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Cette mesure a le don d’apaiser l’environnement électoral. Car, en allant au-delà des exigences de l’opposition en matière de fiabilité du système électoral, Paul Biya, qui a déjà suffisamment implanté et ancré son appareil politique à travers le pays pendant ses longues années de résistance à la mise en place d’un système électoral consensuel, pense pouvoir encore s’adjuger une bonne majorité au parlement et dans les conseils municipaux.
Reste à trouver l’argent nécessaire, car la biométrie, on le sait, a un coût élevé. Selon un proche du dossier au ministère de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, les premières simulations ont montré que la refonte des listes électorales sans biométrie coûterait un peu moins de 8 milliards F Cfa, tandis que la refonte alliant la biométrie reviendrait à environ 12 milliards de francs Cfa. Or, dans le budget de l’Etat pour l’exercice 2012, Elections Cameroun bénéficie d’une dotation de 11,5 milliards de francs Cfa. Cette somme avait été décidée en prenant en compte les besoins de fonctionnement courant d’Elecam, ainsi que l’organisation des élections couplées (législatives et municipales) initialement prévues en juillet prochain, mais avec l’ancien fichier électoral et les cartes à l’ancienne tirées sur des imprimantes disponibles dans tous les commerces, avec toutes sortes de possibilités de tricherie.
Contribution financière symbolique
Au total donc, ce sont quelque 24 milliards Fcfa qui devraient au total être dépensés pour optimiser le système électoral. Une seule certitude sur cette question du financement : le chef de l'Etat n’est pas, pour le moment, favorable à l’immixtion des ressources financières étrangères dans ce processus, probablement instruit par l’exemple ivoirien où, en apportant une contribution financière symbolique à l’organisation de la présidentielle querellée de 2010, la communauté internationale avait vite fait de prétendre qu’elle a financé tout le processus électoral ivoirien et est donc en droit d’en dicter le résultat. Quant aux nombreux pays occidentaux qui font miroiter leurs éventuelles aides, ils sont en réalité à l’affut du juteux marché de la refonte du fichier électoral et de l’introduction de la biométrie. Car, il s’agit d’un processus d’identification électorale qui pourrait déboucher sur l’établissement de quelque 8 millions de cartes d’électeur sécurisées.
Au sein du régime, tout le monde ne voit pas d’un très bon œil ce grand bond technologique voulu par Paul Biya pour obtenir des élections fiables. Ceux des cadres du Rdpc habitués à se fabriquer sur le papier des scores proches des 100% pour s’installer dans les institutions, voient déjà des difficultés poindre à l’horizon.
Du côté d’Etoudi, on est bien conscient que l’enjeu de ces législatives et municipales ne se limite pas à la victoire écrasante du Rdpc, mais réside surtout dans la crédibilité du processus. Et en s’engageant dans l’optimisation de la technologie électorale et dans l’apaisement du climat politique, Paul Biya tient surtout un engagement qu’il a pris lors de sa prestation de serment quelque peu agacé par les commentaires qui tendaient à dire qu’il aurait peut-être été mal élu, aidé par un système électoral brouillon et à sa solde : «Je tiens à réaffirmer ma volonté de perfectionner sans répit notre système électoral (…). Si les progrès accomplis dans le domaine de la démocratie électorale sont indéniables, il n’en demeure pas moins que certains réglages sont à faire au niveau de notre organe électoral en vue de son meilleur fonctionnement. Aussi restons-nous, aujourd’hui comme hier, à l’écoute des suggestions et des recommandations».
D’ores et déjà, Paul Biya a assuré que «les dysfonctionnements qui ont été constatés et qui, de toute façon, n’étaient pas de nature à remettre en cause les résultats de la [présidentielle], seront corrigés avant les prochaines échéances électorales». Dans sa diatribe contre l’organe électoral, la coalition de l’opposition dénonçait l'absence de chiffre officiel et définitif du nombre d'électeurs inscrits, la confusion la plus totale dans la distribution des cartes d'électeur, des citoyens ayant reçu deux, trois, quatre, voire plus de cartes d'électeur, des cartes attribuées à des personnes décédées, des citoyens confus quant à l'absence de leurs noms sur les listes électorales, des citoyens munis de leurs cartes, mais ne sachant où voter, des électeurs ayant voté à plusieurs reprises du fait de l'encre non indélébile, des scrutateurs de partis politiques repoussés par les forces de l'ordre, absence de bulletins de vote de certains candidats.
Un chapelet de reproches que la biométrie devrait corriger.
