Le Minpostel Biyiti bi Essam bousculé par son personnel



Une partie de ses agents crie à la malgouvernance et au favoritisme dans ce ministère chargé des Postes et télécommunications du Cameroun.
Une enquête du journal La Météo. "Il est temps que des mesures appropriées soient prises pour remédier à cette situation qui a tant duré. Sinon, nous serons obligés de manifester publiquement notre mécontentement."
L'Association du personnel du ministère des Postes et Télécommunications (Minpostel) ne s'est pas embarrassée de formules diplomatiques pour s'adresser au ministre de tutelle, Jean Pierre Biyiti bi Essam. Dans une lettre de protestation à lui adressée le 12 décembre dernier, avec ampliation au chef de l'Etat, au Premier ministre et au Contrôle supérieur de l'Etat, elle étale au grand jour des pratiques nauséeuses qu'elle prête à la gestion de ce département depuis quelques années.
"Le tribalisme, la corruption et le népotisme sont érigés en modèle de fonctionnement dans notre ministère", affirment les protestataires. Dans ce qu'elle qualifie d'"aperçu des maux qui minent" le Minpostel, l'association affirme que pour bénéficier de ses droits les plus élémentaires, il faut appartenir à la famille ou à la belle famille du ministre, ou encore avoir un parrain dans l'un de ces deux groupes. "Le Fonds spécial de développement des télécommunications est 'géré' abusivement par les frères et beaux frères de M. Biyiti bi Essam, foulant ainsi au pied les règles élémentaires de gestion des fonds publics."
Ce sont toujours les mêmes personnes, c'est-à-dire des proches du chef de département, qui sont cooptés dans les commissions donnant droit aux primes, qui sont de toutes les missions juteuses, qui bénéficient d'autres avantages hors salaires très souvent payés les week-end et jours fériés, à l'insu du reste du personnel abandonné à lui-même. La litanie des faits de malgouvernance au Minpostel est loin d'être exhaustive. Ainsi des marchés publics, qui selon la lettre de protestation sont fractionnés et donnés aux amis et connaissances du ministre, au mépris des procédures de passation des marchés. Des télécentres communautaires polyvalents (Tcp) fictifs sont réceptionnés, et ceux existant réellement sont équipés de matériels vétustes, obsolètes contre des factures payées au prix des équipements neufs.
Monsieur casseroles. Jean Pierre Biyiti bi Essam joue décidément de malchance. Ou alors, il ne fait rien pour s'éviter une réputation sulfureuse. Qu'on se souvienne de son passage dans ce même ministère comme secrétaire général. Au lendemain de son départ, des rumeurs pas très vertueuses coururent sur son compte en rapport avec la gestion du Fonds spécial de développement des télécommunications.
Le comble fut atteint au lendemain de la visite du pape Benoît XVI au Cameroun (17 au 20 mars 2009). Le ministre de la Communication qu'il était, à qui la présidence de la République avait confié 770 millions de francs pour les actions médiatiques, alla en planquer 130 dans son compte bancaire personnel. Le 23 avril de la même année, il était entendu à la sous-direction des enquêtes criminelles du Tribunal de grande instance du Mfoundi. Dans quelques médias, il se défendit comme un beau diable. Au quotidien Le Messager, il déclara, pince sans rire : "C'est une faute de gestion qui, en aucun cas, ne peut être assimilée à un délit ou à une intention délictuelle."
Autre lieu, autre scandale. Le chantier de la fameuse Maison de la communication, dont on annonçait l'ouverture en avril 2009, a été abandonné derrière l'ancien palais présidentiel à Yaoundé. Son promoteur, toujours M. Biyiti bi Essam, a quitté le Mincom en juin 2009 après avoir fait débloquer quelque 200 millions de francs d'argent public pour son aménagement. Son successeur, Issa Tchiroma Bakary, a subtilement botté en touche voici quelques mois, face aux questions de journalistes sur le sujet. Il a renvoyé les curieux à l'actuel Minpostel, qui, chaque fois qu'il s'est retrouvé face à une situation délicate, a toujours brandi ses faits d'armes et sa probité. Avec la grogne qui sourde aujourd'hui au Minpostel, mais surtout les dénonciations accablantes portées contre lui, il aura de plus en plus du mal à pavoiser.