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Avant qu’un décret du président de la République ne vienne lui ôter cette « arme » dont l’ancien ministre délégué à la présidence chargé de la Défense avait su user - et peut-être même abuser - au long de tant d’années. Laissant sans voix partisans et courtisans qui continuent, des jours après le remaniement gouvernemental du 9 décembre 2011, à rappeler que leur mentor et parrain avait déjà saisi le chef de l’Etat d’une requête pour qu’il fût déchargé de ses fonctions. On a la consolation qu’on peut ? En vérité, peu nombreux sont ceux quipouvaient prévoir que l’amoncellement d’un certain nombre d’indices pouvait suggérer une disgrâce patiemment construite. Un retrait, à défaut d’une retraite.
L’ « opération épervier », dont Amadou Ali était fut au moins le co-pilote, bénéficiant d’appuis financiers à l’avenant et jouissant de la confiance du président de la République, avait déjà du plomb dans l’aile. Les procédures commençaient à s’enliser du fait d’une maîtriseproblématique du Code de procédure pénale - pourtant salué par une expertise enthousiaste -, d’un montage douteux des dossiers tantôt au niveau du Contrôle supérieur de l’Etat, tantôt encore dans les couloirs de la justice. L’« opération » déroulait ses lenteurs, révélait ses incohérences, étalait sa relative consistance. Tant de certitudes de départ s’effondraient au fil des audiences.
Une cinquantaine de milliards engloutis
Une certitude : les impatiences se nourrissaient chaque jour d’incertitudes. A la spectacularisation si controversée des interpellations succédait une étonnante discrétion sur le bilan des affaires engagées par le pouvoir. Les partenaires au développement du Cameroun, qui n’avaient que diplomatiquement cru aux vertus de cette opération, voyaient leur scepticisme conforté par la tournure des « affaires ». Les garanties que donnait le Garde des Sceaux, si sûr de tenir et les magistrats et le bon bout de l’« opération », perdaient chaque jour de leur crédibilité. Embarrassé - d’autant qu’il lui fallait démontrer qu’il ne s’agissait pas, comme l’affirmaient certains justiciables et nombre d’analystes, d’une logique d’épuration politique - Paul Biya avait déjà fait savoir sa contrariété à Amadou Ali. « Si ça n’a pas été une demande d’explications formelle, ça y ressemblait », révèle une source autorisée. Pour le chef de l’Etat, l’affaire prenait les allures d’un système d’équations à plusieurs inconnues : comment reculer ? Comment dessaisir le si loyal, mais si peu policé Amadou Ali de cette opération névralgique à plus d’un égard ? Quel moment choisir ? Quelle forme imprimer aux ajustements devenus incontournables et quelles formalités devaient accompagner les recompositions déjà envisagées il y a de longs mois ?
Dans ces conditions, l’idée de création d’une juridiction ad hoc susceptible de booster les procédures et de conférer du crédit à « l’opération épervier », ne procédait point du pur hasard. Longtemps avant l’acheminement à l’Assemblée nationale du projet de loi portant création d’un Tribunal criminel spécial, des discussions avaient cours entre la présidence de la République et le ministère de la Justice. Un détail : Amadou Ali, sans doute fidèle à lui-même, réputé davantage porté vers l’incarcération des personnes reconnues coupables de détournement et de corruption, défendait l’idée de la création d’un « tribunal anticorruption ». La dénomination qu’il voulait chargée de symboles avait heurté le bon sens juridique. Avant d’être battue en brèche. Mais, le principe même de la mise sur pied de ce Tribunal criminel spécial traçait déjà, en creux il est vrai, la voie de sortie décidée par le chef de l’Etat. Et préfigurait le reploiement d’Amadou Ali vers d’autres territoires de la scène gouvernementale.
Soupçons de politisation et de favoritisme
Il est vrai que, bien avant cette tournure des évènements et ce tournant de son impressionnante carrière gouvernementale, l’alors vice-Premier ministre chargé de la Justice lui-même n’avait pas échappé aux soupçons divers - dont ceux de politisation et de favoritisme - s’agissant du pilotage de certains pans de cette « opération épervier ». Une partie de l’opinion, et même de l’establishment, s’était déjà émue de la miraculeuse « disparition » de l’ancien directeur des affaires financières de la Société immobilière du Cameroun. Cité dans un dossier considéré comme important de l’« opération épervier », M. Hamadou Ousmane était notoirement connu et reconnu comme un homme de main de…
Amadou Ali. Plus tard, d’insistantes relances de la présidence de la République pour la mise en branle d’actions appropriées s’agissant du dossier de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot) - qui a fait couler tant d’encre et de salive autour de la gestion des fonds publics par l’équipe à Iya Mohammed - laissèrent de marbre un Amadou Ali pourtant si prompt à réagir pour d’autres « affaires ». Le silence présidentiel face à cette manière de rébellion avait dû laisser prospérer l’illusion que le chef de l’Etat s’en accommoderait une fois pour toutes. Les logiques de fonctionnement du système échappent si souvent à ceux qui le construisent et le conduisent…
Certains croient savoir que le fait pour le chef de l’Etat d’avoir ramené Amadou Ali au Palais devrait faire du tout nouveau vice-Premier ministre chargé des Relations avec les Assemblées, un précieux recours pour la suite de l’« opération épervier » en tant que de besoin. Ils se recrutent essentiellement dans le premier cercle de ses obligés. Le plus sûr : Amadou Ali détient tant de secrets dans ses cantines qu’il restera redouté et redoutable de tous ; lui qui avait déjà lancé une enquête sur les comptes des personnalités, y compris les plus éminentes du système. A défaut d’en faire un usage dans le cadre de la lutte contre la corruption, Amadou Ali, qui s’est attiré tant d’inimitiés,pourrait convertir ces dossiers en autant d’armes de destruction politique. La bataille ne fait peut-être que commencer. Le système, on vous dit !
