Affaire Albatros : L’accusé Otele dénonce le complot


Il accuse Mebe Ngo’o, Marafa Hamidou et Yves Mchel Fotso d’avoir dévoyé l’enquête au cours d’une réunion sécrète. L’accusé Otele Essomba a fait sensation hier, lundi 19 septembre 2011, devant le Tgi du Mfoundi, au cours d’une audience initialement consacrée à la présentation par la défense des exceptions de nullité des poursuites dans le cadre du 2ème volet de l’Ordonnance disjointe en débats devant le tribunal.
Au cours d’une déclaration faite dans le cadre de sa demande de libération, Otele Essomba a fait prospérer la thèse d’un complot ourdi contre lui et sa société Apm par le Dgsn de l’époque, Edgard Alain Mebe Ngo’o, Marafa Amidou Yaya et Yves Michel Fotso.
«Les trois personnalités, révèle Otele, s’étaient en effet réunies secrètement en 2008 au quartier du lac à Yaoundé pour décider de l’orientation à donner à l’enquête relative à l’acquisition de l’avion présidentiel. L’enquête avait été ordonnée par le chef de l’Etat et confiée au Dgsn, Mebe Ngo’o par les soins du garde des Sceaux Amadou Ali. Très embarrassé par la mission à lui confiée en raison de sa forte implication dans cette affaire, explique Otele, Mebe Ngo’o se retrouvera devant un choix : soit la Pj devait se dessaisir du dossier parce que le patron de la police était cité comme suspect dans l’acquisition de l’avion présidentiel, soit il devait s’arranger avec ses collaborateurs pour dévoyer l’enquête. C’est pour cette deuxième alternative qu’optera Mebe Ngo’o», a révélé Otélé Essomba devant les magistrats médusés.
«C’est aussi dans cette perspective que, indiquera l’accusé, qu’une réunion sécrète sera organisée au domicile de Marafa, au début de Melen, au quartier du lac. Prenaient part à cette réunion, outre Marafa lui-même, le Dgsn de l’époque, Edgar Mebe Ngo’o, en charge de l’enquête et Yves Michel Fotso».
A l’époque, cette rencontre avait été abondamment relayée par notre confrère, le journal La Nouvelle. Et l’accusé de poursuivre : «Je puis aujourd’hui en témoigner sur la base des confidences de Yves Michel Fotso qui m’a confirmé le 27 juillet 2011 à Kondengui que cette rencontre a bel et bien eu lieu entre les trois personnalités pour convenir d’une version à donner à l’enquête. C’est à la suite de cette réunion, précise t-il , que Marafa sera entendue le 15 juillet 2008 au cours de l’enquête préliminaire. Il sera laudateur, à dessein, à l’égard de Yves Michel Fotso qu’il qualifiera de grand manager ayant voulu sauver la Camair ; il a mis ses fonds en jeu pour l’acquisition de l’avion présidentiel, mais son successeur a résilié le contrat avec Boeing pour le confier à Apm». Et Otele de conclure : «Marafa fait partie des personnes ayant participé au détournement de l’argent pour l’acquisition de l’avion présidentiel, tel que le signifie l’ordonnance du juge d’instruction. Je l’ai cité comme témoin et, lance-t-il au tribunal, vous avez décidé de ne pas l’entendre. J’ai des documents et je peux vous donner les détails qui confirment que Marafa a menti, et a menti encore, de la première à la dernière ligne à l’enquête préliminaire».
Mensonge
Plus grave, révèle Otele, «l’on a menti au président de la République dans cette affaire, alors qu’il avait déjà marqué son accord pour Jet Aviation. Le 19 octobre 2001, rappelle-t-il, la fiche établie par le général Benae Mpecke sur l’acquisition du BBj-2 et adressée au colonel Mitlassou, au Dg de la Camair et au Sgpr de l’époque, Marafa, n’avait rien de sérieux. C’était un montage.» D’autant plus qu’à cette date, «le BBJ-2 ne pouvait plus être livré au Cameroun, parce que 16 millions de dollars de l’argent envoyé à Gia étaient déjà revenus à la Cbc et partagés. Et pour faire croire au président de la République que l’acquisition de l’avion était encore possible, ils vont utiliser l’accord avec Gia en faisant un virement de 500 000 dollars à Singapour par des procédures de blanchiment d’argent».
Pour l’accusé, tout ce maquillage destiné à tromper le chef de l’Etat et d’autres faits ont été découverts par Apm : Gia n’était qu’une entreprise servant de paravent à d’autres entreprises que sont Rothwell, Beth limited… Il fallait donc, poursuit-il, museler Apm par tous les moyens parce que cette entreprise savait tout ce qui se passait à la Camair. «D’où ce complot ourdi contre moi et qu’on demande à la justice d’entériner. Apm a dénoncé tout ce qui se passait avec Gia. Kevin Walls a estimé cela scandaleux et déclaré n’avoir jamais vu des malversations de cette ampleur en matière d’aéronautique depuis qu’il exerce dans ce secteur».
«Cela fait 03 ans et 14 jours, relève-t-il, que je suis à Kondengui, qu’on a volé à ma femme et à mes enfants la vie familiale que nous menions paisiblement. Je me suis demandé si c’est parce que je suis Béti que je subis une telle injustice».
S’adressant aux juges et citant Montesquieu, il déclare : «Le juge est la bouche qui dit les paroles de loi», par conséquent, «je suis convaincu que vous direz les paroles de loi pour me libérer».
Expliquant au tribunal la raison de la présence de son client à Kondengui, Me Ngwe Bell révèle : «j’ai voulu savoir pourquoi tu es là, j’ai discuté avec le juge d’instruction, d’autres juges et des avocats. Ton problème c’est que tu t’es retrouvé là où il ne fallait pas être et au moment où il ne fallait pas. C’est trop pour lui, M. le président. Il a le droit d’avoir des amis à la présidence, de connaître le Pm et de faire des affaires. J’implore votre compréhension, plaide-t-il, pour renvoyer Otele chez lui», a conclu l’avocat.
Les réquisitions du ministère public sur cette demande de libération sont attendues le 29 septembre 2011.
Evariste Menounga