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Pénurie d’eau : On règle le problème à la source

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eau-potableApprovisionnement. En attendant que les difficultés d’accès à l’eau soient complètement résolues, les populations se débrouillent. Je suis gentil, je vous aime bien, mais il faut que je parte. Rendez-vous lundi prochain. » Le chauffeur du camion-citerne de la Camwater venu approvisionner les populations du quartier Damase à Yaoundé s’apprête à fermer l’ « abreuvoir ».
Réponse en chœur, « merci oh ! Que Dieu te bénisse, mon fils ». Contents, les habitants de ce quartier, qui le reçoivent deux fois par semaine, essayent, en même temps, de le retenir.
Ils veulent  profiter du « trop précieux liquide » jusqu’à la dernière goutte. Pour Yannick Djoko, le qualificatif n’est pas exagéré. « J’habite ce quartier depuis un an. Mais, l’eau n’a jamais coulé de mon robinet. Je suis sûr que mes tuyaux sont complètement rouillés. Le bon côté, c’est que je ne paie pas les factures d’eau. En plus, celle distribuée par la citerne est buvable»,  raconte-t-il.
Les rendez-vous du lundi et du jeudi ici, c’est tout un spectacle. Les 10.000 m3 du camion d’approvisionnement sont très attendus. Des centaines de bidons et de fûts sont disposés sur le trottoir. On ne se préoccupe pas des particules de poussière qui peuvent se poser dessus. Aussitôt que le camion se gare, c’est la course au sésame. L’eau fait courir dans ce quartier. « On se bagarre pour vite remplir nos récipients. La peur que le camion s’en aille ou que l’eau s’épuise fait que nous soyions tout le temps aux aguets », affirme Thérèse Enam, riveraine. Comme elle, de nombreuses femmes viennent à ce point d’approvisionnement. Elles sont d’ailleurs plus nombreuses. « Les enfants sont à l’école. Si je ne viens pas puiser de l’eau, on ne va rien faire à la maison», déclare Virgine Atogo.
Vol de récipients
Celle-ci préfère porter tous ses bidons sur la tête, un par un, au lieu de se rendre à 3h du matin à Obobogo, le quartier voisin, pour recueillir l’eau de la source ou d’acheter 20 litres d’eau à 100 FCfa auprès de ceux qui font des réserves de 400 voire 500 litres. Virginie Atogo se réjouit alors de faire des économies pour sa famille de six personnes, qui utilise en moyenne 40 litres d’eau par jour. « Il faut être fort pour vivre à Damase », renchérit Marie-Madeleine. Les pieds dans la boue, les habits trempés, elle accepte le sacrifice, même si elle vient de se faire opérer du genou droit. Les puits alors ? Il ne faut pas y compter, ajoute Marie-Madeleine. « Ceux qui en ont n’acceptent pas qu’on vienne puiser leur eau », s’indigne-t-elle. Elle se plaint aussi des vols de récipients qui se multiplient dans le quartier, à cause des pénuries constantes. « Je suis obligée de relier mes bidons les uns aux autres à l’aide d’une corde et d’écrire mon nom sur chacun d’eux, sinon…»
Si cette distribution est salutaire pour les populations de Damase, à Ekounou, c’est toujours la galère. A l’entrée de la réserve de Nkoayos (à Ekounou) d’où partent les citernes d’approvisionnement, un tuyau est cassé, depuis pratiquement un mois, apprend-on sur place. Là, deux petites filles ont déposé leurs récipients pour en extraire une eau plus ou moins claire. « On a coupé l’eau à la maison depuis hier. Mama nous a dit de venir puiser ici », se justifient-elles. Quelques minutes plus tard, elles sont rejointes par deux dames qui tiennent de petits seaux. Cette eau les dépanne pour les petits travaux dans leurs différents commerces. L’une de ces dames travaille dans un salon de coiffure proche du tuyau cassé. Avec cette eau, elle peut laver les cheveux de ses clientes, par exemple.
A trois pâtés de maisons de là, Rose M. gère un mini-restaurant. Un fût de 70 litres quasi-plein repose sur le sol. Les pénuries d’eau lui posent surtout un problème d’hygiène. Lors de notre entretien, la jeune femme plonge une carafe vide dans son fût d’eau. Cette eau sera bue par les clients qui, très souvent, n’ont pas le temps d’interroger sur sa provenance. Certains, par prudence, se rabattent sur des boissons conditionnées.
