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Le procès de la gestion des fonds alloués pour la lutte contre le sida, le paludisme et la tuberculose s’ouvre ce jour à Yaoundé. D’après un communiqué de presse parvenu à notre rédaction de JusticeCameroun.com le 15 février 2010, l’ex ministre de la Santé publique M. Urbain Olanguena Awono et cinq de ses co-accusés, en détention préventive depuis plus d’un an aujourd’hui dans le cadre de l’opération épervier, seront à la barre ce jour.
Ce sera au Tribunal de Grande Instance de Yaoundé pour une première audience publique du procès « Ministère Public et Etat du Cameroun contre Olanguena Awono Urbain et autres.» Les autres accusés qui ne sont en réalité que ses ex collaborateurs sont :
- Fezeu Maurice, Ex-Secrétaire permanent du Comité National de lutte contre le Sida.
- Okala Bodo Raphaël Thérèse, ex-Secrétaire permanent du Comité National de
lutte contre le Paludisme.
- Wang Hubert, ex-Secrétaire permanent du Comité National contre la Tuberculose.
- Chia Banfegha Rose, épouse Fon Chingong, ex-Coordonatrice provinciale de lutte contre le Sida dans le Sud-ouest,
- Onana Belibi Timothée, ancien Comptable matières au cabinet du ministre de la
Santé publique.
- Et le nommé Soué Mbela Yves, actuellement en fuite.
Le juge d’instruction pense avoir suffisamment réuni toutes les preuves pour les inculper.
Sept autres personnes poursuivies dans le cadre de la même affaire avaient été simplement remises en liberté et exemptes de toutes poursuites judiciaires faute de preuves suffisantes. Il s’agit de : 8. Nyamsi Jean Séraphin, Nga Efouba Gertrude, épouse Njikam Daouda, Abega Meliga Alphonse, Kombolo Ngono, Mouangue Antoine, Tjeck Moïse et un certain Sadou.
La réalité
Lors d’une rencontre avec la presse, le ministre de la Santé Publique M. André Mama Fouda avait révélé que presque 50% des consultations et hospitalisation dans nos formations sanitaires, sont liées au paludisme, et que ce sont les enfants qui en souffrent énormément. «40% des décès dans nos hôpitaux sont liés à cette maladie qu’on peut soigner », déclare le ministre, soutenant que le gouvernement a fait un ensemble d’efforts, notamment dans « la distribution des moustiquaires imprégnées à longue durée, le démarrage des aspersion inter-domiciliaires et la maîtrise des coûts des produits ».
En ce qui concerne la tuberculose, le Minsanté s’était réjouit que le Cameroun n’atteigne pas le 35 000 cas attendus. « En 2008, nous en avons un peu plus de 25 000 cas de Tuberculose. Aujourd’hui, le taux de guérison est là. Sur les 25 000 cas, à peu près 78% ont été guéris », renseigne André Mama Fouda, tout en regrettant la situation des malades qui commencent le traitement puis disparaissent après. Aussi révèle-t-il qu’environ 40% de personnes souffrent de tuberculose, « sont également infectées par le Vih-Sida ».
Ouvrant le dossier du sida, André Mama Fouda dévoilait qu’en ce moment, « près de 550 000 Camerounais sont séropositifs », soulignant qu’environ 165 000 devraient déjà être sous traitement. « Nous avons encore malheureusement des Camerounais qui, lorsqu’ils commencent à faire la maladie, vont plutôt ailleurs ou cherchent d’autres explications, alors qu’ils devraient procéder à un test », regrette le Minsanté. On pouvait pourtant faire mieux si l’argent détourné avait servi à financer la lutte contre ces grandes maladies.
Contre-vérités
Concernant d’ailleurs la gestion des fonds alloués à la lutte contre ces trois maladies, le paludisme, le sida et la tuberculose, pour laquelle son prédécesseur Urbain Olanguena Awono et plusieurs de ses collaborateurs sont en détention à la prison centrale de Yaoundé, Mama Fouda est prudent : « j’ai mis en place des équipes. On essaie de mettre un dispositif de contrôle interne qui devrait permettre à ce que chacun fasse correctement son travail et qu’on puisse gérer au mieux les moyens mis à notre disposition ».
Pour ce qui est des relations avec le Fonds mondial qui finance la lutte contre ces maladies, le ministre de la Santé publique reconnaît que « le Cameroun a connu des fortunes diverses ». Il s’explique : « depuis que le fonds mondial a été créé en 2002, le Cameroun a présenté 20 requêtes. Sur les 20, nous avons reçu des accords favorables sur 8. On a voulu mousser sur l’échec de la requête relative au sida en 2009, comme si c’était un premier échec. En 2009, nous avons eu deux accords sur trois pour un montant de 84 milliards de fcfa. Ce montant dépasse tout ce qu’on avait eu depuis ».
Bon à savoir, l’ambassadeur itinérant Albert Roger Milla, se trouve à Paris en France depuis le 12 février dernier pour lever des fonds aux côtés de tous les partenaires de la campagne de lutte contre le paludisme. Ainsi a-t-il souhaité que les nouveaux médicaments actuellement sur le marché soient vendus aux Africains au plus bas prix s’ils ne peuvent pas leur être distribués gratuitement. « Si les pays riches mettent autant d’argent pour le sida, ils peuvent aussi le faire pour le paludisme », a plaidé Albert Roger Milla.
Pour revenir au procès qui s’ouvre en principe ce jour, c’est donc le procès de la gestion des fonds alloués pour lutter contre trois redoutables tueurs qui va s’ouvrir. Dans un contexte particulier marqué par les ravages que continuent de causer au quotidien ces trois fléaux. Me Claude Assamba, l’un des avocats qui va assurer la défense de l’ex Minsanté pense que « les arguments utilisés par le juge d’instruction dans cette affaire sont spécieux et ne peuvent résister à la vérité des faits telle qu’exposée par mon client. Au regard des motifs qui sous-tendent cette ordonnance de non lieu partiel et de renvoi, l’on est légitimement en droit de se demander aujourd’hui qu’est ce qu’un détournement de deniers publics. Car le distinguo n’est plus fait entre l’irrégularité de pure forme consistant en une omission, la faute purement administrative imputable à un collaborateur, la faute de gestion et la faute pénale qui a pour moteur la volonté délibérée, l’intention de commettre l’acte infractionnel, c'est-à-dire l’interdit. Le détournement est devenu un véritable serpent de mer, une espèce de fourre-tout.
Nous irons au Tribunal sûrs de notre vérité en formulant le vœu que justice soit enfin rendue face à des affabulations. » Il y aura match.
