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Discrimination-Attention à la radio mille collines : Les dangers et les pièges de la camerounité

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politique-camerounUne radio privée basée à Yaoundé vient d’appeler le président de la Fédération camerounaise de football, Iya Mohammed, à démissionner de son poste et à rentrer chez lui au Nigeria. C’est un jeu très dangereux quand on sait ce que le concept « d’ivoirité » a provoqué en Côte d’Ivoire. Enquête.

 

I- Au commencement était Ahmadou Ahidjo. La semaine dernière, Satellite FM, une radio privée bien connue, s’est acharnée sur Iya Mohammed, directeur général de la Sodecoton (Société cotonnière du Cameroun) depuis 1984 et président de la Fédération camerounaise de football (Fécafoot) depuis l’an 2000.

 

Notre confrère de Satellite Fm a livré le nom complet de ce haut cadre du pays : Iya Shangari Mohammed. Une information que nous n’avons pas encore vérifiée. Selon notre confrère, Iya Mohammed est d’origine nigériane et que c’est pour ne pas être identifié comme tel, qu’il se serait débarrassé d’une partie de son nom. Ce que nous savons d’Iya Mohammed, c’est qu’il est de culture anglophone ayant fait ses études au Nigeria. Diplômé en sciences économiques, il a travaillé à la Bicic (actuelle Bicec), a été directeur général de Selcam, société appartenant à la richissime famille Fadil et est devenu directeur général de la Sodecoton en 1984 grâce à son beau-père Maïdadi Sadou, métis au nez aquilin originaire de l’Extrême Nord, qui avait fini sa longue carrière administrative comme ministre délégué à la présidence chargé des relations avec les Assemblées le 7 décembre 1997.

 

 

Après le putsch manqué du 6 avril 1984, Paul Biya avait besoin d’un homme du Grand Nord, Peulh de surcroît, pour remplacer un autre Peulh alors Directeur général de la Sodecoton impliqué disait-on dans ce putsch raté. C’est alors que Maïdadi Sadou entra en scène et proposa le nom de son gendre Iya Mohammed. Voilà tout ce que nous savons, de manière approximative du président de la Fécafoot qui est un fin manœuvrier quand il s’agit de se maintenir à la tête de cette structure en distribuant de fortes sommes d’argent – il en a beaucoup – aux délégués de chaque région pour se faire réélire lors des congrès. Nous savons aussi qu’il est propriétaire de plusieurs usines de filature au nord du Nigeria voisin qu’il fournit en coton sortant tout droit de la Sodecoton. Nous ignorions tout de sa supposée nationalité nigériane jusqu’à ce que ce confrère de Satellite Fm lève le lièvre et quel lièvre !

Ce n’est pas une surprise à Aurore Plus qu’une personnalité de cette envergure soit d’origine étrangère. De sources autorisées, le premier président du Cameroun Ahmadou Ahidjo était d’origine malienne. Sa famille d’origine, c’est-à-dire celle de son père vit au Mali à l’heure où nous écrivons ces lignes. C’est sa mère seule qui était originaire du Cameroun, de la région de Garoua. Ahmadou Ahidjo connaissait très bien ses origines mais n’en parlait jamais, ne les évoquait jamais, même en privé à notre connaissance. Hormis son propre cas, Ahmadou Ahidjo avait favorisé très tôt dans les années 1950 l’entrée au Cameroun du Nord des populations d’origine tchadienne pour contrebalancer le poids démographique du Grand Sud du Cameroun. Ahidjo qui était un visionnaire avait compris que l’apport des populations tchadiennes, nigérianes, nigériennes et centrafricaines était un atout politique pour lui. Et il avait vu juste puisque aujourd’hui, une région comme l’Extrême Nord est l’une des toutes premières sinon la première du pays sur le plan démographique et en cela, elle mérite l’attention toute particulière de Paul Biya.

II- Qui sont-ils ?

Loin de nous la prétention de vouloir recenser tous ceux que certains Camerounais en mal de nationalisme douteux appellent étrangers. Mais avec une extrême prudence nous pouvons énumérer quelques noms parmi les plus connus.

