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Georges Fountong incarcéré à la prison principale de Yabassi depuis bientôt deux ans n’a toujours pas comparu devant un tribunal. Son dossier est retenu à la cour d’appel du Littoral.Chaque fois qu’il échange avec d’autres détenus, il se montre serein. Mais le sourire permanent qu’arbore Georges Fountong dissimule un chagrin. Incarcéré à la prison principale de Yabassi depuis le 18 novembre 2009 pour "faux en écriture privée", Georges n’a jamais comparu devant une juridiction de jugement après plus de vingt et un mois de détention provisoire. Pourtant, dans son article 221, le code de procédure pénale stipule que la durée de la détention provisoire ne peut excéder six mois. Toutefois, elle peut être prorogée par ordonnance motivée au plus pour douze mois en cas de crime et six mois en cas de délit.
Les autorités embarrassées
La situation dans laquelle se trouve ce jeune détenu de 22 ans provoque stupeur et indignation. Elle embarrasse même les autorités judiciaires de la localité. "Nous avons récemment reçu le substitut du procureur de la République près les tribunaux de Yabassi qui s’est montré préoccupé du cas de ce détenu. Nous lui avons dit que nous attendons tous que son dossier qui se trouve actuellement à la cour d’appel du Littoral arrive à Yabassi pour qu’il soit jugé", explique Romuald Ngalani, régisseur de la prison principale de Yabassi.
En attendant, l’administration de la prison a fait de Georges le nouveau "chef de camp". Depuis lors, il gère les problèmes entre détenus adultes et transmet leurs doléances auprès de l’administration. Mais, sa nouvelle fonction a peu d’effet sur le moral de ce détenu. Les membres de sa famille tout comme certains codétenus s'apitoient sur son sort. "J’étais poursuivi en même temps que le Directeur de la coopérative pour la même affaire. Mais je ne comprends pas comment il a pu s’échapper", s’interroge-t-il.
Avocat au barreau du Cameroun, Maitre Antoine Pangue a la réponse. "Dans le cadre de l’information judiciaire, quand le juge d’instruction rend une ordonnance de non lieu à l’encontre d’un ou de tous les coaccusés, le Procureur de la République ou le plaignant peut attaquer cette décision du juge d’instruction devant la chambre de contrôle et de l’instruction de la cour d’appel", explique-t-il. Il ajoute par ailleurs que si le non lieu concerne un seul des accusés, comme ce fut le cas dans cette affaire, "cet appel peut retarder l’issue de la procédure des co-accusés. La chambre pourra renvoyer le dossier devant une juridiction de jugement". Ne disposant pas de moyens pour s'attacher les services d'un avocat qui aurait pu favoriser le transfert de son dossier de la cour d'appel du Littoral à Douala au tribunal de Yabassi, Georges attend toujours d'être jugé depuis bientôt deux ans. En attendant la justice des hommes, il se remet au quotidien à la justice divine.
