Conflit ouvert à Elecam


Organisation du scrutin. A l’occasion de la présidentielle 2011, la crise entre la direction générale et le conseil électorale a resurgi. L'élection a été transparente », a indiqué Samuel Fonkam Azu, le président du conseil électoral d'Elections Cameroon (Elecam), hier, au cours d'un point de presse.
Une déclaration qui tranche avec les griefs formulés par l'opposition, à savoir : encre délébile, scrutateurs chassés des bureaux de vote, observateurs partisans et autres.
Des critiques qui portent atteinte à la crédibilité de cette institution. Mais d'après une source à Elecam, « toutes les irrégularités observées au cours de l'élection sont le fait de dysfonctionnements internes au sein de l'institution ». D'après lui, « une crise existe entre la direction générale et le conseil électoral ».
D'après nos sources, tout serait parti du fichier électoral. A l'époque, alors que le conseil électoral était favorable à une révision du fichier électoral et, par là, à l'établissement de nouvelles listes électorales, Mohaman Sani Tanimou, le directeur général d'Elecam, s’y serait fermement opposé. Le directeur général aurait simplement demandé une juxtaposition des nouvelles inscriptions sur les anciennes listes du Minatd. « Ce qui a été fait et constitue la principale cause des doublons sur les listes électorales », souligne un membre d'Elecam. Cette position du directeur général était défendue au sein du conseil électoral par de nombreux membres.
Fichier électoral
«Le fichier électoral n'a pas été toiletté », accuse l'opposition. Pourtant, c’était le cœur des préoccupations des adversaires de Paul Biya. Eloundou, scrutateur du Mouvement patriotique de Jean Jacques Ekindi au lycée de Tsinga, indique « de nombreuses personnes étaient détentrices de cartes multiples ». Pour Alice Tadio de l’Alliance des forces politiques (Afp) : « Ce ne sont pas des doublons d’erreurs. Quand c’est le quartier qui change, ce n’est plus une erreur. Ce sont des doublons délibérés ». Il ajoute: « Le fichier d’Elecam est pire que celui du ministère de l’Administration territoriale. Il n’a pas été audité ».
Ces allégations de l’opposition sont banalisées par Elecam. Joint au téléphone, le directeur général adjoint d’Elecam, Eric Essoussè, souligne que « ce sont des allégations qui ne peuvent pas porter atteinte à la crédibilité du scrutin ». Face aux critiques du fichier électoral qui n’aurait pas été nettoyé, il affirme que « le fichier du Minatd a été toiletté. Il avait des imperfections que nous avons corrigées». « Faux !», rétorque un membre du conseil électoral, sous anonymat, qui ajoute: « Le travail du Minatd n’était pas bon. On n’a pas eu le temps d’enlever tout ça ».
Par ailleurs, notre source ajoute que « les responsables d'Elecam présents dans les bureaux de vote dimanche dernier étaient sous l'autorité directe de Mohaman Sani Tanimou ». Ce qui n'a pas été du goût des agents et membres du conseil électoral qui demandaient à avoir accès à toutes les informations dans les bureaux de vote. Les responsables d'Elecam, présents dans les bureaux de vote indiquaient qu'ils « n'avaient de compte à rendre qu'à la direction générale », qui s'occupe du recrutement.
Les différends entre Mohaman Sani Tanimou et Fonkam Azu s'étaient déjà étalés sur la place publique quelques jours avant l'élection. En visite à la Sopecam et à l'imprimerie nationale, pour évaluer le déroulement de l'impression du matériel électoral, le directeur général d'Elecam, avait fait observer qu'Elecam n'avait pas assez de moyens. Le lendemain, il était repris par Samuel Fonkam Azu, qui relevait plus tôt que « l'élection se prépare bien ». Trois jours plus tard, l'argent était viré dans les comptes d'Elecam.
Lettre au Pm
Mais, cette situation ne surprend pas un autre responsable d'Elecam qui précise que « L’article 22 alinéa 2 et 3, donne les pleins pouvoirs au directeur général des élections qui, au regard de la loi, organise l’ensemble du processus pré électoral, électoral et post électoral ». Cet état de choses a fait dire au Sdf qu'Elecam a été délesté de sa mission régalienne au profit du directeur général des élections qui, à en croire le leader de l’opposition camerounaise, sera à la solde de l’Exécutif.
Il y'a un an, les membres du Conseil électoral d’Elecam se plaignaient de la direction générale de l’organisme. Une correspondance, signée de dix des douze membres du conseil électoral avait été adressée au Premier ministre, chef du gouvernement. Fonkam Azu et ses collègues s'insurgeaient contre le fait que : «Depuis la nomination des principaux responsables d’Elecam il y a bientôt quinze mois, les attitudes affichées et les actes posés par le directeur général des élections démontrent qu’il ne partage pas la vision unitaire de l’organisme et n’est pas disposé à se soumettre au contrôle et à la supervision du conseil électoral.»
Boris Bertolt