Le sérum antivenimeux est rare


Morsure de serpent. L'antidote est difficile à trouver dans les pharmacies. En 2006, pendant les grandes vacances, Julien Mani est mordu par un mamba vert alors qu’il récolte des arachides avec sa maman au champ.
Conduit au dispensaire de Bidou, son village situé à quelques kilomètres de Kribi, l’élève de 6 ans décède huit heures après son admission à cause de l’indisponibilité du sérum antivenimeux. Et chaque année, au Cameroun, des cas de décès par morsure de serpent sont signalés.
Bien souvent, il est difficile de trouver le sérum antivenimeux dans les pharmacies privées et celles des hôpitaux. La raison évoquée par les pharmaciens est la faible demande des populations. Pas parce qu’il n’y a pas de morsures de serpent, mais parce que les victimes continuent à se soigner à l’indigène. Les sérums, qui ont une date de péremption, se détériorent et les pharmaciens n’en commandent plus automatiquement pour éviter des investissements à perte.
Chef du service des urgences à l’hôpital central de Yaoundé, le Dr Etoundi Mballa reconnaît que c’est un véritable problème, surtout en milieu rural où le nombre de morsures de serpents venimeux est élevé. Cependant, il conseille de relativiser les morsures qui représentent encore la mort dans notre vécu. « Il faut éviter la panique ». Le Dr Etoundi Mballa précise que « la plupart des morsures de serpent ne sont pas suivies d’envenimation. La majorité des serpents rencontrés en milieu urbain sont non-venimeux, comparés à ceux des milieux ruraux. A la base, le serpent ne poursuit pas l’homme, il a une mauvaise vue. La morsure survient lorsqu’il se sent menacé, par exemple quand il est piétiné. Le venin des serpents est plutôt une arme de chasse. Parmi les serpents venimeux, les plus dangereux pour l’homme sont les mambas, les cobras et les grosses vipères. Les manifestations des morsures des autres serpents venimeux, lorsqu’il y a envenimation, ne vont pas être très graves».
Dr Etoundi Mballa révèle aussi que les sérums vendus au Cameroun ne sont pas toujours efficaces. La pratique voudrait qu’on capture le serpent mordeur et c’est à partir de son venin qu’est élaboré le sérum pour plus d’efficacité. Or, « les sérums commercialisés au Cameroun sont fabriqués en Inde où on rencontre beaucoup de cobras et de vipères. Au Cameroun, nous avons des mambas et aussi des vipères ». Le prix du sérum antivenimeux distribué par la Centrale nationale d’approvisionnement en médicaments et consommables médicaux essentiels médicaments (Cename) avoisine les 15.000 Fcfa en pharmacie. Celui vendu au Centre pasteur de Yaoundé frôle les 45.000 Fcfa.
Les pratiques dangereuses
Dans nos cultures, plusieurs méthodes pour soigner les morsures de serpent ont été véhiculées au fil des années. Des méthodes dont l’efficacité n’a pas toujours été prouvée. Si dans les pratiques traditionnelles, elles ont une certaine crédibilité, le Dr Etoundi Mballa conseille de les éviter au risque de compliquer l’état du sujet victime de la morsure. Le garrot est donc proscrit parce qu’il condamne le membre mordu à une possible amputation alors que la morsure pourrait être non venimeuse. Lorsque le sang ne circule plus dans ce membre, il meurt. Il est aussi fortement déconseillé de boire son urine, d’inciser la plaie pour aspirer le venin comme dans les films western, de s’en remettre à la pierre noire. Ne pas donner de l’alcool à boire à la victime, cela risque d’accélérer l’action du venin. Le meilleur réflexe reste de calmer la victime et de la conduire rapidement à l’hôpital.
M.E.