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Crise ivoirienne : Ouattara à l’épreuve du pouvoir

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frankPlus de 6 mois après l’avènement d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte d’ivoire dans des conditions difficiles, ce grand pays d’Afrique de l’ouest peine à tourner la page. Mais à petits pas, ADO impose son style et distille des points qui pourraient s’avérés payants au moment du bilan. Franck LALLY consultant en communication et expert en management des entreprises audiovisuelles analyse pour nous la situation. Interview pour Camnews24

 


La crise ivoirienne occupe toujours les débats en Côte d’ivoire est ce que pour vous la réconciliation se fera ?

Elle se fera au rythme des actes posés de part et d’autres car la réconciliation ne se décrète pas. Premièrement, elle repose sur la volonté des tenants du pouvoir à se réconcilier avec le camp des battus, c’est près de la moitié de la population si l’on tient compte des résultats de la présidentielle. Au-delà des discours, la réconciliation se nourri de partages, de rencontres et d’échanges c’est en cela que j’ai beaucoup apprécié la rencontre du chef de l’état d’avec les dirigeants de LMP. Enfin, cette réconciliation dépend aussi de la faculté des opposants à se projeter eux-mêmes dans une opposition républicaine et démocratique. Cela passe par exemple par la reconnaissance d’Alassane Ouattara comme le nouveau chef de l’état ainsi que par des discours apaisants car les plaies sont encore béantes et fraîches.

Mais le meeting qui a fini dans le sang à Koumassi n’est-il pas un indicateur du durcissement du camp d’Alassane Ouattara contre la réconciliation?

Je déplore ce qui s’est passé parce que le droit des partis politiques à exister et à se rassembler est inscrit dans la constitution. Cependant, je ne pense pas que ce soit le gouvernement qui soit responsable de cette violence-là quoiqu’il ait tout intérêt à faire en sorte que la démocratie fonctionne pour que nous sortions de cette situation conflictuelle qui tend à ériger l’état de côte d’ivoire en un no mans land

Nombreux sont ceux du camp de l’ex président et en Afrique qui militent pour sa libération  en vue d’une réconciliation vraie. Qu’en pensez-vous ?

Vu de l’extérieur effectivement on a l’impression que la libération de Gbagbo peut participer à une décrispation sociale et politique, ça c’est indéniable. Se serait même un signal fort dans le cadre du processus de réconciliation. Peut être même qu’en le confinant dans sa résidence au village ne serait pas une mauvaise chose en attendant de le passer devant les juridictions compétentes à la matière. Mais faire de sa libération un préalable à toute réconciliation peut paraitre grossier et irresponsable au vu du nombre de morts et des dégâts économiques engendrés. Ce qui préoccupe ses partisans, je le pense, ce sont davantage les conditions de sa détention au nord. Les images qu’on montre de lui les rendent frileux et nerveux. Je pense que s’ils avaient des gages quand à sa santé et son bien être, les déclarations de ses partisans seraient moins guerrières

On parle de la CPI ?

Ont devrait pas avoir peur de la CPI car c’est une juridiction internationale si elle fait correctement son travail on devrait s’attendre à des bouleversements énormes. Mais passer la crise ivoirienne devant la CPI par la poursuite de l’ex chef de l’état serait une grave erreur stratégique et politique du chef de l’état en se sens que se serait la porte ouverte à un non retour en Côte d’ivoire. La CPI pourrait désormais être instrumentalisé pour des règlements de comptes politiques ou de chantage. Je pense ma foi que la commission de Charles Konan Banny aurait du englober le volet justice. Il y a de fortes chances que la mission de cette commission regroupant des ivoiriens ayant vécus la crise en direct soit plomber par des décisions politiques la CPI. Des conclusions d’obédience politiques de sa part rallumeraient à coup sur le feu.

Les français ont-il intérêt à ce que Gbagbo aille à la CPI ?

C’est une évidence. Gbagbo les gêne beaucoup dans ses prises de positions anti coloniales. Mais Alassane Ouattara ne doit pas se laisser entrainer au motif qu’il serait le grand bénéficiaire de l’enfermement de Gbagbo à la Haye. Il a un pays à gérer.

Franchement, Gbagbo est il une menace pour la réconciliation et la paix en Côte d’ivoire ?

Je ne crois pas. Je dirais même qu’il en est une des clefs. C’est un catalyseur de foules et qui reste un personnage apprécié de ses partisans. On se dit qu’un mot venant de lui peut favoriser un retour à la paix définitive. Mais l’idée de cette libération, si elle était possible, fait planer en sourdine une menace : celle de voir Gbagbo mettre sa libération à contribution pour appeler à la résistance

Un accord politique Ouattara-Gbagbo est –il donc possible ?