Bain en plein air
Henri Sonfo habite Ekounou depuis quatre ans. Pour lui, le calvaire est quotidien. « Les coupures d’eau peuvent durer deux semaines. Et quand l’eau revient, elle coule pendant trois ou quatre heures. Il y a quand même une source où on se ravitaille. On boit son eau, en y ajoutant quelques gouttes d’eau de javel », raconte Henri Sonfo.
A Essos, on n’attend pas trop les citernes pour régler les problèmes d’eau. Les pénuries ont fini par agacer les populations. Faire des réserves, oui, on veut bien. Mais, certains ont trouvé une astuce plus pratique. Il y a une source au lieu-dit Madison. C’est là que de nombreux habitants d’Essos (et même de Mimboman) puisent leur eau, quand il en manque au point d’approvisionnement du marché.  Tous les jours, des ménagères viennent y faire leur lessive. Les plus petits y prennent leur bain avant d’aller à l’école à midi. Les riverains ont d’ailleurs fait de ce point d’eau un business. Les « étrangers » doivent payer pour se ravitailler. 500 FCfa pour quatre bidons. Et on ne discute pas !
L’eau comme par hasard
Rationnement. Un nouveau planning de fourniture en eau potable de la ville de Yaoundé est en cours d’élaboration à la Cde.
Le 11 juillet 2011, la Camerounaise des eaux rendait public un plan de rationnement des différents quartiers de la ville de Yaoundé. Réparti en 8 zones correspondant aux bassins d’approvisionnement et aux réserves de la ville, le plan de rationnement était censé avertir les consommateurs d’eau potable des jours de coupure et d’approvisionnement. 70 quartiers et localités avaient été recensés dans le plan. Sur les sept jours de la semaine, un planning indiquait les différentes  périodes de coupure et d’approvisionnement.
L’expérience, louable, a été saluée par les consommateurs, qui pouvaient désormais faire des réserves et moduler leur consommation en fonction du planning. Le rationnement a tenu le temps d’une rose, rattrapé par des facteurs conjugués, qui traduisent toute l’impuissance de la Cde dans ce puzzle dont l’entreprise ne détient pas toutes les pièces.
Au niveau de la direction régionale de Yaoundé agglomération, un nouveau planning est en cours d’élaboration. Selon Hamid Houmida, il serait en phase de finalisation. « Nous avons entrepris, en concertation avec Aes Sonel qui nous fournit l’énergie électrique nécessaire pour faire fonctionner les pompes et tous les autres équipements électriques, d’harmoniser nos plannings respectifs pour être le plus fidèle dans nos prévisions », déclare-t-il. En attendant, c’est toujours l’aléa qui fait autorité. Au petit bonheur la chance, on est presque surpris par l’eau qui coule au robinet. A défaut de suivre le camion-citerne qui dessert les localités les plus sinistrées. Encore faut-il y habiter.
“La production en eau est insuffisante”
Hamid Houmida. Le directeur régional de la Camerounaise des eaux Yaoundé agglomération explique le dispositif mis en place pour alléger la pénurie d’eau à Yaoundé.
Qu’est-ce qui coince dans la fourniture de l’eau à Yaoundé ?
La production en eau au niveau de la station d’Akomnyada qui ravitaille Yaoundé est insuffisante. Les besoins de pointe sont estimés à 300 000 mètres cubes par jour, alors que notre capacité de production actuelle est de 100 000 mètres cubes. Vous imaginez vous-même le déficit qui s’aggrave d’une année à l’autre. Si on y ajoute la baisse du lit du fleuve, notamment en période d’étiage, et nous y sommes en plein, couplé aux coupures intempestives d’électricité, le tableau est complet.
Quelles solutions de rechange ?
Nous avons remis en service le générateur qui a été installé à Akomnyada. Mais, il faut envisager, avec Aes Sonel, une ligne de secours lorsqu’il y a coupure d’électricité. Pour avoir un aperçu des conséquences des coupures au cours des trois derniers mois, nous avons enregistré des pertes cumulées de 91 934 mètres cubes d’eau, soit 32 250 en octobre, 23 650 en novembre et 36 034 en décembre. Pour le seul mois de janvier, à la date du 11, les coupures d’électricité ont fait perdre à la Cde 40 224 mètres cubes. C’est quand même énorme.
