Message à la Nation : Le cinquantenaire de la réunification dans les nuages


Le chef de l’Etat annonce que cet évènement se tiendra à Buea sans en préciser la date. Le «scoop» était finalement pour la fin. Le 31 décembre dernier, dans son message de fin d’année à la nation, le chef de l’Etat, Paul Biya, a évoqué le cinquantenaire de la réunification, un rendez-vous «manqué» majeur de l’année 2011.
«Avant de conclure, je voudrais dire que le cinquantenaire de notre réunification, intervenue, comme vous le savez, le 1er octobre 1961, sera célébré avec toute la solennité nécessaire. Seule la concomitance de la date de l’anniversaire de cet événement historique avec celle de l’élection présidentielle nous a empêchés de le commémorer au moment où nous l’aurions souhaité. Il le sera dès que possible, à Buéa, avec toute la dignité et la ferveur voulues, car nous ne devons jamais oublier que la réunification fut le premier pas de notre nation vers son unité».
Si le lieu de l’évènement est fixé, la réponse à la question quand n’a pas été offerte par le président de la République, dans son adresse de samedi dernier, qui se contente de l’adverbe «dès que possible». En rappel, c’est le 31 décembre 2009 que Paul Biya avait indiqué au peuple camerounais que le pays célébrera les cinquantenaires de l’indépendance et de la réunification. Le 4 février 2010, un pas décisif vers ces célébrations sera franchi, avec la création, par décret présidentiel le 4 février 2010, du «comité national d’organisation du cinquantenaire de l’indépendance et de la réunification du Cameroun». Présidé par le directeur du Cabinet civil, Martin Belinga Eboutou, ce comité a pour attributions la conception, l’organisation, la supervision et l’évaluation de l’ensemble des préparatifs et des manifestations de ces cinquantenaires. Il convient de souligner que le cinquantenaire de l’indépendance a été célébré le 20 mai 2010.
S’agissant toujours du volet politique, Paul Biya est du reste revenu dans son message de fin d’année sur l’élection présidentielle 2011. «... Vous avez fait le choix de la stabilité et de la paix, apportant ainsi la preuve de votre intelligence de la situation et de votre sens des responsabilités. Quoi que certains aient pu en dire, ce scrutin a été honnête et a traduit la volonté de la majorité de notre peuple, lequel - je le souligne -n’a pas suivi les appels à protester dans la rue. Je saisis cette occasion pour réaffirmer que les dysfonctionnements qui ont été constatés et qui, de toute façon, n’étaient pas de nature à remettre en cause les résultats de la consultation, seront corrigés avant les prochaines échéances électorales », a-t-il indiqué.
Mais dans l’ensemble, le discours du chef de l’Etat a été à forte tonalité économique. «Ainsi que je m’y suis engagé, la période qui s’ouvre sera essentiellement consacrée à la relance de la croissance. D’ailleurs, nous n’avons pas le choix. Ou nous avançons, et tous les espoirs nous sont permis. Ou nous faisons du sur-place, et nos problèmes ne feront que s’aggraver», a prévenu Paul Biya. Pour qui, il est question dès 2011 de traduire dans les faits la nouvelle dynamique proposée pendant la campagne électorale.
Cause nationale
Comme lors de ses précédentes sorties, notamment sur les cinq dernières années, Paul Biya estime que les freins au décollage économique du Cameroun ont pour noms, l’immobilisme (l’inertie), le contexte international marqué par l’inégalité des termes de l’échange, les contraintes de l’ajustement structurel, les conséquences de la dernière crise économique sans oublier les excès de la dérégulation, les désordres provoqués par la spéculation et le ralentissement de l’aide publique au développement. Le chef de l’Etat voit également en la corruption, «cet ennemi sournois et redoutable», un obstacle à la croissance économique. J’ai dit à plusieurs reprises que nous continuerons sans relâche le combat contre ce fléau.
«La création du Tribunal criminel spécial, dont on peut attendre une accélération des procédures en cours et, on peut l’espérer, le reversement des sommes détournées, illustre notre détermination en la matière», a souligné Paul Biya. Face au contexte internationale très souvent défavorable aux pays africains, le président Biya appelle sonne les cloches d’une prise de conscience : « nous devrons de plus en plus compter sur nos propres efforts, nous inspirer de l’expérience des pays émergents. Pour cela, je crois que nous devrions faire de la relance une véritable cause nationale. Tous les acteurs de notre économie devraient se mobiliser, avec l’aide des pouvoirs publics, pour que leurs efforts convergent vers un seul et unique objectif : faire décoller le Cameroun, comme l’ont fait il y a une trentaine d’années les nouveaux « dragons » asiatiques. Ce «patriotisme» économique pourrait rassembler toutes les forces vives du pays». Il s’agit-là d’«une entreprise de longue haleine qui prendra du temps et de la persévérance».
Georges Alain Boyomo