Amadou Ali

Le vice-Premier ministre en charge de la Justice, Garde des sceaux est Kanembu ou bornouan d’origine nigériane. Bien entendu, il y a des Bornouans qui sont Camerounais pure souche mais tel n’est pas le cas pour Amadou Ali qui est venu de l’autre côté de la frontière. L’intéressé l’avait dit d’une manière à peine voilée lors d’une intervention à la Crtv télé il y a de nombreuses années en déclarant que la majeure partie de sa famille vivait au Nigeria. Des propos confirmés il y a peu par un membre de sa famille lors du décès de son père mort centenaire au Nigeria. Au cours de son intervention, ce membre de famille précisait que tous vivaient au Nigeria et que c’est leur grand frère Amadou Ali qui les a amenés au Cameroun. Clair, non !

Dakolé Daïssala

Ce Toupouri de l’Extrême Nord est d’origine tchadienne. L’ancien ministre des Transports, ancien directeur de la défunte Sotuc (Société de transport urbain du Cameroun) a des parents qui viennent du Tchad voisin où il a une résidence.

Amadou Amadéouna Vamoulké

Le Dg de la Crtv est Massa du Tchad dont les parents sont entrés assez tôt au Cameroun. Son épouse est même tchadienne. Le journaliste et directeur général de la Crtv après avoir été celui de l’imprimerie nationale et un passage fort remarqué au quotidien progouvernemental Cameroon Tribune n’a pas donc pas oublié ses origines tchadiennes.

Albert Dooh Collins

Le député Rdpc du Wouri Centre est Sierra léonais d’origine. Le milliardaire et propriétaire de l’entreprise de publicité « Média plus » se rend de temps en temps en Sierra Léone pour y visiter la famille de son père avec laquelle il n’a pas coupé les liens. Le cas du député Dooh Colins est très courant, en effet, il est difficile de trouver une seule famille douala qui n’ait en son sein du sang de l’Afrique de l’Ouest. C’est ainsi qu’on trouve du sang togolais, Béninois, Ghanéen et ivoirien chez bon nombre de Douala. Le député Albert Dooh Colins n’est-il pas considéré comme étant un Akwa ? L’Afrique de l’ouest a même réussi à imposer ses noms à certains quartiers de la ville, ainsi existe-t-il le quartier Koumassi du côté de la zone incluant le siège social des Brasseries du Cameroun, le lycée technique et l’agence régionale de Aes-Sonel. Koumassi n’est autre qu’une ville du Ghana, pays ashanti. Hormis Albert Dooh Colins d’autres personnalités tel le pharmacien Pokossy Doumbe ont du sang de l’Afrique dans les veines. On parle également de la famille Deca, dont les rejetons sont célèbres dans le domaine de la musique. Au Nord, une partie de la famille Hayatou, dont l’ancien Premier ministre Sadou a du sang laka (Tchad).

Thomas Ephraïm Inoni

L’ancien Premier ministre Inoni (2004-2009) chef traditionnel de Bakingili en pays bakweri, département du Fako, région du Sud-Ouest est en réalité nigérian de l’ethnie ibibio ou si l’on veut du Biafa selon nos sources.

Emmanuel Edou

L’Equato-Guinéen. L’ancien directeur général du Conseil national des chargeurs du Cameroun (Cncc), ancien Secrétaire d’Etat à la Défense chargé de la gendarmerie, ancien ministre délégué chargé des collectivités territoriales décentralisées au ministère de l’Administration territoriale et de la décentralisation et ancien délégué général à la Sûreté nationale est de souche équato-guinéenne.

Etame Mayer

Ce footballeur talentueux qui a fait les beaux jours de l’équipe nationale des Lions Indomptables serait équato-guinéen. N’avait-il pas déclaré un jour excédé : «Je sais qui je suis et d’où je viens».

El Hadj Relouanou

Le président de la section Rdpc Wouri II est un Camerounais d’origine étrangère. On parle du Niger. Il arrive que parfois, ses camarades du parti le murmure quand ils ne le disent pas à voix haute à certaines occasions.

Grégoire Owona

Le Secrétaire général adjoint du Rdpc est bel et bien de souche étrangère, probablement allemande ou française. Le ministre délégué à la

présidence chargé des Relations avec les Assemblées sait très bien que son père n’était pas camerounais puisqu’il était le fils d’un Blanc.

Chantal Biya : une Française bon teint.

