Affaire Thierry Atangana : Me Charles Tchoungang met en mal l’accusation



Les avocats de l’Etat du Cameroun ont été pris au dépourvu, alors qu’ils entendaient faire gober des propos malveillants voire dangereux de Tikela Kemonne Dodou à l’accusé Isaac Njiémoun. Au cours de l’audience du 15 décembre, l’ancien Bâtonnier a démontré au tribunal la mauvaise foi des avocats de l’Etat du Cameroun qui, la veille, voulaient à tous les prix crucifier le Français d’origine camerounaise.
Le 13 décembre, Me Yvonne Ngo Minyogo demande à Isaac Njiémoun s’il pouvait confirmer avoir déclaré en 1997 devant le procureur de la République Jean Pierre Mvondo Evezo’o que Michel Thierry Atangana Abéga lui avait proposé 300 millions de Fcfa le 21 novembre 1996 contre son appui lors de la discussion de la Convention de privatisation d’Intelcam avec France Télécoms. « Je crois qu’il y a confusion. Cette déclaration n’est pas de moi », répond l’accusé. L’avocat insiste : « confirmez-vous que Michel Thierry Atangana Abéga, après l’annulation de cette Convention, vous avait téléphoné pour formuler des menaces de mort contre votre personne, vous annonçant que son ami Titus Edzoa allait commander le Cameroun dans sept ou huit mois ? ».
Isaac Njiémoun, ancien directeur général de la Caisse autonome d’amortissement, tout exaspéré, réplique : « je n’ai jamais reçu ces déclarations. Je ne sais pas d’où cela sort. Je ne comprend pas pourquoi je me retrouve ici ». Après, l’avocat de l’Etat du Cameroun présente une pièce au tribunal. Dans le prétoire, l’assistance pense qu’elle est signée de l’accusé qui vient de tout nier en bloc. Le 15 décembre dernier, Me Tchoungang est revenu à la charge, surprenant tout le monde. Surtout l’accusation qui n’imagine pas un instant que l’ancien Bâtonnier pouvait être en possession de cette pièce signé par le magistrat instructeur, le greffier et par Tikela Kemonne Dodou alors qu’il était le chef de la division économique, financière et technique de la présidence de la République.
Le crime
C’est à ce titre qu’il avait été entendu le 16 juillet 1997 comme témoin dans le cadre de la procédure suivie contre Michel Thierry Atangana et autres pour « détournement de deniers publics et trafic d’influence ». En ne prenant que la partie où ce dernier avouait que Thierry Atangana lui avait dit que son ami Titus Edzoa prendra le pouvoir dans quelques mois, l’on comprend aisément pourquoi les choses étaient allées très vite aboutissant à la condamnation le 3 octobre 1997 de Thierry Atangana et Titus Edzoa à 15 ans de prison après un procès lapidaire à 4h du matin.
Les suppliciés n’avaient eu aucun moyen de présenter les moyens de leur défense. Aujourd’hui, Tikele Kemonne se retrouve dans le box des gens ayant induit le parquet en erreur. Tout comme Dieudonné Telesphore Ambassa Zang, en cavale, qui avait présenté le Copisupr comme une pieuvre destinée à dilapider les fonds publics. « Quand on vient dans une audience attribuer des déclarations aussi fortes comme celles de menace de mort et de corruption de 300 millions de Fcfa alors que ce monsieur n’a jamais dit cela, ça commence quand même à poser des problèmes d’égalité dans le cadre de ce procès », gronde Me Charles Tchoungang, soutenant ne pas pouvoir laisser des choses comme cela passer.
Ainsi a-t-il réclamé la présence de ce témoin, Tikela Kemonne Dodou, à l’audience. « Mais comme il ne vient pas, les avocats de l’Etat du Cameroun prennent ces déclarations pour les mettre sur le compte d’Isaac Njiémoun et rendre crédible ce qui a été dit. Ce qui est complètement faux », commente l’ancien bâtonnier. Le 16 décembre dernier, Titus Edzoa, répondant des faits de tentative de détournement de deniers publics dans le cadre de l’organisation du 32e Sommet de l’Oua, a tenu à dire au tribunal que « Michel Thierry Atangana n’a rien à voir avec le compte Crédit lyonnais Cameroun N° 31-904-308 371/R libellé Oua 96, encore moins de la gestion du Sommet de l’Oua ».
L’ancien secrétaire général à la présidence de la République pense qu’il est victime « d’un rosaire juridique maléfique, d’une justice d’un genre insolite ». Demandant au tribunal si celui qui l’accuse est un objet volant introuvable. « J’aimerais voir le plaignant en face, les yeux dans les yeux. Il est caché et c’est une arnaque juridique », martèle-t-il. L’audience a été renvoyée au 28 décembre prochain pour la suite de l’examination in chief du témoin Titus Edzoa.
Jean-Pierre Bitongo