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Suite aux violents orages destructeurs qui se sont abattus dans plusieurs villes, les familles en détresse, à défaut de ne voir aucune réaction des autorités, appellent désormais le chef de l’Etat à la rescousse. Samedi dernier, la ville de Douala a été témoin des effets dévastateurs du courroux de la nature. D’importantes averses accompagnées de vents violents se sont implacablement abattus au quartier Bonabéri plongeant le quotidien des habitants de ce secteur de la capitale économique, dans une désolation sans précédent.
En effet, les écluses du ciel ont déversé leurs eaux causant d’importants dégâts matériels d’une valeur chiffrés, selon certains à une centaine de millions de francs CFA.
Dégâts
Pis encore, elles ont occasionné la mort brutale d’une jeune fille de treize ans, d’après des sources officielles. A l’orée de cette situation épouvantable, près de 100 familles désormais dans un état de délabrement avéré côtoient quotidiennement l’enfer dans des conditions spartiates quasi-inhumaines. Mme veuve Kamga Ernestine qui aura vu les tôles de sa maison être arrachées et la façade arrière du mur de l’édifice en construction précaire s’effondrer, explique à ce propos : « Non seulement ma maison est détruite, en plus le hangar qui me permettait de vendre les beignets a lui aussi connu le même sort. Depuis ce jour, c’est l’enfer car je n’ai pas d’argent emmagasiné quelque part pour refaire les constructions. Je ne vends plus les beignets pour parvenir à nourrir mes six enfants depuis là, relève du miracle. ». Loin d’être un cas esseulé, plusieurs autres sinistrés affrontent avec beaucoup de lassitude et d’anxiété cette situation dans laquelle, quelques heures avant cette pluie, ils n’auraient jamais songé s’y retrouver.
Si déjà quelques médias ont pris la peine de s’intéresser à cette situation précise en présentant un tableau morose des victimes et de l’état des lieux, cette humanité semble ne pas être la chose au Cameroun la mieux partagée au dire des victimes. En effet, d’après ces derniers, malgré la destruction de leur maison d’habitation pour certain et activité de commerce pour d’autre, aucune autorité administrative n’a réagi dans le sens de démontrer une éventuelle compassion. Contre toute attente affirme les victimes, aucune formalité ne serait-ce que pour apaiser moralement les familles éprouvées, n’a été envisagée.
Critiques
En conséquence, un enseignant, victime de ladite pluie, s’insurge face à cet abandon administratif qu’il qualifie de « mépris » : « Depuis le sinistre, personne n’est venu nous voir. Au contraire, c’est nous qui sommes allés vers les autorités qui ont voulu nous bercer en usant de belles paroles. Or, Ce dont nous avons besoin à l’immédiat est une aide qui nous permettra de ne nous reloger. Dans mon cas, j’ai la chance qu’un voisin a accepté momentanément de nous loger chez lui, ma femme, ma fille et moi. Mais pour combien de temps ?». Pour la plupart des habitants de Bonabéri, le ressentiment est à son comble. Ces derniers estiment que ce n’est qu’à l’imminence des échéances électorales que les choses s’activent rapidement. Pour le reste de temps, le mutisme et l’inertie sont de mise. A cet effet, les différentes victimes veulent, dans une action concertée, saisir directement le chef de l’Etat pour déplorer leur piteuse condition et récrier entre autre la négligence des différentes autorités administratives régionales compétentes.
A la sous-préfecture, les différents responsables n’ont pas voulu s’appesantir sur la question pour « éviter d’engendrer des polémiques qui n’ont pas lieu d’être ». Toutefois, certains nous ont précisé que la démarche suivait administrativement son cours et que les doléances des victimes avaient été soumises à la tutelle. Par contre, d’autres jugent qu’en filigrane aux plaintes desdites victimes, se grefferait certainement un perfide projet de manipulation politique qui voudrait exagérer les faits en générant un vain tapage médiatique. Seulement, loin de rassurer les populations l’évolution de la situation continue d’alimenter l’irritation des populations.
Solidarité
En fait, la stratification hiérarchique et administrative étant très importante au Cameroun, les réactions de l’Etat accusent une véritable lenteur quand bien même, elles sont positives. En effet, le cas de Bonabéri qui n’est guère unique semble être généralisé. La semaine dernière, outre Bonabéri dans la capitale économique, la région du Centre à l’instar de quelques quartiers de Yaoundé et de Mfou et l’Ouest auront enregistré des cyclones d’une ampleur dévastatrice. Même si on parle de deux morts supplémentaires à l’Ouest, on estime à 180 le nombre de familles atteintes au total ; soit environ 800 personnes pour des dégâts avoisinant les 250 millions de Fcfa.
Comment comprendre donc, la promptitude des autorités camerounaises et de quelques initiatives de la société civile à collecter des fonds, soit près d’un million d’Euro pour aider des individus, inconnus pourtant, situés à des milliers de kilomètres ; or des centaines de familles proches de nous dorment désormais à la belle étoile ? Sans paraître disgracieux à l’égard de quiconque, que possède de particulier Haïti par rapport aux habitants de Bonabéri, de Mfou et de Yaoundé ?
Même s’il faut prosaïquement reconnaître que, nul n’est prophète chez soi, par souci d’aider des personnes avec qui nous partageons les mêmes valeurs patriotiques afin de pérenniser les valeurs de fraternité et de citoyenneté, une priorité devrait être accordée au Cameroun. Par ailleurs, il faudrait que chacun sans exception, puisse garder à l’esprit que les mécanismes et foudres de la nature étant imprévisibles, la prochaine catastrophe pourra peut-être s’abattre tout près de nous notamment dans notre quartier et faire de notre entourage ou pourquoi pas de nous-même, la prochaine victime.
Paul Tonye Njel