Quels sont les projets immédiats pour alléger le déficit ?
Il y a des projets structurants, qui vont encore prendre quelque temps, qui vont être finalisés dans deux ans au plus. La mise en service de la réhabilitation de la station de la Mefou permettra d’augmenter la production d’eau de 50 000 mètres cubes. Si le financement est bouclé, dans un délai de 12 mois, nous sommes en mesure d’augmenter la capacité de la station d’Akomnyada de 30 000 mètres cubes supplémentaires. Quand on fait le compte, on sera à une production cumulée de 180 000 mètres cubes. Ce qui est encore loin des 300 000 mètres cubes dont Yaoundé a besoin actuellement. En attendant, il faut préserver la quantité d’eau produite, en réduisant les fuites nombreuses et les fraudes. Cinq équipes sillonnent en permanence la ville de Yaoundé, de nuit comme de jour, pour traquer et réparer les fuites qui nous font perdre de l’eau. Ces équipes interviennent sur une vingtaine de casses par jour sur un réseau de plus de 900 kilomètres.
Quelles sont, concrètement, les mesures d’urgence ?
Nous sommes associés au programme d’urgence initié par le ministère de l’Eau et de l’Energie et la Camwater. Dix bâches, des citernes en plastique ont été installées dans les quartiers qui ne sont pas desservis par le réseau Cde. Elles sont gratuitement ravitaillées par six camions-citernes acquis par la Camwater. De même, 34 forages avec des pompes manuelles ont été réalisés dans certains quartiers périphériques. Nous allons installer 60 autres bâches, de même que 100 nouveaux forages seront réalisés dans les prochains mois. Nous sommes en train d’actualiser un programme de rationnement qui doit intégrer le planning des coupures d’électricité. Nous avons mis en service un numéro d’urgence, le 8055, pour alerter en cas de problème ou de coupure accidentelle.
Votre avis : Comment vous débrouillez-vous pour votre ravitaillement en eau ?
“Stocker de l’eau” : David Djantio, retraité
J’habite Mendong, au camp Sic, nous avons la chance d’avoir de l’eau au moins trois fois par semaine. Nous faisons des efforts pour stocker de l’eau les autres jours. Mais, parfois, on passe dix jours sans eau. Je suis obligé de prendre des récipients pour me ravitailler dans des laveries des quartiers environnants. Je vais généralement avec mes enfants qui, parfois, arrivent en retard en classe. Nous avons beaucoup de difficultés depuis qu’il y a pénurie d’eau, il faut que le gouvernement fasse quelque chose très rapidement.
“Je me ravitaille dans un puits” : Samuel Kanou, sans emploi
Je parcours des dizaines de kilomètres tous les jours pour me ravitailler dans un puits. J’habite le quartier Emana et les pénuries y sont régulières. Il n’est pas facile de se ravitailler dans ce puits à cause des engorgements. Vous pouvez passer plus de deux heures sans recueillir un seau d’eau et il y a constamment des bagarres. Nous avons au Cameroun plus de quatre grands cours d’eau : la Sanaga, le Nyong, la Dibamba, la Bénoué, je ne comprends pas pourquoi nous n’avons pas d’eau.
“J’ai un puits “ : Marlyse Edima, ménagère
J’ai un puits à la maison, au quartier Nkomo. Il me permet de puiser de l’eau pour le ménage et la vaisselle. En ce qui concerne l’eau du robinet, je vais souvent la chercher dans un autre quartier. L’eau du robinet que je puise n’est même pas propre, elle est souvent jaunâtre. Je suis obligée de la filtrer.
“Javelliser l’eau du puits” : Marie Hortense Mendo, pompiste
Je me ravitaille dans un puits situé à côté de Mimboman chapelle où je réside. C’est également cette eau que je bois, mais avant de la boire, je la javellise. Les pénuries d’eau dans mon quartier ont atteint des proportions inquiétantes, au point où je me demande si nous sommes encore au Cameroun. Pendant que le choléra et les autres maladies hydriques nous guettent, nous n’arrivons pas à nous ravitailler en eau potable.
P.N (Stg)
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