L’épouse du chef de l’Etat, de son nom de jeune fille Vigouroux que lui a donné son père à la naissance est une française bon teint. Si son père qui vit actuellement à Douala où il fait de bonnes affaires dans plusieurs domaines, surtout dans la publicité ne l’avait pas reconnue comme sa fille, il ne lui aurait pas donné son nom. Au fait quel est même la nationalité de la première dame camerounaise ? Est-elle entièrement ou partiellement française ? Est-elle entièrement ou partiellement camerounaise ? Chantal Biya a-t-elle la double nationalité franco-camerounaise comme l’épouse du président Burkinabé Chantal Compaoré a la nationalité franco-ivoirienne ? Voilà une question que les Camerounais ne se sont jamais posé. Cela tombe même bien au moment où on parle de plus en plus ces derniers temps du statut de double nationalité que le Cameroun ne reconnaît pas à l’instar des pays comme la France, les Etats-Unis, Israël et que réclame certains de nos compatriotes vivant à l’étranger.

Le cas de Chantal Biya mérite des explications car au moment où le chef de l’Etat verse la dot, point de Français pour la capter mais des originaires de la Haute Sanaga dont un certain Angoula haut fonctionnaire du ministère des Postes et Télécommunications aujourd’hui décédé et Antoine Zanga, actuel ambassadeur du Cameroun au Vatican.

III- Des Camerounais à part entière

Il faut éviter de faire l’amalgame ou faire dire à Aurore Plus ce qu’il ne pense pas. Nous avons tout juste souligné, relevé que les personnalités dont les noms sont cités plus haut sont de souche étrangère, rien de plus. Ce n’est ni une tare ni un péché. Bien au contraire leur apport est très important dans la construction du Cameroun.

Le Cameroun ne peut pas se priver de la compétence de toutes ces personnes dont la plupart sont nées sur son sol. Ce serait d’ailleurs faire insulte à l’intelligence de ces personnalités qui nous sont d’un très grand apport. Qu’elles soient camerounaises par le droit du sol parce qu’elles sont nées chez nous de parents venus de l’étranger ou même nées à l’étranger, elles sont camerounaises au même tire que celles qui prétendent être des autochtones mais qui ne font rien pour le Cameroun.

La politique d’assimilation et d’intégration mise en place par Ahmadou Ahidjo et poursuivie par son successeur Paul Biya a toujours bien fonctionné au Cameroun. Notre pays fait confiance à ses enfants d’origine étrangère en leur confiant de hauts postes dans l’administration et ailleurs sans distinction aucune. Sous Ahmadou Ahidjo, on a vu El Hadj Tanko Hassan, d’origine nigériane, diriger de main de maître le parti unique l’Union nationale camerounaise (Unc) dans le département du Wouri. Voilà que Charaboutou dirige la section Rdpc du Wouri n° 2 sans problème.

Il n’y a donc pas de Camerounais majeurs et de Camerounais mineurs comme pour paraphraser le chef de l’Etat quand il disait qu’il n’y a pas de sport mineur et de sport majeur. Tous nous sommes des Camerounais avec les mêmes droits et les mêmes devoirs.

IV- L’ivoirité : un exemple à ne pas imiter

Quand le président de Côte d’ivoire décède le mardi 7 décembre 1993 à 6h 25 à Yamoussoukro, son village natal qu’il avait érigé en capitale politique de son pays, la guerre de succession est déjà ouverte entre le président de l’Assemblée nationale Henri Konan Bédié et le Premier ministre Alassane Dramane Ouattara. Afin d’empêcher ce dernier, comme étant un Burkinabé de se présenter à l’élection présidentielle d’octobre 1995, Henri Konan Bédié qui est de l’ethnie baoulé comme Houphouët Boigny fait adopter par l’Assemblée nationale le 8 décembre 1994, « un nouveau code électoral qui impose aux candidats de prouver leur ascendance et leur nationalité ivoirienne ». A cette date du 8 décembre 1994, Alassane Dramane Ouattara qui a compris ce qui se trame contre luji prend dès le mois de juillet de cette même année le chemin de Washington où il prend un emploi comme directeur général adjoint du Fonds monétaire international (Fmi). Même étant à Washington, Ouattara continue à faire peur Konan Bédié demande à un groupe « d’intellectuels, des professeurs d’université, des chercheurs de renom, des philosophes » proche de lui de théoriser le concept de l’ivoirité.

