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Mgr Dieudonné Watio :« Les hommes politiques ont besoin d’être orientés vers le bien »

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Mgr-Watio En séjour à Bafoussam vendredi dernier où il a rencontré, en compagnie de son collègue Elie Mbonda, le personnel des démembrements d’Elections Cameroun (Elecam) à l’Ouest, le nouveau membre du conseil électoral a usé de proverbes pour inviter les Camerounais à tourner le dos à la guerre et à la révolution,
et à travailler pour la construction du Cameroun et la préservation de la paix. Par ailleurs, il a fait une mise au point sur la nécessité de la présence des hommes d’église au sein d’une structure comme Elecam.

Une semaine après votre prestation de serment comme membre du Conseil électoral d’Elecam, vous êtes à Bafoussam pour rencontrer le personnel des différents démembrements, à savoir les chefs d’agences et les chefs d’antennes. Pouvez-vous nous dire ce que vous avez ressenti avec ce premier contact sur le terrain ?

Ça a été un contact très fraternel et on a travaillé dans un climat de fraternité, une ambiance sereine, et j’ai été heureux d’entendre, d’écouter parler du travail qui a été accompli jusqu’ici parce que je prends le train en marche. Il était important que je me laisse imprégner de ce qui a été fait. Je vais certes apporter ma contribution mais avant, il était normal que je me mette à l’école de ceux qui étaient là avant moi. Je suis conscient qu’on attend de nous beaucoup de choses et nous sommes disposés à faire notre travail en toute conscience, en toute impartialité et en toute vérité.

Vous dites que vous allez apporter votre contribution. Comment allez-vous procéder concrètement ?

Vous savez d’abord que la mission de l’église c’est de travailler à faire venir la paix dans les cœurs, les familles, la société et la cité. Je crois que le rôle d’un pasteur consiste à faire en sorte que cette paix règne, que les uns et les autres acceptent d’en devenir des ambassadeurs, des artisans. Nous savons que sans la paix, rien de solide ne peut se construire. Nous aurons tout le temps à marteler là-dessus. Lorsque nous célébrons l’eucharistie, on entend plusieurs fois le mot paix à l’ouverture et à la clôture. Le Christ savait très bien que l’homme, pour être lui-même, doit être en paix avec lui-même, ses voisins et avec Dieu. Notre mission, c’est un peu cela et prêcher à temps et à contretemps cette nécessité qui incombe d’évoluer dans la vérité parce que seule la vérité libère. Le mensonge, comme nous le savons, ça détruit. Celui qui est dans le mensonge est du côté des ténèbres. Celui qui veut vraiment faire quelque chose de positif et de constructif, il accepte, quoique cela lui coûte, d’évoluer dans la vérité.

Vous avez fait allusion à la vigilance en demandant aux membres d’Elecam Ouest d’être vigilants. A quoi pensez-vous exactement ?

Je pense tout simplement à ces pêcheurs en eau trouble qu’on rencontre un peu partout dans tous les pays et dans toutes les sociétés. Il y a aussi des esprits naïfs qui se laissent facilement convaincre. Il est important en une période comme celle-ci qu’on soit vigilants. Qu’on n’avale pas tout, qu’on ne prenne pas toute parole comme parole d’évangile. Il faut avoir l’esprit critique, je ne dis pas l’esprit de critique. Il faut pouvoir faire la part des choses. Quand quelqu’un nous dit quelque chose, on prends le temps de l’examiner et c’est pourquoi j’insiste aussi sur le dialogue. Pas un monologue qui ne dit pas son nom. Un dialogue, même s’il est heurté, apporte beaucoup de fruits. Je disais aussi que le vrai dialogue demande que chacun envisage de soumettre ses opinions sur les autres à une cure d’amaigrissement. Le plus grand sage du reste, Socrate, disait «je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ». Par là, il a dit beaucoup de choses.

Une dernière chose que je voudrais dire, c’est qu’il faut que nos concitoyens évitent d’être naïfs. Je crois qu’ils devront faire usage des trois filtres de Socrate. Un jour quand il avait entendu dire du mal de son ami, il avait posé la question à celui qui lui contait cette histoire : "est-ce que vous avez passé cette information à travers les trois filtres, le filtre de la vérité, le filtre de la bonté et le filtre de l’utilité ?". Avant de prendre pour soi et de diffuser une information, il faut avoir pris au préalable le temps de passer cette information à travers les trois filtres… On veut seulement que les gens disent la vérité, une vérité qui construit parce que le mensonge ne construit pas.

Vous avez utilisé des images au cours de votre communication. En disant par exemple que celui qui n’a pas été en prison ne sait pas ce que c’est que la liberté, celui qui n’a pas été à l’hôpital ne sait pas ce que c’est que la maladie. Qu’est-ce que cela veut dire exactement ?

Je le dis tout simplement parce qu’il y a des gens qui n’ont jamais souffert et qui laissent croire aux autres que la souffrance n’est rien... Il y a des gens qui n’ont jamais été privés de leur liberté et qui ne comprennent pas ce que cela signifie. Il est important que les gens sachent que nous avons besoin de paix. Et cette paix, nous ne pouvons en réaliser l’importance que si jamais nous ne l’avions plus. Ceux qui ont vécu les troubles politiques, le maquis comme on disait, quand on parle aujourd’hui de troubles, ils savent ce que ça veut dire. Mais les tout jeunes ne comprennent rien à cela. Je le dis parce qu’il y a des gens qui disent qu’il va y avoir ceci, il va y avoir cela. Non ! Il ne faut pas céder à ce genre de chose. Il faut rester courageux et garder la tête froide, chercher à construire.

On peut détruire cette maison (l’immeuble siège d’Elecam Ouest, Ndlr) en quelques minutes mais pour la reconstruire il faudra des années. Ce que nous souhaitons, c’est que nos frères et sœurs Camerounais comprennent que nous voulons bâtir une nation où chaque citoyen et citoyenne se sente en paix, en harmonie avec les valeurs morales que l’église aussi a pour mission de prêcher. C’est aussi mon rôle à Elecam, de prêcher et valoriser ces valeurs morales qui sont parfois en perte de vitesse. Quand des gens disent que ceux qu’on a envoyés là sont comme des agneaux au milieu des loups, mais si on considère que tout homme est fils de Dieu et a besoin d’être sauvé, et Jésus lui-même dit « je suis venu pour sauver tous les hommes et n’en perdre aucun », il est tout à fait normal de comprendre qu’un évêque soit dans une structure comme celle-là, qu’un pasteur y soit, parce que c’est aussi une mission d’évangélisation pour lui.

Les hommes politiques ont besoin d’avoir leur conscience éclairée. Ils ont besoin d’être orientés ou réorientés vers le bien parce que la politique bien menée devient quelque chose au service du peuple. Ce qu’on évite, c’est la politique politicienne, celle qui consiste à tirer sur les autres à boulets rouges, à combattre au lieu de débattre. Voilà ce que nous allons essayer de faire par notre présence et apporter notre contribution, être surtout là comme des apôtres de paix qui invitent les uns et les autres à vivre et à travailler à l’avènement et au maintien de cette paix.

 

Mise à jour le Lundi, 01 Août 2011 10:53
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