La politique par essence est du domaine de l’impossible. Il suffirait que Gbagbo reconnaisse Ouattara comme le nouveau chef de l’état. Je crois que le président de l’assemblée nationale l’a compris lui qui milite pour une rencontre entre les deux hommes.

Gbagbo fait-il peur au pouvoir d’Alassane Ouattara ?

Non je ne crois pas. Je pense que le chef de l’état est personnellement très partagé. Il est tiraillé entre l’envie de faire justice pour tourner la page et les conséquences imprévisibles que cette justice pourrait provoquer dans le pays si elle est bâclée. Ce d’autant plus que, pour des questions d’équité et de justice, il ne pourrait pas empêcher certains de ses soutiens devant la barre.

Que doit-il faire selon vous ?

C’est lui le chef, en père de famille il peut appeler au règlement de la crise sous l’arbre à palabre africain ce d’autant plus qu’il a été lui-même une grande victime de cette crise, une crise qui ne date pas d’hier d’ailleurs je vous le rappelle. Je crois profondément que Ouattara à là une occasion historique de prendre tout le pouvoir en se présentant comme le rassembleur, comme l’homme de la réconciliation et du renouveau de la Côte d’ivoire. Toute justice rendue contre un autre camp alors que les responsabilités sont partagées de part et d’autre selon les institutions internationales, peut être interprétée comme le refus du chef de l’état à reconnaitre la souffrance de ceux qui ne sont pas de son camp. On s’acheminerait alors vers une division profonde des communautés qui constituent la société ivoirienne.

La CPI pourrait poursuivre les anciens rebelles ?

C’est dans l’ordre des choses s’il est avéré qu’ils ont tué, Guillaume Soro l’a dit. Mais comprenez-moi, que se soit Gbagbo, les anciens rebelles ou les FRCI, la mise en pratique des conclusions de l’enquête de la CPI constitueront une menace grave pour la fragile stabilité du pays.

Que pensez-vous de la CPI ?

La CPI, l’ONU, l’OTAN et j’en passe ont une même mission dans le monde, le régenter en tenant compte des rapports de force en présence. Quand vous regarder la cartographie de leurs dernières missions vous vous rendrez compte qu’ils n’ont agis que pour protéger des intérêts économiques et géostratégiques d’un membre influent rien de plus. La CPI n’est que leur tribunal, l’ONU leur gouvernement supérieur et l’OTAN leur armée internationale. Sinon la Palestine serait aujourd’hui un état libre. Il faut faire attention à ces instruments de domination supra territoriale.

Parlons de la commission dialogue et réconciliation. D’aucuns disent que le Président Banny n’a pas les mains libres ?

Je ne crois pas que se soit exactement ça. La difficulté de sa tache réside dans ses propres capacités à transcender ses différences ainsi que dans sa compréhension de la crise. Il a tout gagné dans sa vie, il n’est pas à la poursuite de prébendes ni de reconnaissance particulière. Il a vraiment envie de rendre service à son pays. Il fut premier ministre sous la transition avec Gbagbo. Il connait bien Alassane Ouattara et surtout les différents protagonistes de cette crise.

Selon les camps qui s’affrontent, les enquêtes devraient remontées à 2002 pour certains, 2011 pour d’autres et il y a un une troisième voie qui pense que on devrait s’étendre à l’année du premier coup d’état contre Konan Bédié ?

C’est là toute la complexité de la mission de Charles Konan Banny. Mais l’idéal serait de remonter plus loin car la situation ayant conduit à la crise que nous connaissons aujourd’hui à ses origines au-delà du coup d’état contre Konan Bédié. Le président Houphouët a la plus grosse part de responsabilité pour avoir commis 2 erreurs. En même tant qu’il a ouvert les frontières, il a refusé d’octroyer aux enfants de migrants établis dans le pays depuis 2 voire 3 décennies, le droit à la nationalité. Et ça personne n’en parle

Et la deuxième erreur ?