Ce qui est fait dans la revue Ethics en 1996. Voici ce qui est écrit dans cette revue : « L’ivoirité est selon nous, une exigence de souveraineté, d’identité, de créativité. Le peuple ivoirien doit d’abord affirmer son autorité face aux menaces de dépossession et d’assujettissement : qu’il s’agisse de l’immigration ou du pouvoir économique et politique. (…) L’individu qui revendique son ivoirité est supposé avoir pour pays la Côte d’Ivoire, être né de parents ivoiriens appartenant à l’une des ethnies autochtones de la Côte d’Ivoire ». Mais avant que ce concept ne paraisse dans la revue Ethics il convient de noter que c’est en août 1995 que pour la première fois, Konan Bédié évoque l’ «ivoirité » dans la convention de son parti, le Pdci à Yamoussoukro. Cette politique a provoqué beaucoup de dégâts à la Côte d’Ivoire. Pour être bref, le 24 décembre 1999, le général Robert Gueï prenne le pouvoir et Konan Bédié s’exile à Paris. En octobre 2000, le général est battu par Laurent Gbagbo, président du Front patriote ivoirien (Fpi). AU fil des ans Konan Bédié se rend compte que Alassane Dramane Ouattara devient un allié objectif pour lui puisqu’ils ont désormais un ennemi commun, Laurent Gbagbo qui ne veut pas organiser élection présidentielle en 2005. Entre temps le concept de l’ivoirité est passé à la trappe. Et Ouattara a désormais le droit de se présenter à la présidentielle de 2010 qu’il remporte en battant Laurent Gbagbo au second tour le 28 novembre avec le report des voix du Pdci de Konan Bédié..

V- Faire comme ailleurs

L’installation des étrangers chez nous doit tout simplement être règlementée. Il ne doit pas y avoir de chasse à l’étranger qui est plutôt un facteur d’enrichissement du Cameroun. Les pays occidentaux ont compris cela très tôt. C’est la main d’œuvre et les intellectuels étrangers qui font la force des pays comme les Etats-Unis, la France, le Canada, l’Allemagne, l’Angleterre, etc. C’est grâce à leur capacité d’intégration et d’assimilation que ces pays se sont bâtis. Sans les Albert Einstein, les Enrico Fermi et autres Edward tous venus d’Europe, les Etats-Unis n’auraient pas eu la bombe atomique. Et les Etats-Unis le savent qui ont toujours su récompenser leurs brillants sujets nés à l’étranger ou sur leur sol de parents étrangers. Sans cette politique, Henry né Heinz Kissinger en 1923 en Allemagne de parents juifs émigrés en 1938 aux Etats-Unis ne serait jamais devenu Secrétaire d’Etat (ministre des Affaires étrangères) de 1973 à 1977. Madeleine Allbright, juive européenne a été également secrétaire d’Etat aux Etats-Unis, tout comme le général Colin Powell, sous George Bush fils, alors qu’il est d’origine jamaïcaine. Sans cette politique Nicolas Sarkozy, né à Paris de parents juif hongrois par son père et juive grecque par sa mère ne serait jamais devenu le président des Français, ni Ramatoulage Yade, ministre, elle qui est d’origine sénégalaise, ni Koffi Yamgame, togolais d’origine qui a été secrétaire d’Etat.
Michel Platini, président de l’Uefa est d’origine italienne, etc. Chasser les gens de chez nous sous prétexte qu’ils sont des étrangers qui occupent indûment nos postes, man gent notre nourriture, c’est oublier que les Camerounais vivent aussi à l’extérieure où ils occupent des positions de choix. Le dictateur Sani Abacha, président du Nigeria n’était-il pas camerounais de l’arrondissement de Kolofata, département du Mayo Sava, région de l’Extrême Nord. Quand le général Olusegun Obasanjo était président de la Fédération nigériane son adjoint était Atiku Abubaka, un Camerounais pur jus. Et la personnalité la plus aimée de France depuis plusieurs années n’est-elle pas l’ancien tennisman et aujourd’hui chanteur Yannick Noah dont le père Zacharie est un Etoudi de Yaoundé. Les Camerounais qui se disent de souche, autochtones doivent bien tenir leur langue, apprivoiser, maîtriser leurs déclarations et gestes. Et que ceux de nos compatriotes qui sont de souche étrangère ne considèrent pas comme une injure quand on leur rappelle leur origine, bien au contraire ça doit être un objet de fierté, puisqu’ils ont réussi, vaincu, adversité, les préjugés défavorables.

Aurore Plus

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