Mohamadou Ahidjo : Les dessous d’une nomination controversée



Le fils du premier président du Cameroun et prédécesseur de Paul Biya a été désigné ambassadeur itinérant. Un acte dont la lecture impose une vigilante circonspection. Le 09 décembre dernier, Paul Biya a procédé à un réaménagement de son équipe gouvernementale .
Un séisme de très faible amplitude qui n’a offert qu’un service minimum à la nation eu égard aux attentes fondées par la société camerounaise, elle-même obnubilée par des supputations et conjectures de tout genre .
Au-delà de quelques évictions majeures dont Marafa et Messengue Avom constituent le fil d’Ariane sur fond de risques évidents de quelques soucis judiciaires, les grandes trouvailles de Paul Biya sont incontestablement dans le septentrion. C’est dans cette aire géographique, que le chef de l’Etat a pu dénicher deux perles rares. Alamine Ousmane Mey qui s’occupe désormais des finances publiques et Badjika Mouhamadou Ahidjo le fils de l’autre fait ambassadeur itinérant. Si pour le premier, il est aisé de percevoir la main tendue de Paul Biya à la jeunesse, au secteur privé et au technocrate, la sollicitude du président à l’égard du second appelle tout de même à questionner sérieusement l’environnement et les motivations réelles qui ont guidé ce choix au regard des rapports quasi distants entre Paul Biya et la famille de son prédécesseur.
Accords politiques ou intention de réconciliation ?
Difficile de décrypter la décision de Paul Biya que la naïveté humaine placerait à priori sous le prisme de la normalisation. Une posture qui indiquerait l’éventualité d’une possible réconciliation entre le locataire d’Etoudi et la famille de l’ancien avec en toile du fond le rapatriement des restes d’Ahmadou Ahidjo . 22ans après le décès du premier Président du Cameroun , un pays qu’il a dirigé du 18 février 1958 comme Premier ministre du Cameroun autonome au 06 novembre 1982 lorsqu’il démissionne du pouvoir , l’opinion nationale et internationale reste divisé sur un sujet : le retour de sa dépouille au Cameroun assorti des obsèques officielles dignes de son statut d’ancien chef d’Etat . Une responsabilité que se rejettent mutuellement le pouvoir et la famille du défunt. L’attitude de Paul Biya peut-elle être perçue comme une réelle volonté d’établir le dialogue entre deux entités liées par l’histoire ou simple jonglerie politique encadrée par la plate - forme d’action gouvernementale Rdpc- Undp, une alliance décriée par certains de ses acteurs.
L’amorce du processus de réconciliation que certains perçoivent dans la nomination de Mouhamadou Ahidjo peut-elle aider à décomplexer l’atmosphère longtemps tendue entre le camp Biya et la famille Ahidjo ? Les clés pour comprendre la démarche de Paul Biya face à ce qui est considéré comme l’une des grosses surprises de ce réaménagement ne semblent pas facile à obtenir. Exit le radicalisme des parties ; peut-être qu’une page est tournée et la nouvelle aire s’ouvre .Un printemps qui donne à constater qu’il est des destins que l’on ne peut modifier et des carrières que l’on ne peut briser. Badjika Mouhamadou Ahidjo n’aura pas fait exception à la règle. Reste à scruter l’avenir avec minutie pour mieux comprendre la finalité et la portée Socio- politique de cet acte. L ‘enjeux n’est pas négligeable.
Salomon Foé