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Ayant décidé de sortir de son repli, le ministre de la Communication a tout d’abord tenu à signifier aux journalistes qu’il n’était nullement question pour le gouvernement de vouloir « caporaliser la presse ». Arguant qu’il s’agit d’une démarche de concertation professionnelle mettant en évidence « les actions nécessaires ou proscrites pour une couverture du scrutin conforme aux normes professionnelles et aux exigences déontologiques ».
Pour aborder l’affaire Wikileaks, la Mincom est pratiquement belliqueux quand il dit qu’il y a des personnes qui se réclament Camerounais mais qui n’ont pour seul programme politique « l’incitation à la violence par une désinformation ». Invitant la presse à « un ressaisissement professionnel ». Pour lui, les câbles de Wikileaks sont à jeter à la poubelle parce que datant d’une période lointaine. Même si la majorité des Camerounais pensent que les confidences des personnalités concernées sont on ne peut plus dangereux pour une nation jalouse de son unité nationale et fière de sa diversité ethnique et politique, le seul souci pour Issa Tchiroma c’est de faire croire à l’opinion que ces révélations de Wikileaks sont d’origine douteuses. Seule compte pour lui, la protection des personnes qui sont mises en exergue.
Leçons
Si accroché, le conférencier a exhorté, le ton menaçant, les journalistes d’éviter l’instrumentalisation pour ne pas saper l’unité nationale. Une leçon que les journalistes n’ont vraiment pas gobée. Pour le moins, il évoqué tour à tour les questions de la responsabilité du journaliste en période électorale, son implication directe dans la campagne électorale, du temps d’antenne réglementaire et les émissions de traitement normal de l’information pendant cette période électorale. Rappelant aux journalistes l’interdiction de la publication et de la diffusion des tendances ou des résultats de l’élection. « Le journaliste est tenu de traiter l’information avec objectivité et responsabilité », a martelé Tchiroma, tout en demandant aux uns et aux autres d’éviter le sensationnel. « Beaucoup sont jaloux de la stabilité de notre paix. Nous devons rester vigilants, fermes et prompts à rejeter tout ce qui peut nous diviser », a-t-il confessé. Faisant passer le message selon lequel ceux qui ne seront pas dans la loi, « seront frappés ».
Concernant le financement de la presse dite privée pour cette échéance politique, le ministre de la Communication a rassuré qu’elle aura le droit à travers des régies de publicité, de vendre des espaces de promotion pour les candidats à la présidentielle. Cette presse qu’il taxe de commerçante alors qu’elle rend un service public et dont on ne cesse de dire qu’elle est le principal ressort de la pensée collective. « Lors des deux dernières élections présidentielles, la presse a été financée. Pourquoi ce sera le contraire avec vous ?», lancent en cœur les directeurs de publications présents à qui Tchiroma a dit vouloir rencontrer secteur par secteur. On ne peut pas omettre de mentionner cette rancœur que nourrit le Mincom vis-à-vis de la presse écrite. A peine, il en fait cas. Il est obligé de quitter la salle, s’excusant du fait qu’il est urgemment attendu à la présidence de la République. Les journalistes ont quitté les lieux chacun avec en main ce que le ministre de la Communication appelle « le guide du journaliste et des autres opérateurs du secteur de la communication sociale ».
Jean-Pierre Bitongo
