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S’achemine-t-on vers une redistribution des cartes dans le Septentrion ? En attendant la proclamation officielle des résultats de la présidentielle du 09 octobre dernier, tous les indicateurs montrent que le seul candidat originaire du Grand Nord a su tirer avantage du désistement des potentiels concurrents dans sa région d’origine.
Paul Biya, Bello Bouba et les autres devront certainement tirer les conséquences du ras-de-marrée opéré par l’Add. L’alliance Rdpc-Undp va-t-elle voler en éclat ?
«Je suis venu vous féliciter et vous encourager. Nous sommes des collaborateurs depuis 14 ans. Le président national, qui nous a chargés de venir vous rencontrer, suit de près ce qui se passe dans l’Undp. Il tient à vous remercier pour cette excellente collaboration grâce à laquelle nous avons pu maintenir la paix au Cameroun. Il reconnaît que la plateforme qui nous lie n’a pas été complètement respectée, et que les choses vont s’améliorer.», Ainsi parlait René Sadi face aux membres du bureau politique de l’Undp, le samedi 03 septembre dernier, au Palais des congrès de Yaoundé. Le secrétaire général du Comité central du Rdpc était venu prêter main forte à Bello Bouba Maïgari qui faisait face à la colère des ses camarades. Ces derniers n’entendaient pas renouveler leur soutien au parti des flammes et à son candidat, après 14 années de mise en œuvre d’une plate forme gouvernementale qui n’aura finalement profité qu’au président de l’Undp et à deux ou trois autres camarades.
Dégâts
De fait, au-delà de la remise en cause d’une collaboration qui réunissait les ingrédients d’un marché de dupes, le bureau politique de l’Undp entrevoyait déjà un mauvais présage pour leur formation politique qui n’aura pas, après avoir profité du boycott des législatives de 1992 par le Social democratic front, su capitaliser ses 68 sièges au parlement pour devenir un véritable contrepoids au régime du Renouveau sur lequel les Camerounais pouvaient s’appuyer pour envisager une alternance politique ou ,tout au moins, animer le débat politique dans notre jeune démocratie.
Après vingt années d’une activité politique centrée sur la préservation d’un héritage que Paul Biya et Bello Bouba Maïgari ont cru devoir défendre, l’Undp a fini par perdre un bastion qui, de toute évidence, n’a pas pu s’accommoder des alliances et autres conciliabules complètement en porte-à-faux avec l’attachement de la grande majorité des populations du Grand Septentrion à la mémoire d’Ahmadou Ahidjo dont on réclame encore en sourdine le retour des restes au pays natal.
« On crée un parti pour gouverner, mais on peut aussi gouverner avec des partenaires», avait fini par lancé l’actuel ministre des Transports pour convaincre ses camarades du bureau politique de s’aligner derrière le président-candidat-Paul Biya. Dans la foulée, l’Andp d’Amadou Moustapha, le Fsnc de Issa Tchiroma Bakary et le Mdr de Dakolé Daïssala, dont les militants se recrutent essentiellement auprès des populations originaires du Grand Nord, ont choisi de ne pas présenter de candidat à l’élection présidentielle du 09 octobre dernier.
Un troisième homme
Sur la ligne de départ, dimanche dernier donc, 23 candidats, dont quelques aventuriers et autres petits malins en quête de financement, ont sollicité les suffrages des Camerounais. Mais pour qui connait la géopolitique du Cameroun essentiellement caractérisée par la régionalisation et la tribalisation du débat, il ne faisait aucun doute, aux yeux des observateurs avertis de notre scène politique, qu’au-delà des performances attendues d’un Paul Biya soutenu par la machine administrative et les moyens financiers de l’Etat, ou celle d’un John Fru Ndi qui plie mais ne rompt pas, Garga Haman Adji allait pouvoir tirer son épingle du jeu dans un contexte où le grand vivier électoral du septentrion a été abandonné à un seul homme.
L’arrivée de Paul Biya à Maroua, avec dans ses bagages quelques promesses de grandes réalisations, n’aura donc servi à rien. Des informations concordantes indiquent bien que L’Alliance pour la démocratie et le développement (Add) mène la barque dans les régions qui constituent le Grand Nord. Au-delà du choix ethnico-tribal, Garga Haman Adji récolte les fruits d’une réputation qu’il a bâtit au fil d’une carrière politico-administrative marquée par sa détermination à assainir la fonction publique camerounaise. Celui qui fut surnommé le chasseur de baleine alors qu’il était ministre de la Fonction Publique avait fait de la lutte contre la corruption et les détournements des fonds publics sa principale raison d’être membre du gouvernement de Paul Biya. Mais, «ses idées souvent en avance, jamais publiquement ni intelligemment combattues, ne sont parfois acceptées qu'avec retard. Ulcéré par les pesanteurs absurdes de l'administration, Garga Haman Adji a cru devoir tirer doublement la sonnette d'alarme, dans le but de secouer cet appareil d'Etat somnolant et statique en remettant au président de la République sa démission du gouvernement le 27 août 1992. C’est inédit! Un départ qui a créé un remous au sein de la classe politique camerounaise.»
C’est donc un candidat pétri d’expérience, renforcé par un capital sympathie qu’il a su entretenir même en étant membre de la Conac que Bello Bouba Maïgari et les autres ont cru devoir sous-estimer au point d’en faire la nouvelle coqueluche du grand Nord. Mal leur en a pris !
Le refus de Garga Haman Adji de s’associer à ce jeu stupide du contentieux électoral montre bien que l’homme connait le système. Selon toute vraisemblance, le président national de l’Add préfère savourer sa «victoire» sur ceux que l’on considère dans l’opinion du septentrion comme des traîtres à la solde de Paul Biya. Reste maintenant au candidat du Rdpc et à tous ces partenaires du Nord de tirer les conséquences de cet échec. Logiquement, on devrait s’acheminer vers une remise en cause totale des termes de la plate-forme conclue le 03 septembre dernier entre le Rdpc et l’Undp, tant il est vrai que pour une démocratie qui se respecte, la montée en puissance de Garga Haman confirme la mort politique de Bello Bouba Maïgari ou l’impopularité des Issa Tchiroma, Amadou Moustapha, et impose une redistribution des cartes dans le septentrion. A ce propos, Garga Haman dispose désormais des coudées franches pour amorcer une négociation plutôt bénéfique, à moins que le président de l’Add ne choisisse de viser plus haut… 2018 n’est pas loin !
Ive TSOPGUE