C’est d’avoir fait de Konan Bédié son successeur alors qu’après un demi siècle de règne des baoulés pour une question d’équilibre régionale, il aurait put favoriser l’arriver au pouvoir de quelqu’un venant d’une autre contrée du pays. Konan Bédié à la succession a suscité des rancœurs et des frustrations terribles des autres communautés. Beaucoup en ont conclut qu’ils n’y avaient que les baoulés pour diriger le pays. Ceci est d’autant vrai qu’une fois arrivé au pouvoir pour contrer l’adversité et calmé les ardeurs d’Alassane Ouattara, il n’a rien trouvé d’autre que le concept de l’ivoirité. Alpha Blondy avait même vu juste en chantant « dans un pays avec plusieurs ethnies quand une ethnie monopolise le pouvoir, c’est la guerre »il n’y a pas meilleure illustration pour comprendre cette crise.

Le concept de l’ivoirité est selon vous à la base de la crise ivoirienne ?

Absolument. Il est le cœur de la crise ivoirienne et l’épicentre de la division actuelle. Je vous invite à suivre les débats sur les médias et à parcourir les différents forums de discussions sur internet et vous comprendrez la fracture ethnique que ce concept a engendré entre les ivoiriens. On ne cherche plus à comprendre et à juger on défend l’indéfendable pourvu que cela profite à son propre camp ethnique et régional.

ADO est-il divisé avec lui-même dans la situation actuelle ?

Justice et pardon constituait déjà une équation assez compliquée à résoudre. Quand on y ajoute les positions des ultras de son camp, c'est-à-dire, ceux qui ont envient de régler des comptes personnels à l’ancien pouvoir, qui pensent que la réconciliation peut attendre et qui ont déjà anticipé l’arrestation de Gbagbo par la CPI. Ce n’est pas évident.

Les calculs politiciens ont-ils pris le pas dans la résolution de la crise ?

Certains politiques sont déjà dans une dynamique arithmétique : Gbagbo à la CPI pour qu’ils puissent gouverner tranquillement. C’est d’ailleurs cette catégorie qui pousse le président de la république à la radicalisation. Mais à coté heureusement, il y a les modérés. Ceux-là tempèrent la victoire au regard des circonstances de leur arrivée au pouvoir. Ils pensent qu’après avoir gagné, les choses devraient rentrer dans l’ordre institutionnel pour leur permettre de diriger le pays. Ils sont soucieux de l’avenir de leur pays et estiment que tout différent doit se résoudre en interne pour éviter de créer un précédent historique.

Qu’en pense-vous ?

Je pense ma foi que le président gagnerait à tenir une position médiane et conciliatrice. Ce n’est nullement un va-t-en-guerre. Qu’il fasse abstraction de ce que Gbagbo à la CPI, c’est son camp qui en sortira victorieux. Qu’il pense non à maintenant mais à demain et à l’unité de la nation. Car s’il peut être aujourd’hui avec Konan Bédié, celui qui lui a fait le plus de mal possible, c’est qu’il peut se retrouver avec n’importe qui.

Avez-vous l’impression qu’il subi des pressions ?

C’est visible. Sous le seau de la justice, certains manœuvrent pour le pousser à la faute politique majeure. Une faute qu’ils pourraient eux-mêmes exploités demain contre lui et ses partisans. Il ne faut pas oublier que nous sommes en politique. Bien que se soit le RHDP, c’est avant tout le RDR qui a gagné et qui est au pouvoir. Tous les actes posés aujourd’hui dans le pays porte le sceau du RDR donc d’Alassane Ouattara. Certains alliés de ce parti pourraient déclarer demain ne pas se reconnaitre dans certains actes. C’est le cas du découpage électoral.

Les menaces en provenance du Ghana sont-elles une réalité ?

Je ne crois pas. Les opposants installés là-bas comme ailleurs donnent de la voix pour exister, nous sommes dans l’exercice pratique de toute opposition en exile. Et ça, vous ne pourrez rien y changer.

Le président demande le retour des exilés ?

C’est à son avantage que de ne pas avoir d’exilés ivoiriens sous sa gouvernance. Il veut rassembler

Alassane Ouattara réussira t-il sa mission à la tête de la Côte d’ivoire ?

Les compétences il les a, l’envie et la volonté aussi ce qui lui fait défaut se sont les subtilités et petits arrangements propres au milieu de la politique, car ce n’est pas un politique au sens propre du terme mais un économiste. Sur le plan du développement et de la gestion de la chose public, il peut faire un sans faute tant que la paix, je dis bien tant que la stabilité politique et sociale seront en sa faveur.

Les ministres, les directeurs généraux et les ambassadeurs ivoiriens sont désormais notés ?

Ça participe de la bonne gouvernance que de noter ces officiels. Le chef de l’état attend des résultats et ça nous changent un peu de ce qu’on a pu voir ailleurs.

Merci monsieur LALLY ?

C’est moi qui vous remercie

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