“Camair-Co va gagner de l’argent d’ici deux ans”



Le directeur général de la compagnie nationale de transport aérien explique les récentes annulations de vols.
318 passagers de Camair-Co ont été cloués au sol la semaine dernière à Douala, Yaoundé et Paris. Qu’est-ce qui explique cette annulation des vols ?
Une panne est survenue sur le Dja, notre Boeing 767, qui effectue les vols longs courriers entre Douala et Paris.
Lundi soir, l’avion est arrivé à l’aéroport de Douala en présentant un léger problème technique. Nous avons contacté Lufthansa, notre partenaire technique basé en Allemagne, et Boeing, le constructeur de l’avion. Les garanties nous ont été données que l’aéronef pouvait voler. L’appareil a donc effectué un aller et retour entre Douala et Paris. Mais quelques minutes avant l’atterrissage à Douala, mardi soir, il nous a été signalé que les ailerons de l’avion ne réagissaient pas. La pièce qui actionne le mécanisme des ailerons semblait défectueuse.
Le centre technique de maintenance de Camair-Co a mis des ingénieurs à disposition pour que dès l’atterrissage de l’avion, ceux-ci se penchent sur la panne pour la réparer au plus vite. Nous sommes restés dans l’espoir que ces dépannages pouvaient être faits avant 21h 15mn, l’heure du prochain vol de l’avion. Cela n’a pas été le cas. Mais les ingénieurs restaient optimistes, convaincus que d’ici minuit, ils auraient dépanné l’aéronef. C’est pourquoi, nous n’avons pas voulu inquiéter les passagers que nous avons enregistrés pour le vol du soir. Nous attendions le ok des ingénieurs pour commencer l’embarquement. Malheureusement, ils ont découvert qu’une pièce était complètement défectueuse. Il fallait la changer. Mais nous ne disposions pas d’une autre. Nous avons alors pris la décision d’annuler le vol. Il y avait 78 personnes à Douala. 144 autres attendaient à Yaoundé. Il y avait déjà 96 passagers à Paris pour le vol du mercredi. Soit 318 au total.
Comment avez-vous géré la situation après l’annulation des vols ?
Dans l’urgence, nous avons logé les passagers dans nos hôtels partenaires où ils étaient pris en charge entièrement : petit-déjeuner, déjeuner et dîner. Aussi, avons-nous assuré leur encadrement psychologique. Nous comprenons qu’ils soient courroucés à cause des désagréments subis. Un homme voyageait pour des soins hospitaliers. Une fille allait passer un examen pour son admission à l’université, un troisième passager devait renouveler sa carte de séjour. Il fallait au plus vite résoudre le problème. Mais la pièce à changer était introuvable sur le marché, jusqu’au lendemain. Depuis lundi, nous avions anticipé en nous mettant sur la piste de la location d’un avion. Mais la réalité en Afrique c’est que les compagnies manquent de crédibilité. En plus, le passé de la défunte Camair nous précède. L’avionneur que nous avions trouvé en Angleterre exigeait que nous fassions le payement avant qu’il ne libère son aéronef. Mais l’opération était impossible car les banques étaient fermées lundi et mardi pour cause du férié du Ramadan. L’ordre de virement n’a été effectué que mercredi. Il fallait ensuite attendre 48h. Il faut dire que nous avons tout essayé pour faire voyager nos passagers par d’autres compagnies. Mais c’est la haute saison et tout le monde est saturé. Air France nous a accordé dix places sur sa liste d’attente. En vain, car aucune place ne s’est libérée.
Les vols ont-ils finalement repris ?
Le virement bancaire pour la location d’un Boeing 757 a été effectué le vendredi. L’avion est arrivé à Douala ce même jour vers 23 heures. En même temps, le Dja a pu être réparé. Lendemain samedi, nous avons donc effectué deux vols à destination de Paris. L’avion loué a été rendu. Hier dimanche, le Dja a décollé de Paris avec les derniers passagers en attente. Les vols Camair-Co reprennent normalement dès ce lundi.
Depuis son lancement le 28 mars 2011, Camair-Co multiplie les problèmes. Qu’est ce qui ne va au sein de cette Compagnie ?
Sans vouloir blâmer l’Afrique, je voudrais relever que dans certaines parties de la planète, plus que dans d’autres, il est plus difficile pour les compagnies aérienne d’opérer. Par ailleurs, chaque nouvelle organisation connaît des défis, des difficultés et des pesanteurs. Le plus important c’est de les surmonter. J’insiste pour dire que les annulations, les perturbations et les interruptions de vols ne sont pas liées aux problèmes internes à l’entreprise. Il n’y a aucun problème avec le staff.
Il y a quand même eu des brouilles entre votre adjoint camerounais et vous. Qu’est ce qui s’est passé ?
Je ne sais pas comment cette histoire a été racontée. Je travaille en collaboration avec M. Mbozo’o qui est mon adjoint. Mais je dois dire que tout problème entre le Dg et le Dga doit rester et doit être résolu en interne, et non dans la presse. De toutes les façons, il n’y a rien de grave qui puisse mettre en péril les opérations de la compagnie.
Camair-Co fait-il toujours des vols de dix passagers sur Paris ?
Non. Si on prend le cas des vols domestiques, avec le 737, nous avions dix à vingt passagers au départ. Maintenant, presque tous les vols sont pleins, avec 120 passagers. Les passagers apprécient les progrès et les améliorations. Le nombre de passagers est réellement en nette croissance. Je souhaite que les gens comprennent que ce qui se passe, ce sont des incidents et non des choses qui vont durer. Au début, les Camerounais voulaient observer encore, mais avec le temps, ils ont compris que ça marche. C’est pour ça que nous avons un nombre important de passagers. Au début, c’était très décevant pour moi. Durant les premières années, les compagnies aériennes perdent de l’argent. Mais Camair-Co va pouvoir gagner de l’argent d’ici deux ans.
Cet objectif n’est-il pas déjà contrarié, eu égard aux problèmes actuelles de la compagnie ?
Tous les problèmes sont de nature à causer des pertes. Et comme vous l’avez si bien dit, ces problèmes interviennent en haute saison, un moment où nous avons 200 passagers. Si ces annulations avaient lieu en basse saison, ce serait moins grave. C’est pourquoi nous regrettons tous ces incidents. Notre problème n’est pas le nombre de passagers. Notre problème c’est plus le désagrément que cela leur a causé, parce que lorsque les gens viennent chez vous, c’est qu’ils ont envie de voyager. Mais avec les compagnies aériennes, les annulations de vols sont inévitables.
Propos recueillis par
Assongmo Necdem