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Depuis plusieurs semaines, des opérateurs économiques Nigérians sillonnent le grand nord du pays pour acheter du coton Camerounais. Cette situation découle du fait que l’année dernière, les agriculteurs Camerounais ont vendu près de 70% de leur production aux hommes d’affaires Nigérians.Beaucoup de ces producteurs n’ont pas résisté à la tentation et certains auraient même pris des avances. A ce prix élevé de 700 FCFA le kilogramme, ces hommes d’affaires Nigérians ajoutent la mise à la disposition des producteurs de coton des engrais, des semences et même des techniciens pour les accompagner dans la culture de ce qu’ils appellent l’or blanc, une attitude qui risque de mettre à mal la Sodecoton, leur partenaire traditionnel ; si des mesures draconiennes ne sont pas envisagées.
Un séminaire interprofessionnel ayant pour but de revoir les stratégies et de mettre sur pied un système efficace de lutte contre ce fléau qui menace l’économie camerounaise s’est tenu à Garoua il y a quelques mois sans que les participants ne sachent que les opérateurs économiques nigérians n’allaient plus attendre le coton dans leur pays, mais qu’ils viendraient sur le terrain. Pendant deux jours, les participants s’étaient penchés sur la campagne agricole commerciale 2010/2011 qui a été fortement menacée par la fuite du coton vers le Nigeria. Pour la Sodecoton, c’est une perte inestimable car plus de 25.900 tonnes ont été vendues au Nigeria, soit 16% de la production, estimées à plus de 35 milliards de francs CFA.
Pour sauver la Sodecoton de la banqueroute, le gouvernement doit renforcer les contrôles aux postes frontières afin d’empêcher la sortie du coton du pays. Les autorités administratives, les chefs traditionnels, les forces de maintien de l’ordre, chacun en ce qui le concerne, doit faire quelque chose pour stopper ce fléau car la Sodecoton ne dispose pas de moyens adéquats pour y faire face.
Les agriculteurs rencontrés disent qu’ils ont trop souffert et qu’ils vendront leur coton « à celui qui parlera mieux ». Pour Moussa Ngoura planteur à Ngong, « si les nigérians paient cash, je leur vends. Avec la Sodecoton, il faut attendre plusieurs mois pour percevoir son argent ».
Les nigérians paient le coton comptant alors que les délais de livraison et de paiement à la Sodecoton sont espacés de plusieurs semaines voire de plusieurs mois. Le producteur ayant un besoin pressant de liquidités va donc vendre tout ou partie de son coton dans ce circuit informel.
En outre alors que la Sodecoton recherche la qualité, les nigérians achètent le coton sans discernement. Les producteurs leur vendent généralement le coton non classé par la société cotonnière. A ce jeu, le Cameroun au même titre que les autres pays voisins, perd aussi bien en valeur ajoutée qu’en termes de balance de paiement. L’'impact positif sur les producteurs étant supérieur aux pertes des autres acteurs. Ce qui signifie qu'une augmentation du prix d’achat au producteur pourrait décourager les exportations et laisserait un surplus à partager entre les différents acteurs de la filière.
Le Cameroun perd entre 3 et 8 milliards de FCFA de devises par an. Au de-là du manque à gagner, c'est l’économie camerounaise qui enregistre ainsi des pertes en devises. Une grosse perte cumulée qui s’élève aujourd’hui à près de 35 000 milliards de francs CFA pour l'Etat Camerounais. Un balance de paiement déficitaire et en chute libre avec pour conséquence immédiate la mise en chômage du personnel qui est imminente. Cette situation engendre également des incidences sur les intrants et va occasionner la réduction du personnel à la Sodecoton. Une autre conséquence sera le non recouvrement des crédits d’intrants et d’engrais accordés aux producteurs en début de chaque année agricole, des dettes qui ne permettront pas à la Sodecoton de tenir ses engagements vis-à-vis de l’Etat.
Et compte tenu du faible taux de recouvrement des crédits cette année, la société a opté pour le recouvrement forcé. Pour cela, un Directeur Juridique et un Magistrat de formation seront recrutés par la SODECOTON. . La CNPC-Cameroun (Confédération Nationale des Producteurs du Coton) va établir la liste des redevables et la fidélisation des cercles de caution solidaires fera l'objet d'une rude bataille. Lesdits cercles étant à la base de la sécurisation du crédit. Enfin, il sera difficile pour la Sodecoton de maintenir son monopole pour l’achat du coton si elle ne révise pas sa politique commerciale vis-à-vis des planteurs.
