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Très tôt ce matin du 18 novembre, certains gens qui ont nourri l’espoir de compter parmi les heureux bénéficiaires ont vite déchanté « Je suis natif et héritier de ce village, mais nous constatons que les gens qui viennent à Nyabisan nous prennent comme des chiens. Les allogènes prennent notre argent parce qu’ils ont des gens qui ont grossi leurs montants. Parfois, ils prennent des enveloppes à la place des autochtones. On peut parler du cas de Zoué Essono Michel qui a une plantation que tout le monde connait, mais on ne voit pas son nom sur la liste des bénéficiaires ». C’est le cri de détresse lancé par ce sergent de l’armée très courroucé devant le domicile du Chef de Canton à Oding où le grand rassemblement avait lieu. C’est également l’attitude qui caractérise Andeme Jean Yves, jeune homme de 20 ans environ qui se réclame héritier de son grand-père décédé. Mais s’offusque du fait que l’enveloppe de 18 millions de francs qui devrait lui revenir aille plutôt à un ami de sa mère qui a travaillé chez son grand père : « Cet homme a quitté notre village il y a dix huit ans, il était ‘’Ambassadeur’’ chez nous. D’où vient-il qu’il hérite des plantations de mon grand père » ?
La loi est dure
Pour le chef de Canton, Sa Majesté Abessolo Evina Esaie, nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude : « Pour les gens qui pensent qu’on donne plus d’argent aux allogènes qu’aux autochtones, ils doivent comprendre que les indemnisations ne concernent pas la terre, mais sa mise en valeur, parce que la terre appartient à l’Etat .Ce sont les cultures et les constructions qu’on indemnise ». Il reconnait néanmoins que des erreurs se sont glissées lors du premier recensement, mais qui n’ont pas pu être corrigées lors de la contre-expertise : « Je tiens à vous dire qu’il y a beaucoup de désordre dans le village Nyabisan parce que le chef n’est pas là et son représentant est mis de coté. J’avais demandé à tous les chefs d’être présents au moment du recensement et d’accompagner les équipes pour qu’il n’y ait pas d’erreurs dans l’évaluation des biens de chaque habitant. Mais au moment de la contre-expertise, tous les chefs n’étaient pas là pour rappeler qu’ici il y avait telle ou telle culture ».
Pour l’autorité traditionnelle, certains individus qui n’étaient peut-être pas au village ont négligé cette phase de recensement qui était très capitale pour ce qui arrive aujourd’hui : « Il y a des gens qui se plaignent maintenant .Mais on dit que tel on fait son lit, on dort. Quand les équipes de recensement passaient, certains pensaient que c’était des amusements. Ils ont négligé cette étape, ils sont surpris qu’aujourd’hui les gens insoupçonnables ont des dizaines de millions ».
Et le préfet François Etapa de renchérir : « Les biens ont été évalués et les montants y ont été affectés. Au niveau des procédures administratives, nous avons convenu de liquider les montants à deux niveaux. D’abord, en espèces pour les sommes d’un million et moins. Les montants de plus d’un million sont quant à eux réglés par chèques dans le souci de mettre les bénéficiaires à l’abri des bandits ». Au plan sécuritaire aussi, des mesures ont été prises pour dissuader toute tentative de manifestation bruyante d’où qu’elle vienne. La présence des éléments des ESIR armés jusqu’aux dents en disait long. « Les sommes d’argent que l’Etat a mobilisé sont costaudes et nécessitent une sécurisation absolue, comme vous voyez, nous avons demandé des renforts des forces du maintien de l’ordre de Yaoundé ».
Requêtes
Tous les riverains qui ont exprimé une revendication quelconque ont été invités par la commission à formuler des requêtes qui seront étudiées dans les deux semaines qui suivent le paiement. Le préfet de la Vallée du Ntem qui préside ladite commission ne s’offusque pas de ces plaintes : « Vous savez les indemnisations s’accompagnent toujours des revendications .On ne peut pas avoir d’aussi costauds montants sans cris ».Mais il se décharge complètement des erreurs concédées pendant le recensement : « Pour l’aspect technique, ce sont les experts qui ont recensé les biens sur le terrain. Ce que nous faisons maintenant, c’est de confronter les gens » .Dans ce processus de règlement des conflits, François Franquelin Etapa déclare anticiper sur certains points. Il exige par exemple le certificat d’hérédité pour départager les ayants droit, rétablit dans leurs droits les femmes mariées chassées par les frères de leurs époux et promet de faire des descentes sur le terrain.
Recasement
L’une des grandes questions qui suscitent des grincements de dents de cette population, c’est l’expropriation. « Nous recevons bien des enveloppes, mais la réinstallation va nous poser trop de difficultés. Je suis âgé de 70 ans. En quittant mon village, je vais reprendre ma vie à zéro. C’est pénible. En plus, les nouvelles plantations qu’on nous demande de recréer vont profiter à nous ou à nos enfants »? Pour cette question cruciale, le préfet pense toujours que la principale responsabilité revient aux déguerpis qui doivent éviter de dilapider les moyens mis à leur disposition dans des agapes et luxures : « Tous les villages ont déjà choisi leurs localités de réinstallation sauf le village Nyabisan qui reste à la traine parce que le chef, Philippe Menye me Mve est à l’étranger depuis longtemps déjà ». Ce qui reste vrai c’est que ce problème de recasement reste entier car l’Etat doit apporter préalablement à ces sites un certain nombre d’aménagements et de commodités : les routes, les écoles, les hôpitaux etc. Ce n’est pas cela qui est déjà fait dans les localités d’accueil qui se situent à 50 km de l’emprise du projet. Ce projet de plusieurs milliards que conduit une entreprise chinoise a encore du chemin à parcourir.
Louis De Gonzague
