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Dans ce jeu d’intérêts ou de positionnement, l’on aura retenu que de la présidentielle du 09 octobre dernier, que Paul Biya reste le maître de la situation, avec son arsenal juridico administratif et financier. A 78 ans, l’homme du Renouveau apparait plus frais que jamais, déterminé à donner un sens à son long séjour à la magistrature suprême. De ce point de vue, « les grandes réalisations » sonnent comme un défi qu’il devra relever à tout prix et à tous les prix, tant il est vrai que dans l’esprit de certains Camerounais, les 22 ans de règne d’Ahmadou Ahidjo ont, jusqu’ici, été bénéfiques que les 29 ans du Renouveau.
Un vote inutile
Que retiendra-t-on de l’opposition ? L’on a suffisamment claironné qu’elle est inapte à innover. On a condamné l’égocentrisme qui a caractérise ses leaders, arguant que, divisée, elle ne parviendrait jamais à venir à bout de l’homme lion. Mais les résultats proclamés par la Cour suprême ont bien montré que le débat sur la candidature unique de l’opposition n’avait plus sa raison d’être : 77,98% pour Paul Biya, 10,71% pour John Fru Ndi, et donc 11 % pour les 22 autres. Il y a-t-il meilleure façon de démontrer que, mis à part le peuple qui manifeste souvent son opposition par l’abstention, Fru Ndi ou le Sdf reste pour le moment le seul véritable Challenger de Paul Biya ? Sauf à croire que nos hommes politiques sont frappés de sclérose intellectuelle, ce serait faire preuve de naïveté que de penser que les 21 autres n’étaient pas conscients de leur véritable poids politique, et partant de leur incapacité à vaincre Paul Biya dans une élection présidentielle.
Au regard donc des chiffres proclamés vendredi dernier, par le 1er président de la Cour suprême, il apparait clairement que les vrais naïfs dans ce marché de dupes ce sont les électeurs qui ont cru devoir accorder leurs suffrages à ces politiciens malicieux qui n’ont finalement eu pour seul mérite que de démystifier la fonction présidentielle et couvrir de ridicule la scène politique camerounaise. Le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils ont voté pour rien, sinon pour aider leurs « champions » à concrétiser leurs desseins.
23 candidats, objectifs différents
Cela dit, dans une analyse de l’attitude des 23 candidats récemment engagés dans la course au fauteuil présidentiel, Jean Robert Wafo, le secrétaire à la communication pour le Sdf dans le Littoral et membre de la cellule de communication du Candidat John Fru Ndi retiendra que « dans cette élection Il y a eu quatre types de candidats, il y a des candidats de témoignages, des candidats de principe, et les entrepreneurs politiques qui ont dû miser cinq millions de francs pour gagner un peu plus, et il y a des candidats de terrain.»
Pour Jean Robert Wafo, en fonction de leurs statuts, ces candidats avaient des objectifs différents parfois loin de celui pour lequel ils sollicitaient les suffrages des Camerounais, c’est-à-dire accéder à la magistrature suprême. Pour les candidats de témoignages, il s’agissait de saisir l’opportunité qu’offrait la tribune de la campagne électorale et la forte médiatisation pour passer un message relativement à l’évolution de notre société du point de vue ethnico tribal, africain ou de la protection des minorités.
Dans ce registre on pouvait compter Albert Dzongang, Hubert Kamgang et Kah Wallah. A côté de ce groupe il y avait celui des candidats de principe. Ici, Jean Jacques Ekindi, Ekane Anicet, Bernard Buna font figure de baroudeur dont l’aura se mesure à leur capacité à se mettre dans la posture d’un présidentiable. Pour certains observateurs de notre scène politique, ces leaders n’existent, en fait, que parce qu’ils sont candidats à l’élection présidentielle. Leur mise à l’écart signifierait pour eux la mort politique.
La troisième catégorie est celle des candidats de terrain. Paul Biya, John Fru Ndi, Ndam Njoya, Garga Haman, et dans une certaine mesure Ayah Paul Abine, peuvent, en dépit de la configuration ethnique de certains, revendiquer un électorat certain qui leur permet de justifier leur statut de leader politique. Le dernier groupe est celui des entrepreneurs politiques, avec comme tête de proue Victorien Hameni Bieuleu. Véritable icône de la contestation du régime Biya au début des années 90, le candidat de l’Ufdc n’est plus que l’ombre de lui-même ; certains observateurs politiques le présentent comme un homme usé moralement et financièrement. Il n’a d’ailleurs pas manqué de présenter ses félicitations à Paul Biya, non sans avoir manifesté son désir de travailler dans le prochain gouvernement du Renouveau. Pour quelques-uns de ces entrepreneurs politiques, la présidentielle était une opportunité de se faire voir et marquer les esprits dans la perspective des législatives et des municipales de 2012. Mais, investir 5 millions de francs pour en attendre 30 était un risque qu’il valait la peine de prendre, surtout que leur présence dans la course était encouragée et soutenue par le camp du président sortant qui y voyait une bonne occasion pour ponctionner davantage les suffrages du principal challenger, John Fru Ndi.
Ive Tsopgue
