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De nombreux rapports portant sur le contrôle et le suivi des infractions forestières produits par les observateurs indépendants inondent la toile. Mais leurs conclusions créent des vagues dans le secteur. Chaque année, les autorités des communes riveraines des zones d’exploitation forestière se voient verser par l’Etat plusieurs milliards de Fcfa au titre de la redevance forestière annuelle. Une véritable manne assurément! Quand on sait que rares sont les communes qui disposent de plus d’un demi milliard de Fcfa de budget annuel.
Pourtant avec un peu plus de transparence, le montant de cette redevance aurait été plus consistant. Car, avec environ 22,8 millions d'hectares (44% de la superficie du territoire) selon des informations officielles, le Cameroun dispose de la plus importante réserve de forêts denses et humides d'Afrique après la République démocratique du Congo (Rdc). Elle abrite l'une des faunes les plus riches et variées du continent. Plus de 200 espèces ligneuses poussent sur 1000 mètres carrés, soit une fois et demi plus d'espèces que sur l'ensemble du territoire français.
Malheureusement, 17 millions d'hectares de cette forêt ont déjà été déboisés ou ont été alloués à des concessions d'exploitation forestière. Moins d'un cinquième des forêts camerounaises non protégées, situées principalement au centre et à l'est du pays, restent intactes. Seuls 6% environ des 1,4 million d'hectares des forêts camerounaises sont protégés à titre de réserves ou de parcs nationaux.
Exploitation illicite
Si des progrès dans la gestion forestière durable ont été enregistrés au Cameroun, l’exploitation illégale du bois reste un problème majeur, s’accordent tout au moins à observer les organisations spécialisées dans le contrôle et le suivi des infractions forestières. Pour l’essentiel, l’on retient que les coupes frauduleuses, l’abattage des espèces protégées ou fraudes fiscales, l’utilisation frauduleuse de titres d’exploitation, la mainmise des multinationales ou encore la destruction de plantations villageoises, la sous-traitance, les marquages inappropriés, le défaut de permis d’exploitation ou encore le non-respect de la loi sur la quantité du bois à transformer localement, entraînent près de 5 milliards de Fcfa de pertes chaque année selon le ministère de la Forêt et de la Faune (Minfof).
Dans ce trafic autour de l’or vert, les multinationales ont tôt fait d’imprimer leurs marques. Dans leur volonté hégémonique, elles utilisent des observateurs dits « indépendants » pour accabler les exploitants forestiers locaux, souvent propriétaires des « petits titres. »
C’est ainsi que ces derniers, chargés pourtant de récupérer ou d'enlever le bois lors de la création d'une route ou d'un projet de développement (ex: palmeraie) comme prévus par la loi, sont accablés de toutes parts. Ces observateurs les accusent de blanchir du bois illégal coupés dans les forêts camerounaises. Or des enquêtes sur le terrain ont démontré que les propriétaires des unités forestières d’aménagement (Ufa) sont les grands groupes, communément appelés multinationales, qui contre vents et marées, sont déterminés à bouter hors du circuit les nationaux.
D’après un constat de terrain effectué par une Ong indépendante, les sociétés qui ont le plus violé la loi forestière en exploitant des essences qui n'étaient pas mentionnées sur leur certificat annuel de coupe, sont des grands groupes européens qui agissent comme-ci ils étaient en terrain conquis. Beaucoup ont dépassé la quantité de bois permise et censée assurer la régénération des espèces. Ce pillage, perpétué depuis l’indépendance par de grands groupes européens (Rougier, Alpi, Thanry, Vastolegno, etc.), se déroule dans des régions qui, contrairement aux exemples canadiens et norvégiens par exemple, ne connaissent aucun avantage économique, social ou infrastructurel résultant de cette activité. Ils demeurent les plus pauvres du pays. Yokadouma dans la Boumba-et-Ngoko à l’Est du pays, Ntoumou de la vallée du Ntem, dans le Sud, pour ne citer que ces régions. C’est tout dire !
Cabale contre les Camerounais
« Le problème est que les grands groupes qui sont dans nos forêts, ne veulent pas les Camerounais dans l’exploitation forestière. Nous n’excluons pourtant personne. Ce sont les autres qui estiment que notre présence dans ce métier ne se justifie pas. C’est la raison pour laquelle ils subventionnent ces observateurs pour nous présenter comme des ennemis à abattre. Alors qu’à bien regarder, est-ce que les nationaux détiennent autant de moyens pour se livrer à la déforestation comme on semble le souligner.?» Nous a avoué un exploitant forestier au cours de cette enquête. Et comme pour soutenir ses dires, il prendra le cas de l’affaire Hazim (Sfh), du nom de cette société bien connue du gouvernement pour avoir exploité de façon illégale et à grande échelle dans la concession voisine (Ufa 10-030) et ailleurs, non contente de cela, elle s’était amusée en portant au Cameroun.
Le but de la cabale qui s’observe depuis quelques jours sur la toile, participe une fois de plus de cette volonté des grands groupes de faire mettre un terme à l’exploitation des petits titres, pense-t-on sous cape au ministère de la Forêt et de la faune. Ce qui participerait à signer l’arrêt de mort des Camerounais en matière d’ameublement. Car, le bois pillé dans nos forêts est directement envoyés vers l’Europe, pour revenir au pays sous forme de produit fini. Avec les coûts des produits importés, serait-il possible pour le Camerounais moyen de se ravitailler en meubles ne serait-ce que pour enterrer leurs corps? « C’est justement le but recherché par ceux qui nous accablent.» Souligne-t-on au sein du Syndicat des exploitants forestiers du Cameroun
