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Plusieurs élèves épileptiques sont ainsi pénalisés pendant l'année scolaire et surtout lors des examens à cause des crises répétées. Convulsives ou non, ces crises constituent pour l’épileptique un véritable handicap dans sa vie scolaire dans la mesure où elles favorisent l’absentéisme et phagocytent l'apprentissage "Quand l’élève épileptique fait des crises, il est obligé de bien se reposer pour reprendre les forces. Ce qui l’empêche le plus souvent d’être à la page comme les autres élèves et cela ralenti son apprentissage", confirme le Dr Noël Djouakep, neurologue au centre pédiatrique et neurologique du Chatelet de Bonabéri. Maladie neurologique chronique, l’épilepsie se caractérise par la répétition des crises liées à une décharge anormale d’un groupe ou de l’ensemble des cellules nerveuses.
Des facultés intellectuelles affaiblies
Les épileptiques sont condamnés à avaler tous les jours des comprimés en fonction du degré de la maladie. Ces médicaments sont généralement accompagnés d'effets secondaires qui sont à l’origine des troubles de vigilance chez le patient. Ainsi, les élèves épileptiques perdent leur faculté de concentration ou d’attention qui sont pourtant des facteurs très importants pour l'assimilation des leçons. "Quand approche les examens, j'étudie beaucoup plus et avec ce stress, mes crises deviennent alors fréquentes", témoigne Christophe, épileptique depuis près de 6 ans et qui est resté trois ans en classe de première. "A la suite de ces crises, si j'avale mes comprimés, alors je perds la concentration. D’ailleurs, c’était le cas lors du probatoire", ajoute-t-il, non sans exprimer sa tentation de laisser tomber les études.
Hormis ces facteurs, des difficultés relationnelles dues à l’incompréhension de la maladie voire le rejet de l’entourage contribuent au retard scolaire des épileptiques. Ils peuvent tout aussi bien poursuivre les études, mais ont besoin de plus de temps pour y parvenir. "Je mets généralement trop de temps pour retenir une leçon, et pour y parvenir, il faut l'avoir lu une vingtaine de fois environ" confie William M., un patient du centre de santé mentale Benoît de Menni. A l'en croire, tout disparaît de sa tête après une crise, l'obligeant à tout reprendre à zéro. Des propos approuvés par plusieurs autres élèves épileptiques qui fréquentent ce centre. "Il est donc important pour les adolescents et les jeunes adultes épileptiques de bénéficier d’un temps supplémentaire à l’occasion des examens scolaires et universitaires", propose la Soeur Dolores Fernandez, infirmière psychiatre du centre de santé mentale Benoît de Menni. La brochure d’information et de formation de ce centre réalisé par une équipe de spécialistes soutient que cette solution est idoine pour donner la chance aux épileptiques en milieu scolaire.
Un handicap méconnu
Au Cameroun, les épileptiques ne bénéficient pas, à l'instar des handicapés moteurs, des sourds-muets et des aveugles, d’une disposition favorable à leur infirmité pendant les évaluations, encore moins pendant les examens officiels. Pire, ils ne sont pas reconnus dans le système éducatif camerounais comme des personnes handicapées. Selon Jean Jules Ebongue Ngoh, le délégué régonal de l’enseignement secondaire, reconnaître l’épilepsie comme un handicap dans l’enseignement c’est "considérer qu’une personne amputée de ses deux mains peut participer aux examens alors qu’il ne peut pas écrire. De plus, comment voulez-vous que quelqu’un qui a des difficultés mentales par exemple puisse bien être évalué?". Or, d’après la loi de 2004 portant formation et protection de la personne handicapée, les épileptiques sont bel et bien reconnus comme des personnes handicapées et bien plus comme handicapés mentaux.
Néanmoins, selon des spécialistes, seulement 25% des épileptiques souffrent d’une épilepsie sévère et invalidante. Ce sont ces derniers qui, malgré le suivi médical, n’ont pas la possibilité de suivre des études normales, car frappés d'un déficit intellectuel aigu. Les autres peuvent dès lors aller au bout de leurs possibilités sur le plan scolaire. "Le plus souvent, les épileptiques ne sont pas des déments. Ils ont parfois une intelligence normale, sans difficulté de mémoire. Mais, l’apprentissage proprement dit est retardé à cause de leurs crises qui s’accompagnent des grandes fatigues et des insomnies", explique Sr Dolores Fernandez. Enfin, les éducateurs leur réserve le même traitement qu'aux asthmatiques. "Tant que l'épileptique n’a pas de crise, il est normal et est apte pour toute épreuve", soutient le délégué régional de l’enseignement secondaire. Pourtant, une autre disposition de la loi de 2004 recommande que "les enfants et adolescents frappés d’un handicap de quelque nature que ce soit, bénéficient des conditions d’éducation et d’apprentissage adaptées à leur état". Un bien curieux paradoxe.
Christelle Kouétcha,(Jade/Syfia)
