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Hubert Kamgang : « La dévaluation du Fcfa ne s’impose pas à l’heure actuelle »

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Hubert-KamgangHubert Kamgang est ingénieur statisticien, économiste de formation. Dirigeant d’un parti politique, l’Upa, l’Union des Populations Africaines et auteur de plusieurs ouvrages dont : le Cameroun au XXIe siècle « quitter la CEMAC, puis œuvrer pour une monnaie unique dans le cadre des Etats-Unis d’Afrique. » Il parle ici de la crise que vit actuellement l’Europe et ses conséquences sur les économies africaines.

Comment comprendre l’endettement excessif des Etats européens ?

La dette des pays d’Europe s’explique de la manière suivante : les économies européennes sont structurellement à court de compétitivité .Ceci est dû au fait que les coûts salariaux et sociaux étant plus élevés dans les états européens que dans les pays émergents comme la chine par exemple , les coûts de productions des biens et services en Europe sont plus élevés qu’en chine : d’ou la non compétitivité des économies européennes qui ne produisent plus autant qu’avant. Les recettes budgétaires étant constitué d’impôts et taxes sur les revenus des entreprises et personnes physiques, ces recettes baissent puisque l’assiette est désormais réduite.

Pour équilibrer leurs budgets, les pays européens sont contraints de recourir à l’endettement qui leur permet de vivre au dessus de leurs moyens et de façon structurelle, c’est-à-dire qu’on ne voit pas à quel moment ce phénomène va s’inverser. L’Europe vit une crise de civilisation qui peut déboucher à son déclin en attendant qu’une solution soit trouvée.

Quelles peuvent être les conséquences de ce phénomène sur les économies africaines ?

Face à cette grave situation, les Etats européens vont de moins en moins acheter les matières premières africaines; étant donné qu’ils sont contraints de produire moins. Les pays africains exportateurs presque exclusifs de matières premières vont devoir trouver des débouchés ailleurs pour pouvoir compenser la défaillance du marché européen. Il va en tout cas en résulter la chute des prix des matières premières puisqu’il y aura moins de concurrence. D’où la crise africaine à nouveau.

Le Fcfa encourt-il le risque d’une nouvelle dévaluation ?

L’Euro demeure une monnaie forte. Du fait de la parité fixe qui lie le FCFA à l’Euro, le franc CFA sera surévalué. La contre valeur du dollar, monnaie de facturation des matières premières en FCFA, ne permettra pas aux filières des diverses matières premières de faire face à toutes les charges. Dans cet exercice, le dollar converti en FCFA donnera une somme moins importante. Toutes choses qui ne permettront pas aux opérateurs de satisfaire tous les intermédiaires.

Pour résoudre le problème, il faut donc dévaluer le franc CFA. La dévaluation du FCFA renchérissant les coûts des produits importés entrainera une hausse vertigineuse des prix comme ce fut le cas en 1994. En réalité, pour sortir de cette situation qui vient de façon cyclique, il faut au moins pour le Cameroun sortir de la Zone Franc, créer notre monnaie et la gérer conformément aux canons de la science économique. Car, le FCFA n’a pas été créer et ne fonctionne pas en tenant compte des intérêts de nos populations.

En principe, la dévaluation en soi n’est pas une mauvaise chose pourvu qu’elle intervienne à propos, au bon moment. C’est nier sa nécessité et dont retarder son avènement qui est mauvais. Parce que, quand elle devient inéluctable, c’est que la gangrène a pris des proportions imposant des amputations catastrophiques. Encore faut-il que les autorités monétaires prennent des décisions souveraines au lieu qu’on les y contraint comme c’est le cas en zone franc.

Peut-on conclure qu’il y a péril en la demeure ?

Quant à ceux qui tiennent au FCFA nonobstant son inadéquation avec notre situation, ils peuvent être rassurés du fait que sa dévaluation ne s’impose pas à l’heure actuelle. Le choc dû à la dévaluation sera pour plus tard. Ils peuvent continuer à faire croire au peuple que les fondamentaux de l’économie sont bons.

 

Propos recueillis par

Salomon Foé

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