France par exemple, ce rôle est dévolu présentement au ministre de l’Education nationale, Luc Chatel qui a la charge de communiquer au public les informations qui engagent l’action gouvernementale. Là-bas, il ne s’agit nullement de confier cette charge au ministre qui assure la tutelle des médias. La désignation se fait de manière discrétionnaire et expresse par le président de la République sur proposition du Premier ministre sans tenir compte de la proximité qui existerait entre cette fonction et son rôle fonctionnel dans la nomenclature gouvernementale. Tout porte à croire que le choix se fait en fonction des hommes et non de leur poste. Ce sont généralement des personnages très respectés et réputés très honnêtes, éloignés des grosses controverses sociopolitiques. Le porte-parole n’est pas ainsi loin d’être la mascotte du gouvernement. En gros, un personnage à qui l’image du pouvoir français est associée.

Au Cameroun par contre, aucun acte du président de la République, qui nomme aux charges publiques, n’a été pris pour faire d’un tel ou d’un autre, porte-parole du gouvernement. Pourtant le besoin est bien exprimé par Paul Biya lui-même. Le chef de l’Etat délègue au gré de son humeur, des taches qui engagent son gouvernement, à un ministre. On a encore en mémoire la sortie de Augustin Kontchou Kouomegni  qui expliquait, comme il pouvait, en conférence de presse, où était passé l’argent du coup de cœur aux Lions Indomptables pour la coupe du monde américaine de 1994. Il le faisait au nez et à la barbe des ministres des Finances et  des Sports qui étaient peut être moins outillés pour un exercice aussi périlleux.

Des ministres de la Communication autoproclamés porte-parole

Vendredi 2 avril 2010, Issa Tchiroma en campagne à Ngaoundéré pour Paul Biya clamait pour convaincre les sceptiques qui brandissaient des pancartes visant à tancer son retournement de veste, qu’il agit en reconnaissance à l’endroit de celui qui lui a fait confiance en le nommant ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement. Rendu à ce jour, cette affaire fait encore jaser, même à l’intérieur du ministère de la Communication. Des proches collaborateurs de Issa Tchiroma crient à l’imposture. « Aucun texte ne fait de lui le porte-parole du gouvernement. Son activisme fait qu’il mélange les pédales entre son rôle d’acteur majeur de la communication du gouvernement avec celui de porte-voix du gouvernement », affirme sous anonymat, un haut cadre du Mincom. Un autre renchérit que son patron est plus porté à polir l’image du chef de l’Etat que sur son vrai rôle. « C’est peut être ce qui explique que tout aille dans tous les sens ici. Issa Tchiroma a tellement marché sur les plates bandes des autres que nous commençons à soupçonner que cela soit pour quelque chose dans les problèmes budgétaires que nous avons ici », souligne-t-il. En effet, le Mincom n’a pas encore commencé à exécuter son budget de l’exercice 2010 parce que la ligne n’a pas encore été ouverte aux Finances. Des problèmes auxquels viennent se greffer le retrait de certaines signatures au secrétaire général. La même source explique que le Mincom « commence à être évité par ses collègues qui n’approuvent pas ses méthodes et ses sorties trouvées très osées. Rien ne dit qu’ils n’essayent pas de lui mettre les bâtons dans les roues ».

Pourtant, Issa Tchiroma n’est pas le premier Mincom à vouloir jouer les porte-paroles du gouvernement. Jacques Fame Ndongo s’était essayé à cet exercice, avec un relatif succès. Il avait multiplié, en son temps, des sorties pour clarifier la position du gouvernement sur des sujets jugés mal appréciés par l’opinion publique. Son successeur Pierre Moukoko Mbonjo avait trouvé, faute de grains à moudre, une manière très originale de s’y affirmer. Il publiait systématiquement un communiqué sanctionnant les travaux  du conseil des ministres. Un document qui parvenait concomitamment avec le communiqué du secrétaire général des services du Premier ministre ayant le même objet. Et tout récemment, Jean Pierre Biyiti bi Essam, qui avait cru bon d’ajouter à ce type de sortie des communications dans la presse camerounaise. S’il est clair que ces différents ministres occupent un espace libre que Paul Biya refuse toujours de pourvoir, ils s’alignent sur les traces de celui  qui a rendu vulgaire le vocable « porte-parole du gouvernement » : Augustin Kontchou Kouomegni. Le maître dans la manœuvre dont l’action a été très retentissante, du fait de ses sorties courageuses au plus fort des années de braises. Il se dit au sein du sérail que son passage hante Issa Tchiroma, qui fait feu de tout bois. Même au risque de grossir de manière exponentielle des faits souvent jugés anodins. Le climat étant plutôt paisible aujourd’hui par rapport aux lendemains du retour du multipartisme

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