Le prix du carburant va-t-il augmenter ?



les signaux persistants laissent penser que l’on s’achemine vers un relèvement des coûts. Ce n’est plus qu’une question de temps. Le prix des produits pétroliers pourrait connaître une nette hausse sur l’ensemble du territoire national.
En effet, pour qu’un litre de super soit vendu à 569 francs Cfa comme c’est le cas actuellement à la pompe, l’Etat doit supporter 237 F Cfa de surcoût. Un surcoût identique est pris en charge pour le litre de gasoil, tandis que la subvention du litre de pétrole lampant est de l’ordre de 337 francs Cfa. La note est lourde. Soit une somme de près de 700 milliards de francs Cfa injectée pour la période 2008-2011.
Le maintien en l’état ou l’augmentation des coûts des hydrocarbures constitue un vrai casse-tête politico-économique pour les pouvoirs publics.
La dernière augmentation de 2008 avait entrainé une vive protestation des syndicats du secteur des transports et provoqué une grève générale. Depuis les émeutes de février 2008 donc, les prix, alors fixés en fonction du coût du baril du pétrole brut sur le marché mondial, ont été maintenus à un niveau stable. Un maintien qualifié d’artificiel par les responsables en charge de la péréquation. Comment relever le niveau des prix dans un climat de tension sociale ? Là est la question.
Sonara
De source proche de la Société nationale de raffinage (Sonara), la pression sur les produits pétroliers est d’autant plus forte que l’Etat du Cameroun doit plus de 300 milliards francs Cfa à la Sonara. Suffisant pour entraver ses activités à l’import. « Parce qu’il s’agit généralement de grosses sommes d’argent et il faut payer cash », précise notre source. Or, l’Etat, à travers le ministère des Finances, s’intéresse à la gestion de certaines lignes budgétaires de la Sonara. Un intérêt matérialisé par plusieurs audits, dont un en cours, pour avoir une lisibilité sur la gestion de cette entreprise pétrolière. Une source proche du Dg de la Sonara, Charles Metouck, confie au Jour que « la maîtrise du prix du carburant à la pompe passe aussi par la mise à niveau de la raffinerie ». Ce qui est, dit-il, en cours de réalisation avec les travaux d’extension de l’usine de Limbé.
Du côté des marketeurs, l’on affirme que l’augmentation du prix du carburant est inévitable. L’on cite comme signaux annonciateurs de la hausse, les nombreuses réunions tenues en présence de tous les acteurs du secteur, avec la participation des syndicats des transporteurs. Les marketeurs n’ont en réalité aucune objection. Et pour cause, « les prix à la Sonara tiendront compte des prix à la pompe ».
Nos sources précisent cependant que l’augmentation en question ne peut intervenir de façon brutale, pour éviter toute forme de spéculation. Selon elles, « le problème se pose avec la Sonara qui, du fait de la tension de trésorerie qu’elle connaît, met la pression et exige des payements cash, pour les quantités à enlever ».
Péréquation
Combien d’argent l’Etat du Cameroun a-t-il engrangé du fait de la tendance à la hausse du pétrole brut sur le marché mondial ? Difficile à dire. Le prix du carburant au Niger est sous la barre de 400 francs Cfa. Avant l’augmentation qui a provoqué une déferlante de violence au Nigeria, le litre de super était en dessous de 300 francs Cfa. L’augmentation actuelle y est querellée, parce que les syndicats exigent un audit des comptes de la subvention. En effet, la péréquation aurait plutôt profité aux particuliers, avec d’importantes sommes d’argent détournées.
Au Cameroun, les partisans d’une augmentation des prix soutiennent que les sommes investies pour soutenir le coût à la pompe pourraient servir à un investissement dans les secteurs prioritaires dont l’éducation, la santé et l’agriculture. Au ministère des Finances, le redressement et l’élévation aux standards internationaux de la Sonara font partie du souci de réorientation des investissements. Pour réussir la suppression des subventions et le relèvement des prix, il faut proposer des mesures concrètes d’accompagnement. Ce sur quoi le gouvernement planche en ce moment.
Denis Nkwebo