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Dans la république des mototaxis : Avancées et reculades d’une règlementation inefficace

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moto-taxiDouala, la capitale économique du Cameroun vit un début d’année (comme chaque jour qui passe), des plus appréhendés. Et pour cause, l’armée qui tient la rue de par son mode de transport urbain dans cette ville, vient d’être au coeur d’un bain de sang.

 

Une activité dont toutes les tentatives d’organisation depuis son avènement au début des années 90, ont toutes globalement échouées. Au point de lasser croire à la faille de l’autorité de l’Etat. En revisitant les différents textes pris, il se lit que leur application aurait pu mettre de l’ordre dans cette troupe de plus en plus sans foi ni loi.

Trois morts, des dizaines de motos incendiées de nombreuses maisons et boutiques brûlées et vandalisées, la ville de Douala coupée en deux, la population plongée dans la peur et l’horreur, la ville paralysée... Le chapelet des conséquences liées aux émeutes qui ont secouées la ville de Douala pendant cinq jours est loin d’être égrainé. A l’origine de cette émeute, l’assassinat d’Eugène Moni, un jeune du quartier Deido poignardé mortellement par deux individus à bord d’une moto. Les présumées assassins qui ont pris la fuite n’ont pu être identifiées. La moto à bord de laquelle les deux hommes ont opéré n’ayant aucun élément pouvant permettre son identification. Conséquence, on a assisté pendant cinq jours à un affrontement entre «Deido boys» et conducteurs de mototaxis.

Des dérapages que visait pourtant à éviter le décret rendu par le Premier ministre (Pm), le 31 décembre 2008. Le présent décret «fixe les conditions et les modalités d’exploitation à titre onéreux des motocycles appelés «mototaxi» affectés au transport public des personnes dans les zones périphériques et rurales». Le décret signé par Inoni Ephraim alors Pm fixait également les conditions d’exploitation des mototaxi. L’article 4 stipule que l’accès à la profession de moto taxi est subordonnée à «l’obtention d’une licence spéciale de transport de catégorie S2 et d’une carte de transport public routier ; l’inscription au registre des transporteurs par moto; la détention d’un certificat de visite technique en cours de validité; la détention d’une police d’assurance en cours de validité délivrée par une compagnie d’assurance agréée; l’acquittement du droit de timbre automobile (vignette); l’acquittement de l’impôt libératoire».

L’article 13 poursuit. «Toute mototaxi doit disposer des équipements et accessoires ci après : un réservoir de carburant peint en jaune; un siège à deux places y compris celle du conducteur; deux paires de pose pied, deux rétroviseurs; un dispositif complet d’éclairage et de signalisation; un dispositif de freinage fonctionnel; un avertisseur sonore, un casque pour le conducteur; un casque pour le passager; un pare-choc avant et arrière».
Ledit décret note également que la conduite d’une moto taxi est subordonnée au port obligatoire d’un casque et d’un gilet; que la couleur du gilet est déterminée par la commune de ressort au lieu d’exploitation. Il doit être muni d’une bande réfléchissante horizontale de 10 centimètres à l’avant et à l’arrière et marqué du sigle de la commune du ressort du lieu d’exploitation, des numéros d’immatriculation et d’identification de la moto taxi. Voilà donc comment devrait se présenter tout conducteur de moto taxi.

Blocus
Pourtant, à Douala, tel n’est pas le cas. Les motos ne sont pas identifiables. Elles n’ont pas de plaque d’immatriculation; elles ne sont pas peintes en jaune, n’ont pas de rétroviseur, n’ont pas de casque et pour la plupart, portent au moins trois personnes aux heures de «pointe», en début de matinée et en fin de soirée. Ce pendant, depuis la signature de ce décret, des mesures ont été prises par les autorités de la ville pour rendre effective l’application de cette mesure. Des réunions se sont multipliées entre le préfet, le Délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala, les maires et Sous préfets des six arrondissements de Douala et les responsables syndicaux de ce secteur d’activité dans le cabinet du préfet.
Le préfet a accordé une période de six mois aux conducteurs de moto taxi à compté de la signature du décret du 31 décembre pour se mettre en règle et entrer en possession de toutes les pièces exigées ainsi que du permis de conduire de catégorie A. «On ne va avoir toutes ces pièces que si les autorités nous mettent la pression», confie Alain conducteur de moto taxi. Autre préoccupation, l’épineux problème de délimitation des zones. «Les instructions ont déjà été données aux magistrats municipaux. C’est à eux de se mettre au travail», confiait Bernard Okalia Bilaï au cours de la réunion du mardi, 02 février 2010.

Ntonè Ntonè sera plus précis. «L’application de ce décret reste encore un long processus. Aucun changement n’est possible tant que les problèmes de signalisation, de parking, de délimitation des rues ne sont pas résolus. Avant de délimiter leurs zones de circulation, il faut s’assurer que les autres zones seront couvertes par d’autres modes alternatifs de transport». Du coté des conducteurs de mototaxi, l’on se plaint de ce que l’entrée en vigueur de cette mesure va entrainer la réduction des recettes. D’où la réticence à appliquer ce décret.
Malgré cela, les zones de relais et les têtes de ligne (lieu où les conducteurs de moto doivent attendre les clients) ont été désignés, tout comme les zones interdites d’accès aux conducteurs de moto taxi. Chaque moto est confinée dans son arrondissement. Des couleurs ont été choisies : La couleur bleu a été attribuée à Douala 1er, du marron pour Douala 2e, du jaune à Douala 3e, du rouge à Douala 4e et les couleurs verte et violet à Douala 5e et 6e.

Pourtant, la date du 1er juillet 2009 arrêtée par le préfet comme date d’application du décret ne sera pas respectée. Les contrôles systématiques de police annoncés le 21 juin 2010 par le préfet n’a pas porté ses fruits. Et depuis lors, plus rien. Jusqu’à ce que surviennent les émeutes de Deido.


Au cours d’une réunion avec les responsables syndicaux des mototaxis, le Délégué du gouvernement a annoncé la reprise des identifications des mototaxis dès hier mardi, 10 janvier 2012. Dans le même temps, au cours de la cérémonie de la mise sur pied de la commission d’enquête administrative et d’identification des victimes des émeutes de Deido, Bernard Okalia Bilaï reconnaissait qu’«aucune mototaxi n’est immatriculée à Douala». En attendant l’entrée en vigueur effective de ce décret, les identifications sont effectives dans les arrondissements.

Par Blaise Djouokep

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