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Litige foncier : Vives querelles autour de 132 hectares

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essecLes populations installées entre Pk 14 et Pk 17 sont sous la menace des bulldozers. Les autorités administratives entendent contre vents et marées, agrandir l’université de Douala. La désolation était à son comble le 22 février dernier. Les autorités administratives, au premier rang desquelles le préfet du département du Wouri, ont mis leur menace en exécution. Elles ont fait descendre un engin de marque Caterpillar dans la localité de Pk 16, précisément vers le carrefour Boumkoul, sur la route Douala-Yabassi. Le prétexte de cette descente, à en croire les témoignages recueillis sur le terrain, était de baliser le terrain où aura lieu la cérémonie de pose de la première pierre de la construction des bâtiments annexes de l’université de Douala, précisément les Facultés de Génie civil industriel et celle de Médecine et des sciences pharmaceutiques. Désolation Comme nous l’annoncions dans l’une de nos récentes éditions, les populations installées entre Pk 14 et Pk17 sont désormais fixées sur leur sort. La crainte des lendemains incertains s’est de nouveau emparée des 2000 familles installées de façon disparate sur les 300 hectares de terrain querellé. Le stress est là, le moral des uns et des autres est bas. « Je n’arrive pas du tout à gérer la situation présente », nous fait remarquer Mme veuve Ngombi Esther, propriétaire d’une maison de quatre chambres à Pk 14. Cette dame nous avoue par ailleurs qu’elle n’a plus la tête à l’ouvrage. « Je n’arrive plus à me concentrer dans mon commerce. Toute ma tête est chez moi. Je m’attends toujours que l’on m’annonce que les bulldozers s’abattent déjà sur ma maison. Car, mon mari étant décédé et les enfants à l’école, il n’y a personne à la maison. » C’est pratiquement la même réaction chez tous les habitants que nous avons rencontrés au cours de notre descente. « Même au lieu de service, mes chefs ont remarqué que je ne travaille pratiquement pas. Tout mon sommeil, c’est presque au bureau. Quand je trouve ne serait-ce que 30 minutes, je somnole. Mon chef même m’a déjà surpris plusieurs fois en train de dormir mais il ne m’a fait aucune sommation parce qu’il connaît notre situation », raconte Pierre Tanyu Njocka, propriétaire d’une maison de cinq chambres à Pk 14 bloc F36 et père d’une famille de 7 enfants dont deux enfants adoptifs. Querelles Les habitants de la parcelle de terrain au cœur des convoitises, n’entendent pas se laisser faire sans bouger le petit doigt. Depuis le déclenchement de cette affaire, elles ne loupent aucune occasion pour dénoncer cette sortie des autorités de l’université de Douala en collaboration avec les autorités administratives. Ces derniers multiplient d’ailleurs depuis un certain temps, de nombreux mouvements de constations pour disent-ils, « manifester leur désapprobation face à cette cruelle injustice. » Les riverains en question estiment qu’ils ne sauraient déguerpir là où ils ont passé l’essentiel de leur vie, là où ils ont pour certains, inhumé des parents. A ce jour, près de 140 tombes ont par ailleurs été recensées par voie d’huissier sur le site. Aidés par leur conseil, Maîtres Jules Binyom et Corneille Mandeng, tous deux avocats au barreau du Cameroun, ils ont également saisi la Chambre administrative de la Cour suprême en date du 18 janvier 2010. Ce document dont les copies sont présentées au premier venu par les concernés, suspend provisoirement la mise en demeure à eux servie par des responsables de l’université de Douala en date du 22 décembre 2009, les prévenant des casses à venir. Les 2000 familles dénombrées fondaient jusque-là leur espoir sur ce certificat de dépôt de recours. Le préfet du Wouri et les autorités de l’université de Douala en avaient été notifiés par voie d’huissier, dans les délais prévus par la loi. Il y a aussi ces deux décrets du Premier ministre ordonnant l’immatriculation de deux parcelles « non bâties » du domaine national à l’université de Douala, au lieu-dit Logbessou, quartier de Bassa, arrondissement de Douala 3ème. Dans ces décrets signés le 27 décembre 2007 par Inoni Ephraïm, alors Premier ministre chef du gouvernement, il est mentionné que « les personnes victimes d’expropriation sur le terrain susvisé seront indemnisées par l’université de Douala, conformément à la législation en vigueur ». Les victimes trouvent dans ce dernier document un argument de poids pour faire passer leurs revendications. Mais du côté de la préfecture du Wouri, on pointe également un doigt accusateur sur les populations qui n’auraient pas suffisamment pris des dispositions pour éviter de tomber dans ce piège. Dans la mesure où, le projet de construction des amphithéâtres de l’Université de Douala sur le site querellé existe depuis 1972. « Malheureusement, et c’est ce que nous déplorons, les occupants qui se font appeler des propriétaires terriens, ont continué à morceler des terrains pour les revendre. La plupart des acquéreurs se sont ainsi fait rouler sans s’en rendre compte. Rares sont ceux de ces acheteurs qui possèdent un titre foncier. Hypothétique dédommagement Les habitants de la parcelle au centre de la polémique ont les yeux rivés vers les autorités administratives. « Nous ne saurons être contre la construction des amphithéâtres. Cela fait partie du bien de nos enfants. Mais où voulez-vous qu’on aille ? Certains parmi nous y sont nés. Nous avons des tombes ici et les défunts font partie des premiers habitants de cette localité. Où veut-on que ses ayants droits aillent aujourd’hui », s’offusque un habitant. Mais avec la sortie des autorités administratives le 22 février dernier, il est clair que les casses auront effectivement lieu, avec ou sans terrain d’entente. Pour l’instant, les populations attendent toujours la réaction du préfet du Wouri qui avait souligné que les dossiers des uns et des autres seront examinés au cas par cas. Difficile de dire combien de temps cela durera. Personne ne saurait se prononcer. Une chose semble sûre, l’Etat fera quelque geste significatif en faveur de celles des victimes en possession d’un titre foncier. Mais ce geste reste manifestement hypothétique dans la mesure où la plupart des victimes ne disposent pas de titre foncier. Qu’importe, l’assurance donnée par les autorités et leur volonté manifeste de dialogue ont été saluées par les futurs sinistrés. Thierry Nyope
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