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Détournements à la BEAC : Lourds soupçons sur un conseiller du gouverneur

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beacUn collectif des cadres de la Banque des Etats de l’Afrique centrale à Yaoundé indexe le protégé du président tchadien. Mahamat Mustapha La Beac est vraiment dans la tourmente. Le détournement de 19 milliards Fcfa fait tomber de grosses têtes. Comme nous l’annoncions dans notre dernière édition, citant notre confrère Jeune Afrique, le Gouverneur de la Beac est finalement tombé. La décision de la chute de Philibert Andzembe a été prise à la suite du conseil des ministres des Finances qui s’est tenu à Libreville au Gabon le 19 octobre 2009.

Des fonctionnaires gabonais en service à la Beac et présumés impliqués dans cette affaire de vol ont été mis aux arrêts. Le conseil des ministres des Finances a également décidé de faciliter les enquêtes des cabinets d’audits mandatés par la Beac ainsi que les investigations de la brigade financière française auprès de qui une plainte a été déposée.

En attendant son successeur qu’Ali Bongo ne tardera pas à trouver, Philibert quitte cette haute institution bancaire par la petite porte. Ses sorties médiatiques pour essayer de se blanchir n’auront donc servi à rien.

En réalité, la Banque des Etats de l’Afrique Centrale était devenue une vache à lait où viennent s’abreuver des prédateurs sans foi ni loi ; animés par un esprit malsain d’enrichissement illicite. Il y a quelques jours, c’est l’hebdomadaire Jeune Afrique qui publiait les résultats d’une enquête approfondie révélant d’importants détournements des fonds publics orchestrés par des cadres bien identifiés. A l’époque, le gouverneur de cette institution bancaire M. Philibert Andzembe avait reconnu les faits dans une longue interview accordée au quotidien gouvernemental Cameroon Tribune : «J’ai fait introduire auprès du juge d’exécution à Paris, plusieurs requêtes afin de saisie conservatoire à l’encontre de bénéficiaires de chèques frauduleux. Enfin, j’ai décidé la suspension des contrats de plusieurs personnes en poste au Bureau Extérieur de Paris au moment des faits. Sur le plan pénal, nous avons déposé deux plaintes à Paris pour les détournements et prélèvements frauduleux au préjudice de la Beac », avait alors déclaré l’ex patron de la BEAC à Yaoundé.

Ranconnements

L’enquête de Jeune Afrique n’était que la découverte d’un vaste réseau de trafics et de malversations financières parmi tant d’autres. Les personnalités aujourd’hui mises en cause ne sont pas seules dans cette valse de détournements. D’autres fonctionnaires qui ne sont pas débusqués ont aussi leur part de responsabilité dans ce qui se passe à la Beac.

Et pour preuve, cette lettre pleine de révélations et rédigée par un « Collectif des cadres pour la re-crédibilisation de la BEAC ». Un brûlot qui a pour destinataire le principal mis en cause dans cet autre scandale financier. M. Mahamat Mustapha est de nationalité tchadienne. C’est le conseiller du gouverneur de la BEAC. C’est aussi le protégé du président Idris Deby du Tchad. Ses collègues l’accusent, du temps où il était secrétaire général de la COBAC, Commission Bancaire de l’Afrique Centrale, d’avoir à plusieurs reprises rançonné des opérateurs économiques de la sous région Afrique Centrale. Extraits de la lettre ouverte : « Dès qu’un dossier de demande d’avis conforme pour l’obtention d’un agrément à l’exercice de métier bancaire ou financier était déposé dans vos services, vous actionniez, un système de pressions et d’exigences superfétatoires que la décence nous commande ici de ne pas nommer. Causant ainsi pour des établissements qui avaient pourtant engagé d’énormes investissements des retards préjudiciables dans le chronogramme du déploiement de leurs activités. »

En d’autres termes, le Collectif des cadres de la Beac soutient qu’à l’ère Mahamat Mustapha, il fallait verser des pots de vin pour obtenir un agrément à la Beac. Et ceux qui ne voulaient pas céder à ses manœuvres de corruption, voyaient tout simplement leur dossier torpillé et passaient des moments très difficiles lorsque ce « passeport » leur était accordé.

Enrichissement illicite

Ainsi, de nombreux établissements financiers et de crédits au Cameroun, au Gabon, au Tchad, en RCA, au Congo et en Guinée Equatoriale souffrent toujours de ces méthodes maladroites puisque le Conseiller du Gouverneur ne cesse de rappeler à ces victimes d’hier qu’ils existent grâce à lui. On comprend donc pourquoi des banques en gestation ayant pourtant engagé de gros investissements ont accusé de gros retards dans le programme de démarrage de leurs activités. Elles devaient absolument passer par un « poste de péage » pour être admises dans le portefeuille des banques opérant sous le registre de la Cobac.

Cette technique d’arnaque sur fond de harcèlement ne pouvait qu’aboutir à un enrichissement illicite. Les biens et avoirs du Conseiller du Gouverneur parlent d’eux-mêmes ; une liste non exhaustive qui suscite des commentaires dans les milieux de la Beac à Yaoundé. Le Collectif des Cadres pour la re-crédibilisation de la Beac demande, dans sa lettre ouverte, au Conseiller, de soumettre son patrimoine « à un audit indépendant, de la période où vous êtes arrivé à la tête de la Commission Bancaire à aujourd’hui ? » Parmi ces biens et avoirs, il s’agit de :

- L’achat à Paris d’un Chalet d’une valeur estimée à 500.000.000 Fcfa.

- Un immeuble construit et fini à Yaoundé au quartier huppé du « Golf », pour une valeur estimée à 350.000.000 Fcfa et enregistré au nom de son épouse camerounaise.

- Plusieurs immeubles au Tchad

- Un parc automobile personnel impressionnant… et sans oublier plusieurs comptes bancaires bien fournis au Cameroun et à l’étranger. Les enquêteurs devraient aussi d’intéresser à ce cas pour élargir leurs investigations vers d’autres robinets de pillage. La Banque des Etats de l’Afrique Centrale étant censée traquée, partout où ils se trouvent, des présumés criminels et délinquants financiers qui excellent dans le blanchiment de l’argent sale.

Arthur G. Bakande

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